Pourquoi les élections de tant de « papes » par des groupes sédévacantistes dans le passé étaient-ils invalides ?

car il y en a eu plusieurs et il ne peut y avoir qu’un pape?

 

Les différentes tentatives d’élection de papes par certains groupes sédévacantistes ont été considérées comme invalides pour plusieurs raisons théologiques, canoniques et pratiques. Voici une analyse détaillée expliquant pourquoi ces élections n’ont pas produit de papes légitimes, malgré la supposition d’une vacance prolongée du Siège apostolique.

1. Manque d’unité et de reconnaissance ecclésiale Le premier problème majeur des élections sédévacantistes est le manque d’unité entre les évêques ou les groupes qui les organisent.

L’Église catholique enseigne que le pape doit être universellement reconnu comme chef visible de l’Église. Saint Robert Bellarmin écrit : « Le vrai pape est celui qui est accepté comme tel par toute l’Église enseignante. » (De Romano Pontifice, II, 19). Or, dans chaque cas d’élection de « papes » sédévacantistes, il n’y a eu qu’un petit groupe qui reconnaissait l’élu, tandis que d’autres groupes sédévacantistes eux-mêmes ne le reconnaissaient pas. Ce manque d’unité est un signe clair que l’élection n’a pas été légitime.

Références :

Saint Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, II, 19.

François Suarez, De Fide, disp. X, sec. VI : « Le pape légitime est celui qui est moralement accepté par l’ensemble des catholiques. »

2. Absence de véritable autorité électorale Le droit canonique prévoit que l’élection papale relève normalement du Collège des Cardinaux (Universi Dominici Gregis, Jean-Paul II, 1996).

En l’absence de cardinaux, la tradition indique que l’élection peut être faite par le clergé romain ou, à défaut, par les évêques restants de l’Église. Cependant, dans le cas des papes sédévacantistes : Aucun des électeurs n’était un membre du clergé romain. Les électeurs étaient souvent des laïcs ou un petit nombre d’évêques sans juridiction canonique, même pas de suppléance. Aucune tentative n’a été faite pour obtenir un consensus universel ou au moins un assentiment moralement suffisant.

Exemple : L’ »élection » de David Bawden (pape Michel Ier, 1990) a été réalisée par six personnes, dont sa propre mère et lui-même, ce qui est clairement insuffisant pour une élection valide.

Références : Code de droit canonique 1917, can. 160 (rôle des cardinaux dans l’élection).

Cardinal Cajetan, De Comparatione Auctoritatis Papae et Concilii, cap. XIII : « En cas de vacance prolongée, l’élection revient à l’Église universelle, et non à un petit groupe. »

3. Défaut de reconnaissance morale par l’Église enseignante Le pape, selon la doctrine catholique, est le chef visible de l’Église et doit être reconnu par le corps des évêques et des fidèles catholiques.

Saint Alphonse de Liguori affirme : « Même si une élection était légitimement faite, elle n’aurait pas d’effet si l’Église enseignante ne la reconnaît pas. » (Verità della Fede, III, 8). Les papes sédévacantistes ont été rejetés non seulement par l’Église conciliaire, mais aussi par la majorité des évêques et fidèles sédévacantistes eux-mêmes. Aucun d’eux n’a pu réunir une reconnaissance morale suffisante, ce qui montre que ces élections n’ont pas été considérées comme une réponse légitime au problème de la vacance.

Références :

Saint Alphonse de Liguori, Verità della Fede, III, 8.

Suarez, De Fide, disp. X, sec. VI : « Un pape qui n’est pas moralement accepté par l’Église ne peut pas être considéré comme le successeur légitime de Pierre. »

4. Légitimité de l’électorat : un problème central Même si l’élection du pape peut être faite par un groupe restreint en cas d’extrême nécessité, encore faut-il que ce groupe ait l’autorité légitime pour le faire. L’Église a toujours considéré que l’élection papale devait être réalisée par ceux qui ont une véritable juridiction dans l’Église (de suppléance) . Beaucoup de groupes sédévacantistes ont tenté d’élire un pape avec des électeurs qui : N’avaient aucune juridiction canonique (excommuniés, hérétiques, donc sans mission apostolique). Étaient souvent des laïcs, ce qui est contraire à toute tradition ecclésiastique. Étaient divisés et sans reconnaissance mutuelle.

L’exemple historique le plus pertinent est celui du Grand Schisme d’Occident (1378-1417), où même dans une situation de crise majeure, seule l’intervention d’un concile œcuménique reconnu a permis de résoudre la crise (Concile de Constance, 1415). Aucun groupe isolé ne peut prétendre élire un pape de son propre chef.

Références : Concile de Constance (1415) : résolution du schisme par un concile général.

Saint Antonin de Florence, Summa Theologica, p. III, tit. 22, chap. 5 : « L’élection d’un pape ne peut être faite que par ceux qui ont une légitimité canonique ou morale suffisante. »

5. Le danger du conclavisme : multiplication des antipapes Les tentatives d’élection de papes par les sédévacantistes ont conduit à une multiplication de groupes rivaux, chacun rejetant les autres.

Ce phénomène, appelé « conclavisme », a produit plusieurs prétendants au titre de pape, y compris :

Michel Ier (David Bawden, 1990, États-Unis).

Linus II (Victor von Pentz, 1994, Angleterre).

Pierre II (Jean-Gaston Tremblay, 1998, Canada).

Cette prolifération montre l’absence de véritable autorité dans ces élections. Une véritable élection papale, même en temps de crise, ne peut pas aboutir à des résultats aussi fragmentés.

Références :

P. Martin Jugie, Theologia Dogmatica, IV, p. 220-222 : « Un pape élu dans des circonstances douteuses ou sans reconnaissance universelle ne peut pas être considéré comme légitime. »

Dom Guéranger, L’Église romaine et ses institutions, t. 1, p. 230 : « L’unité du Siège de Pierre est une condition essentielle de sa légitimité. »

Conclusion : Pourquoi ces élections sont-elles invalides ?

Absence d’unité et de reconnaissance morale → Un vrai pape doit être reconnu par l’Église enseignante.

Illégitimité des électeurs → Un petit groupe de laïcs ou d’évêques sans juridiction ne peut pas élire un pape.

Multiplication des « papes » concurrents → Une vraie élection papale ne peut pas donner lieu à plusieurs papes simultanément.

Absence d’un consensus universel ou d’une reconnaissance progressive → Un pape légitime reçoit au moins une reconnaissance morale suffisante de l’Église.

Si un jour une élection papale devait avoir lieu en cas de vacance prolongée et totale du Siège apostolique, elle devrait être organisée avec la plus grande prudence, par des évêques ayant une mission apostolique valide, et viser un consensus moral universel. Cela explique pourquoi toutes les tentatives de « papes » sédévacantistes ont été considérées comme des échecs, car elles ne répondaient pas aux conditions minimales de légitimité et de reconnaissance ecclésiale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*