Invalidité des Sacres du Novus ordo (1968)

Rite de consécration épiscopale de 1968 :

invalidité intrinsèque

 

Table des matières

 

  1. Principe sacramentel
  2. Deux arguments, chacun suffisant
  3. Changement substantiel
  4. Hérésies dans la forme elle-même

4.1. Lecture de Dom Botte

4.2. Lecture de Lécuyer et du Sel de la terre

4.3. Argument de Thilo Stopka

  1. Fausseté de l’origine orientale invoquée

5.1. Premier mensonge

5.2. Second mensonge

  1. Défaut d’intention, à la manière du jugement de Léon XIII
  2. Continuité avec la manœuvre anglicane
  3. Conséquences
  4. Rite presbytéral de 1968
  5. Réfutation des défenseurs
  6. Conclusion

 

 

  1. Principe sacramentel

 

Le rite de consécration épiscopale promulgué le 18 juin 1968 par Montini sous le nom de Pontificalis Romani, appliqué à partir de 1969, est intrinsèquement invalide. Les hommes ainsi « sacrés » ne sont pas évêques. Les prêtres qu’ils ordonnent ensuite ne sont pas prêtres, même si l’on employait pour eux l’ancien rite presbytéral.

 

Un sacrement est un signe sensible qui opère ce qu’il signifie. La forme essentielle doit signifier de façon univoque l’effet sacramentel. Un changement substantiel de signification rend le sacrement invalide. L’Église n’a pas le pouvoir de changer la substance des sacrements. La constitution Sacramentum Ordinis de Pie XII a fixé, pour le rite romain, la forme essentielle de la consécration épiscopale. La page « Pourquoi Rore Sanctifica » date ce texte du 13 novembre 1947. La date certaine est le 30 novembre 1947. Les mots décisifs sont : Comple in Sacerdote tuo ministerii tui summam, et ornamentis totius glorificationis instructum coelestis unguenti rore sanctifica. Traduction : Achève dans ton Prêtre la plénitude de ton ministère, et, orné des ornements de toute glorification, sanctifie-le par la rosée de l’onction céleste. Le nom Rore Sanctifica vient de ces derniers mots.

 

Cette forme exige deux significations, chacune nécessaire : la grâce de l’Esprit-Saint, gratia ordinis, et le pouvoir d’Ordre épiscopal, potestas ordinis, c’est-à-dire la plénitude du sacerdoce.

 

  1. Deux arguments, chacun suffisant

 

La nouvelle forme ne satisfait aucun des deux critères exigés par Pie XII.

 

Elle ne signifie pas le pouvoir d’Ordre épiscopal, et encore moins de façon univoque, puisque cette signification est absente. Les mots ministerii tui summam ont été supprimés. Aucun terme, même équivoque, ne désigne la plénitude du sacerdoce du Christ dans l’office et l’ordre épiscopal.

 

Elle ne signifie pas de façon univoque la grâce de l’Esprit-Saint. L’expression Spiritus principalis, Esprit principal ou Esprit qui fait les chefs, ne désigne qu’une grâce de gouvernement, nullement sacramentelle, la même que l’on trouve dans la simple bénédiction d’un père abbé copte, ou dans l’intronisation non sacramentelle d’un patriarche maronite ou syriaque.

 

La forme nouvelle est en substance : Et nunc effunde super hunc Electum eam virtutem, quae a te est, Spiritum principalem, quem dedisti dilecto Filio tuo Iesu Christo, quem ipse donavit sanctis Apostolis, qui constituerunt Ecclesiam per singula loca, ut sanctuarium tuum, in gloriam et laudem indeficientem nominis tui. Traduction : Et maintenant répands sur cet Élu cette force qui vient de toi, l’Esprit principal, que tu as donné à ton Fils bien-aimé Jésus-Christ, que lui-même a donné aux saints Apôtres, qui ont établi l’Église en chaque lieu comme ton sanctuaire, pour la gloire et la louange incessante de ton nom.

 

  1. Changement substantiel

 

Les deux formules n’ont rien de commun. La suppression de la potestas ordinis et le remplacement de rore sanctifica par Spiritum principalem constituent un changement substantiel de la forme. Un tel changement rend le sacrement invalide. Si Montini avait été vrai pape, il n’aurait pas eu le pouvoir de faire ce changement. Il n’était donc pas vrai pape.

 

  1. Hérésies dans la forme elle-même

 

La Notitia IV, reprise dans le Tome III, volume 1, oppose deux lectures de Spiritus principalis, toutes deux ruineuses.

 

4.1. Lecture de Dom Botte

 

Personne incréée, le Saint-Esprit. Cette lecture introduit des hérésies antitrinitaire, antifilioque et monophysite, et elle est contradictoire, parce que l’esprit sacerdotal ne peut pas être le Saint-Esprit.

 

4.2. Lecture de Lécuyer et du Sel de la terre

 

Don créé. Alors la forme ne signifie plus univoquement la grâce de l’Esprit-Saint exigée par Pie XII.

 

4.3. Argument de Thilo Stopka

 

Thilo Stopka ajoute que virtus, la force, ne peut pas être un nom de la Personne du Saint-Esprit. Appliquer un terme abstrait et communicable comme s’il constituait cette Personne retombe dans l’erreur de Gilbert de la Porrée et de Joachim de Flore. Un tel dieu n’existe pas. Donc la forme est invalide.

 

La rubrique « Hérésies dans la forme » renvoie aux pages de Johannes Dörmann sur la théologie trinitaire de Wojtyla, comme illustration des conceptions déviantes qui ont présidé à la rédaction de Lécuyer et de Botte.

 

  1. Fausseté de l’origine orientale invoquée

 

Pontificalis Romani est doublement mensonger.

 

5.1. Premier mensonge

 

Le texte est présenté comme un document du IIIe siècle, la prétendue Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome. Ce n’est qu’une reconstitution arbitraire, fabriquée par Dom Bernard Botte et Joseph Lécuyer, et réfutée par la paléographie. La prière de 1968 s’en inspire sans la reproduire : un génitif devient un accusatif, on ajoute super hunc electum. C’est une création artificielle de Dom Botte en 1968.

 

5.2. Second mensonge

 

Montini affirme que cette prière est encore observée dans la liturgie de l’ordination chez les Coptes et les Syriens occidentaux. Les prières orientales citées par les défenseurs ne sont pas des formes sacramentelles de consécration épiscopale. La prière dite de Clément, dans le rite maronite, appartient à une intronisation patriarcale non sacramentelle. Le rite copte visé est une bénédiction d’abbé, non un sacre. Le droit canon oriental promulgué par Pie XII, lettre apostolique Cleri sanctitati du 2 juin 1957, canon 75, ancien canon 235, interdit de donner une valeur consécratoire à cette prière non sacramentelle.

 

  1. Défaut d’intention, à la manière du jugement de Léon XIII

 

Le rite de 1968 est sur le même plan que les ordres anglicans, déclarés par Léon XIII, bulle Apostolicae Curae de 1896, absolument nuls et entièrement vains. Deux défauts : défaut de forme, défaut d’intention. L’intention invalidante n’est pas cherchée d’abord dans le for interne de chaque ministre, mais dans le rite lui-même, determinatio ex adjunctis : le rite a été composé pour exclure ce que fait l’Église.

 

Bugnini déclare dans l’Osservatore Romano du 15 mars 1965 : Nous devons dépouiller nos prières catholiques et la liturgie catholique de tout ce qui pourrait représenter l’ombre d’une pierre d’achoppement pour nos frères séparés, c’est-à-dire pour les protestants. Cette épuration a été appliquée aux termes mêmes de la forme essentielle de 1968, par suppression de toute mention explicite de la potestas ordinis.

 

Bugnini, prêtre lazariste, aurait été affilié le 23 avril 1963 au Grand Orient d’Italie sous le matricule 1365/75 et le nom de code BUAN. Montini l’a nommé secrétaire du Consilium. Les auteurs du rite sont Bugnini, Dom Botte et Lécuyer.

 

  1. Continuité avec la manœuvre anglicane

 

1968 est l’aboutissement d’une entreprise anglicane, remontant à plus de cent cinquante ans, visant à abolir le sacerdoce sacrificiel en rendant sa transmission invalide, sur le modèle de l’Ordinal de Cranmer. Les dossiers portent sur l’abbé Portal, Lord Halifax, le cardinal Rampolla, la commission préparatoire d’Apostolicae Curae, le votum du cardinal Franzelin de 1875, et la lettre de Léon XIII au cardinal Richard déclarant sa bulle infaillible. Ces dossiers donnent le contexte du rite de 1968. L’invalidité se démontre d’abord par la forme elle-même.

 

  1. Conséquences

 

Les consécrations épiscopales faites dans ce rite depuis 1969 sont invalides. Les prêtres ordonnés par de tels évêques sont invalides. Les messes et les absolutions qui dépendent de ces ordres sont nulles. La succession apostolique de rite latin est interrompue dans l’église conciliaire. Un évêque sacré dans le rite de 1968 ne peut pas ordonner validement un prêtre, même s’il emploie ensuite le rite presbytéral traditionnel. Cela vise aussi les clercs d’Ecclesia Dei. L’abbé Scott, de la Fraternité Saint-Pie X, rejette la théorie de la validité probable et rappelle le tutiorisme : le moindre doute serait déjà inacceptable pour conférer les sacrements. Le comité ne s’arrête pas au doute. Il affirme l’invalidité certaine.

 

L’abbé Yves Maury, ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, déclare le 3 novembre 2010 : le rite de l’église réformée de Vatican II est invalide et ne peut d’aucune façon servir à sacrer un évêque.

 

  1. Rite presbytéral de 1968

 

Le cœur de l’argumentation est le sacre épiscopal. Des études hébergées, notamment une lettre de Maureen Day et des dossiers sur le rite presbytéral de 1968-1989, ajoutent un défaut de forme propre à l’ordination des prêtres : omissions et modifications par rapport à la forme d’avant 1968, et cérémonial adjacent qui ne signifie plus de façon certaine le sacerdoce sacrificiel. Ce point est au minimum un doute positif. L’argument principal reste que, une fois l’épiscopat de 1968 nul, les ordinations presbytérales qui en descendent sont nulles, quand bien même la formule presbytérale serait tenue pour suffisante.

 

  1. Réfutation des défenseurs

 

Sont rejetées la défense du Père Pierre-Marie d’Avrillé dans Le Sel de la terre, celle du Frère Ansgar Santogrossi, celle de l’abbé Celier dans Fideliter, et celle de l’abbé Calderón. On ne peut pas transporter dans Spiritus principalis le sens de princeps pour y faire signifier la potestas ordinis. Un adjectif dérivé ne transfère pas au nom le sens du substantif. L’analogie avec des rites orientaux non sacramentels est un sophisme. L’approbation par Montini ne sauve pas une forme dont la substance a été changée.

 

  1. Conclusion

 

La forme de 1968 ne signifie ni la potestas ordinis ni, de façon univoque, la grâce sacramentelle de l’Esprit-Saint. Chacun de ces deux manques suffit à l’invalidité intrinsèque. Les sacres novus ordo faits avec cette forme sont nuls, et les ordres qui en dépendent le sont aussi.

 

Liste des sources

 

  1. Comité international Rore Sanctifica, site rore-sanctifica.org, page liminaire.
  2. Comité international Rore Sanctifica, site rore-sanctifica.org, page d’accueil.
  3. Comité international Rore Sanctifica, site rore-sanctifica.org, page « Pourquoi Rore Sanctifica ».
  4. Comité international Rore Sanctifica, bibliothèque numérique 04.
  5. Comité international Rore Sanctifica, bibliothèque numérique 18.
  6. Paul Schoonbroodt, éditorial du 2 février 2006, Comité international Rore Sanctifica.
  7. Comité international Rore Sanctifica, Tome III, 2014, volume 1, Notitia IV.
  8. Pie XII, constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947.
  9. Pie XII, lettre apostolique Cleri sanctitati, 2 juin 1957, canon 75, ancien canon 235.
  10. Léon XIII, bulle Apostolicae Curae, 1896.
  11. Annibale Bugnini, déclaration dans l’Osservatore Romano du 15 mars 1965.
  12. Yves Maury, déclaration du 3 novembre 2010.
  13. Johannes Dörmann, pages sur la théologie trinitaire de Wojtyla, citées par la rubrique du comité.
  14. Thilo Stopka, argument rapporté par le comité.
  15. Notice d’affiliation de Bugnini au Grand Orient d’Italie, matricule 1365/75, nom de code BUAN, 23 avril 1963, donnée dans la source sous la forme « aurait été ».
  16. Maureen Day, lettre hébergée par le comité, sur le rite presbytéral de 1968-1989.
  17. Dossiers du comité sur le rite presbytéral de 1968-1989.
  18. Père Pierre-Marie d’Avrillé, défense dans Le Sel de la terre, rejetée par le comité.
  19. Frère Ansgar Santogrossi, défense rejetée par le comité.
  20. Abbé Celier, défense dans Fideliter, rejetée par le comité.
  21. Abbé Calderón, défense rejetée par le comité.
  22. Abbé Scott, Fraternité Saint-Pie X, rappel du tutiorisme, rapporté par le comité.

 

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