Infaillibilité du Pape – est-ce qu’un pape peut devenir hérétique?

Le Pape Symmaque

Saint Alphonse de Liguori développa sa réflexion en ajoutant que « les Pères du Concile de Rome, tenu sous le Pape Symmaque, proclamèrent que le Pape est le Pasteur suprême, qui, en dehors du cas d’hérésie, n’est soumis au jugement de personne »

..car « dans ce dernier cas, le Pape ne serait pas privé du pontificat par le Concile, comme si celui-ci lui était supérieur, mais qu’il en serait dépouillé directement par Jésus-Christ, parce qu’il deviendrait alors un sujet complétement inhabile et déchu de sa charge. »
Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, Partie III, Chapitre IX, p. 165 et 308

Il estimait dès lors que si « l’hérétique manifeste est ipso facto déposé » – c’est-à-dire « avant toute excommunication ou sentence judiciaire » – alors « Un pape qui est un hérétique manifeste cesse automatiquement d’être le pape et la tête, de la même façon qu’il cesse automatiquement d’être un chrétien et un membre de l’Église. C’est pourquoi il peut être jugé et puni par l’Église. »
De Romano Pontifice, Livre II, Chapitre 30.

Saint Alphonse de Liguori résuma parfaitement la chose en expliquant que « Dieu a accordé à l’Église, c’est-à-dire au collège des cardinaux, ou bien au concile dans le cas d’un pape douteux ou hérétique, le pouvoir d’élire le souverain pontife, mais nullement le pouvoir pontificale. »
Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, Partie III, Chapitre IX, p. 220

Le pape Innocent III

La doctrine qu’un pape peut être jugé pour hérésie, se retrouve jusque chez les partisans les plus convaincus du privilège pontifical. Innocent III s’y réfère dans un de ses sermons: « In tantum fides mihi necessaria est ut, cum de ceteris peccatis solum Deum judicem habeam, propter solum peccatum quod in fide committitur, possem ab Ecclesia iudicari », (traduction : “Tandis que pour les autres péchés j’ai Dieu seul comme juge, seulement dans la foi il m’est nécessaire que je puisse être jugé par l’Eglise, pour le seul péché, qui serait commis dans la foi”), P. L., t. ccxvii, col. 656.

Il reconnait solennellement que, si pour ses autres péchés il a Dieu seul pour juge, « en matière d’hérésie il peut être jugé par l’Église, « propter solum peccatum quod in fide committitur possem ab Ecclesia judicari ». Serm., 11, in consecrat, pontif., P. L., t. ccxvii, col. 656. Si le pape avoue qu’il peut être jugé pour un péché contre le foi, il avoue en meme que c’est possible qu’il tombe dans ce péché.

Image result for Paul VI  dépose sa tiare
À la suite de son couronnement, le pape Paul VI porte la tiare la dernière fois, en novembre 1963, il la posa sur l’autel de la basilique Saint-Pierre, dans un geste d’humilité symbolisant la remise de la papauté et du pouvoir temporel.. un an après il perd la papauté par une hérésie publique.

Gratien le Canoniste

On rencontre dans le Decretum de Gratien cette assertion attribuée à saint Boniface, archevêque de Mayence, et déjà citée sous son nom par le cardinal Deusdedit (+ 1087), ainsi que par Yves de Chartres, Decretum, v, 23, que le pape peut défaillir dans la foi : « Hujus (i. e. papae) culpas istic redarguere prœsumit mortalium nullus, quia cunctos ipse judicaturus a nemine est judicandus, nisi deprehendatur a fide devius » (« aucun mortel ne s’attribue de juger des coulpes du pape, car lui qui juge tout le monde, ne peut être jugé par personne, sauf s’il est trouvé déviant de la foi »). Decretum, part. I, dist. XL, c. 6.

Les canonistes

Les canonistes des XII° et XIII° siècles, connaissent et commentent le texte de Gratien. Tous admettent sans difficulté que le pape peut tomber dans l’hérésie comme dans toute autre faute grave; ils se préoccupent seulement de rechercher pourquoi et dans quelles conditions il peut dans ce cas être jugé par l’Église. C’est pour quelques-uns la seule exception à l’inviolabilité pontificale, « Non potest accusari nisi de haeresi », est-il dans la Summa Lipsiensis (avant 1190).

Le décrétiste Rufin (vers 1164- 1170)

Il résume ainsi les opinions de son temps : « In ea (causa) quae totam Ecclesiam contingit, (papam) judicari potest, sed in ea quae unam personam vel plures (contingit), non ». “Dans les affaires qui touchent toute l’Eglise, le pape peut-être jugé, pas pour les affaires qui concernent une ou quelques personnes”. Le même auteur précise qu’il faut entendre cette règle de l’hérésie obstinée : « Prima sedes non judicabitur a quoquam nisi in fidei articulis pertinaciter erraverit ». Ce qui suppose, pour Jean de Faênza que le pape coupable â été « secundo et tertio commonitus » “admonesté deux ou trois fois”. Il n’y a plus lieu dans ce cas d’invoquer la primauté : pour Huguccio (+ 1210) le pape est alors « minor quolibet catholico » “moins que tout autre catholique”.

Paul IV

Cum ex Apostolatus Officio (De notre charge apostolique…) est le nom d’une bulle papale publiée par le pape Paul IV le 15 février 1559 :

§ 1. Nous considérons la situation actuelle assez grave et dangereuse pour que le Pontife Romain, Vicaire de Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ sur terre, revêtu de la plénitude du pouvoir sur les nations et les royaumes, juge de tous les hommes et ne pouvant être jugé par personne en ce monde, puisse toutefois être contredit s’il dévie de la Foi catholique.

et : « le Pontife Romain pourrait être rejeté comme faux, s’il était pris à dévier dans la foi. »

Cardinal Cajetan

Cardinal Cajetan affirmait à juste titre que « Dès que l’évêque de Rome cesse d’être fidèle, il cesse aussi d’être le successeur de Pierre. »

“De Divina institutione pontificatus totius Ecclesie in persona Petri apostoli libellus” (1521)

Donc un pape peut cesser d’être fidèle et donc cesser d’être pape.

1er Concile Vatican:

Il y avaient une question et réponse pendant le concile, entendues et connues du pape et de tous les évêques bien sûr, et il n’a pas été nié que c’était impossible qu’un pape devienne hérétique, mais cela n’a jamais existé jusqu’à présent. Mais si cela arriverait «le Conseil des évêques pouvait le déposer pour hérésie, car à partir du moment où il devient hérétique, il n’est ni chef ni même membre de l’Église ». Donc la possibilité n’a pas été refusée!

Le Très Révérend Jean-Baptiste Purcell, D.D., Archevêque de Cincinnati, Ohio (1800-1883) a prononcé une allocution au même Concile Vatican, sur l'infaillibilité du Pape telle que définie au Concile; il a expliqué comme suit. «La question a également été soulevée par un cardinal:« Que faire du Pape s’il devient hérétique? »Il a été répondu qu’un tel cas n’a jamais eu lieu; le Conseil des évêques pourrait le déposer pour hérésie, car à partir du moment où il devient hérétique, il n'est ni chef ni même membre de l'Église. L'Église ne serait pas, un instant, obligée de l'écouter quand il commence à enseigner une doctrine qu'elle sait être une fausse doctrine, et il cesserait d'être Pape, étant déposé par Dieu lui-même. «Si le Pape, par exemple, disait que la croyance en Dieu est fausse, vous ne seriez pas obligé de le croire, ou s'il devait nier le reste du credo, 'Je crois en Christ', etc. la supposition est nuisible au Saint-Père dans l'idée même, mais sert à vous montrer la plénitude avec laquelle le sujet a été considéré et la vaste réflexion donnée à toute possibilité. S'il nie tout dogme de l'Église tenu par tout vrai croyant, il n'est pas plus Pape que vous ni moi; et ainsi, à cet égard, le dogme de l'infaillibilité ne constitue rien en tant qu'article de gouvernement temporel ou couverture d'hérésie.
La vie et l'œuvre du pape Léon XIII par le révérend James J. McGovern, D.D., p. 241).

Et au cours de ce même Concile du Vatican I, Mgr Zinelli, relateur de la commission conciliaire sur la foi, évoqua en ces termes la possibilité d’un pape hérétique : « Si Dieu permet un si grand mal (à savoir, un pape hérétique) les moyens pour remédier à cette situation ne manqueront pas » (Mansi 52, 1109).

Mgrs Lefebvre et Castro de Mayer

« Nous nous trouvons devant un dilemme grave, excessivement grave, qui je crois n’a jamais existé dans l’Église : que celui qui est assis sur le siège de Pierre, participe à des cultes de faux dieux. Je ne pense pas que ce ne soit jamais arrivé dans l’histoire de l’Église. » (Mgr Lefebvre, Homélie à Écône pour le dimanche de Pâques, 30 mars 1986) ;

« La chose est très grave. Nous sommes dans le chemin d’une nouvelle Église. C’est Rome qui pousse les âmes dans l’hérésie. Il me semble que nous ne pouvons pas accepter tous les documents de Vatican II. Il y en a qui ne peuvent pas être interprétés selon Trente et Vatican I. » (Mgr de Castro-Mayer, Lettre du 8 décembre 1969 à Mgr Lefebvre, conservée dans les archives personnelle de Mgr Lefebvre, en dépôt à Écône).

Comments are closed.