Date de la première hérésie d’un pape
et de la perte de son office
Par la proposition hérétique dans « Lumen Gentium »
promulguée le 21 novembre 1964
Table des matières
- Termes de la thèse
- La majeure : le dogme
- La mineure : les propositions promulguées
- La contradiction
- Objections et réponses
5.1 Objection 1 : le concile de Trente
5.2 Objection 2 : la vertu de ces moyens vient de l’Église catholique
5.3 Objection 3 : l’Église catholique reste le « moyen général de salut »
5.4 Objection 4 : l’ignorance invincible
5.5 Objection 5 : le « subsistit in » (« subsiste dans ») se lit de manière orthodoxe
5.6 Objection 6 : les discours antérieurs
5.7 Objection 7 : la Commission parle de la grâce des personnes bien disposées
- La conséquence sur l’office
- Conclusion
- Notes de vérification avant publication
- Sources
- Table des matières (fin)
1. Termes de la thèse
Nous n’affirmons pas qu’un pape ou Jean-Baptiste Montini n’aurait jamais rien dit d’erroné avant cette date. Nous affirmons ceci :
Le 21 novembre 1964 est la première fois qu’un pape, notamment Paul VI a promulgué, dans un acte adressé à l’Église universelle et revêtu de l’autorité qu’il revendiquait, une proposition contraire à un dogme de foi divine et catholique. Il ne s’agit donc pas de n’importe quelle erreur mais d’une hérésie.
Ce jour-là, il promulgua la constitution Lumen Gentium et le décret Unitatis Redintegratio, signés « Ego PAULUS Catholicae Ecclesiae Episcopus » (« Moi, Paul, évêque de l’Église catholique » ; Acta Apostolicae Sedis, t. 57, 1965, p. 67 et 107). Le décret se conclut par ces mots : « en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ […] Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit » (Unitatis Redintegratio, formule finale ; texte latin : AAS 57, 1965, p. 107). Les propositions visées sont celles d’Unitatis Redintegratio 3. Lumen Gentium 8 en fournit le fondement ecclésiologique.
Nous distinguons deux degrés de certitude :
- la contradiction entre ces propositions et le dogme, que nous tenons pour démontrée par les textes eux-mêmes ;
- la conséquence sur la personne et l’office de leur auteur, qui est une conclusion théologique rigoureuse tirée de principes certains.
2. La majeure : le dogme
Le 4e concile du Latran définit : « Una vero est fidelium universalis Ecclesia, extra quam nullus omnino salvatur » — « Il existe une seule Église universelle des fidèles, hors de laquelle absolument personne n’est sauvé » (constitution Firmiter ; Dz 430 / DS 802).
Le concile de Florence, dans Cantate Domino, définit que nul hérétique ni schismatique hors de l’Église catholique ne peut avoir part à la vie éternelle. Il précise en outre le rôle des sacrements : l’unité du corps ecclésiastique a une telle valeur « ut solum in ea manentibus ad salutem ecclesiastica sacramenta proficiant » — « de telle sorte que les sacrements de l’Église ne profitent au salut qu’à ceux qui demeurent dans cette unité » (Dz 714 / DS 1351).
Pie IX rappelle que cette doctrine est à tenir « ex fide », « de foi » (Singulari quadam, 9 décembre 1854 ; Dz 1647 ; recueil Pustet, 1865, p. 80). Il condamne la proposition selon laquelle les hommes trouveraient la voie du salut dans le culte de toute religion (Syllabus, prop. 16 ; Dz 1716 / DS 2916 ; recueil Pustet, 1865, p. 10).
Florence ne se borne donc pas à dire qu’on ne se sauve pas hors de l’Église. Il dit où les sacrements profitent au salut : uniquement dans l’unité de l’Église.
Saint Augustin avait fixé cette doctrine contre les donatistes. Le baptême de l’Église peut exister hors de ses limites, mais le don de la vie bienheureuse ne se trouve qu’au-dedans, comme les fleuves du Paradis coulent au-delà de ses frontières sans y porter sa béatitude (De baptismo, lib. 4, chap. 1, n° 1 ; CSEL 51, p. 223). Tout ce que les hommes ont qui appartient à l’Église ne leur profite en rien pour le salut hors de l’Église (lib. 4, chap. 17, n° 24 ; CSEL 51, p. 250–251).
3. La mineure : les propositions promulguées
Unitatis Redintegratio 3 contient deux propositions distinctes.
Première proposition. Les Églises et communautés séparées elles-mêmes (« ipsae Ecclesiae et Communitates seiunctae ») ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut, car l’Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d’elles « tamquam salutis mediis », « comme moyens de salut » (Unitatis Redintegratio, n° 3 ; AAS 57, 1965, p. 93). Dans la traduction officielle française, le pronom est sans équivoque : l’Esprit se sert d’elles, c’est-à-dire des Églises et communautés, comme de moyens de salut.
Seconde proposition. Les actions sacrées accomplies chez les frères séparés « peuvent certainement produire effectivement la vie de grâce, et l’on doit reconnaître qu’elles donnent accès à la communion du salut » (Unitatis Redintegratio, n° 3 ; texte latin : AAS 57, 1965, p. 93).
Le sujet de ces propositions n’est pas une âme individuelle. Ce sont les communautés séparées et les actes de leur culte, désignés comme tels. Le rapport de la Commission doctrinale le dit en toutes lettres : « Elementa quae enumerantur non tantum individuos respiciunt, sed etiam communitates ; in hoc praecise situm est principium motionis oecumenicae » — « Les éléments énumérés ne concernent pas seulement les individus, mais aussi les communautés ; c’est précisément en cela que réside le principe du mouvement œcuménique » (Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 204, relation sur le n° 15 du schéma De Ecclesia, D). La Commission reconnaît donc que le principe même de l’œcuménisme réside dans l’attribution de ces éléments aux communautés.
La même Commission rattache expressément l’action du Saint-Esprit chez les séparés aux « actions sacrées » du schéma sur l’œcuménisme, « quia Spiritus Sanctus per actiones sacras operatur », « parce que le Saint-Esprit agit par les actions sacrées » (ibid., p. 205, I). Elle précise aussi avoir supprimé les mots « non solum […] intra Catholicam », « non seulement […] à l’intérieur de l’Église catholique », afin d’obtenir une assertion simplement positive, et juge inutile d’insister sur l’opposition « intra » et « extra », « à l’intérieur » et « à l’extérieur » (ibid., p. 205, H). L’effacement de cette opposition est délibéré.
Lumen Gentium 8 pose le fondement de ces propositions. En substituant « subsistit in » (« subsiste dans ») à « est » (« est »), il affirme que des éléments de sanctification et de vérité se trouvent hors de la structure de l’Église catholique, comme « dona Ecclesiae Christi propria », « dons propres à l’Église du Christ » (Lumen Gentium, n° 8 ; AAS 57, 1965, p. 11–12).
4. La contradiction
Florence affirme que les sacrements ne profitent au salut qu’à ceux qui demeurent dans l’unité de l’Église. Unitatis Redintegratio affirme que des communautés qui ne sont pas dans cette unité sont, en tant que communautés, des moyens de salut, et que leurs actions sacrées donnent accès à la communion du salut.
Si ces propositions sont vraies, des moyens de salut profitent au salut hors de l’unité de l’Église, et la définition de Florence est fausse. La définition de Florence étant de foi, les propositions de 1964 sont contraires à la foi.
Saint Augustin l’avait dit en termes exprès : le baptême ne profite pas à celui qui est baptisé dans l’hérésie ou le schisme (De baptismo, lib. 4, chap. 4, n° 5 ; CSEL 51, p. 226–227). Ce que le décret dit des actions sacrées des séparés est la négation directe de cette doctrine.
5. Objections et réponses
5.1 Objection 1 : le concile de Trente
Le concile de Trente définit que le baptême conféré par un hérétique, avec la forme et l’intention requises, est un vrai baptême (session 7, De baptismo, can. 4 ; Dz 860 / DS 1617). Il définit aussi que les sacrements confèrent la grâce à ceux qui n’y mettent pas obstacle (session 7, De sacramentis in genere, can. 6 ; Dz 849 / DS 1606). Il existe donc des biens sanctifiants chez les séparés.
Réponse. Trente définit la validité du sacrement, non son fruit pour le salut de celui qui demeure dans la séparation. Florence tranche précisément la question du fruit : les sacrements ne profitent au salut que dans l’unité de l’Église. Trente et Florence s’accordent donc, et c’est Unitatis Redintegratio qui s’écarte des deux.
Saint Augustin, que Trente ne contredit en rien, l’enseigne expressément : autre chose est de ne pas avoir le sacrement, autre chose de l’avoir inutilement (De baptismo, lib. 4, chap. 17, n° 24 ; CSEL 51, p. 250–251). Le baptême conféré dans l’hérésie ou le schisme ne profite pas à celui qui le reçoit (lib. 4, chap. 4, n° 5 ; CSEL 51, p. 226–227). Ce qui était possédé sans profit hors de l’unité ne commence à profiter que par la réconciliation avec l’unité (lib. 1, chap. 1, n° 2 ; CSEL 51, p. 145–146). Augustin accorde même à Cyprien que celui qui est baptisé chez les hérétiques n’en retire aucun profit, dans la mesure où il partage leur perversité (lib. 3, chap. 10, n° 13 ; CSEL 51, p. 204–205).
Quant à l’enfant baptisé par un hérétique, par le baptême il est constitué personne dans l’Église du Christ (Code de 1917, can. 87 ; édition officielle, p. 24). Il appartient à l’Église catholique, non à la secte, tant qu’il n’adhère pas personnellement à l’hérésie. La grâce qu’il reçoit opère dans l’Église. Elle ne fait pas de la secte un moyen de salut.
5.2 Objection 2 : la vertu de ces moyens vient de l’Église catholique
Le décret ajoute que la vertu de ces moyens dérive de la plénitude de grâce et de vérité confiée à l’Église catholique (Unitatis Redintegratio, n° 3 ; AAS 57, 1965, p. 93). Il n’attribue donc rien aux séparés en propre.
Réponse. Saint Augustin a traité exactement ce cas, et sa réponse sépare ce que le décret confond : les biens de l’Église et les communautés qui les détiennent.
Il enseigne que, lorsque l’Église a quelque chose d’elle dans les communions séparées, c’est elle qui y engendre, et non ces communions : ce n’est pas leur séparation qui engendre, mais ce qu’elles ont retenu de l’essence de l’Église (De baptismo, lib. 1, chap. 10, n° 14 ; CSEL 51, p. 158–160). Il appelle ces communions les servantes (ancillae) de l’Église, dans le sein desquelles l’Église enfante. L’image est celle d’Agar, que saint Paul oppose à Sara : une esclave, qui n’est pas l’épouse, qui n’a aucun droit sur les biens qu’elle détient, et qui doit être chassée : « Chasse la servante et son fils » (Ga 4, 30). Augustin qualifie la séparation de sacrilège manifeste. Ceux qui, nés de la servante, s’attachent à elle par orgueil sont comme Ismaël et n’héritent pas ; seuls ceux qui aiment paisiblement l’épouse légitime héritent, comme les fils de Jacob nés des servantes (De baptismo, lib. 1, chap. 10, n° 14 ; CSEL 51, p. 160).
Ce qui vient de l’unité n’a donc aucune efficacité pour le salut de ceux qui restent dans la séparation, à moins qu’ils ne reviennent à l’unité (lib. 4, chap. 2, n° 2 ; CSEL 51, p. 223). Comme les fleuves du Paradis coulent au-delà de ses limites sans y porter sa béatitude, le baptême de l’Église peut exister au-dehors, mais le don de la vie bienheureuse ne se trouve qu’au-dedans (lib. 4, chap. 1, n° 1 ; CSEL 51, p. 223).
Le décret inverse cette doctrine. Augustin garde les biens de l’Église et condamne la communauté qui les détient ; Unitatis Redintegratio attribue aux communautés elles-mêmes « signification et valeur dans le mystère du salut » et dit que l’Esprit se sert d’elles. Augustin distingue Ismaël et les fils de Jacob ; le décret parle des communautés en bloc, et la Commission a effacé à dessein l’opposition « intra » et « extra », « à l’intérieur » et « à l’extérieur » (Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 205, H). Pour Augustin, il faut quitter la servante et revenir à l’épouse ; pour la Commission, l’attribution de ces éléments aux communautés est le principe même du mouvement œcuménique (ibid., p. 204, D).
Que la vertu de ces moyens dérive de l’Église catholique ne sauve donc pas la proposition. Augustin l’affirmait aussi, mais pour en conclure que la communauté séparée n’y a aucune part.
5.3 Objection 3 : l’Église catholique reste le « moyen général de salut »
Le même paragraphe enseigne que c’est par la seule Église catholique, « moyen général de salut », que s’obtient toute la plénitude des moyens de salut (Unitatis Redintegratio, n° 3 ; AAS 57, 1965, p. 94).
Réponse. Réserver à l’Église catholique la plénitude des moyens de salut, c’est affirmer qu’une partie de ces moyens se trouve hors d’elle et y opère pour le salut. La phrase ne corrige donc pas la proposition incriminée : elle la présuppose.
5.4 Objection 4 : l’ignorance invincible
Pie IX admet le salut de ceux qui, dans l’ignorance invincible, observent la loi naturelle et répondent à la grâce (Quanto conficiamur moerore, 10 août 1863 ; Dz 1677 / DS 2866 ; recueil Pustet, 1865, p. 144).
Réponse. Pie IX parle de personnes, non de sociétés. Si ces âmes sont sauvées, c’est par une grâce qui les unit à l’unique Église, et malgré leur appartenance matérielle à une secte. Dans ce cas, la secte n’est pas moyen de salut, mais obstacle surmonté. On ne peut invoquer une exception relative aux personnes pour fonder une proposition relative aux communautés.
5.5 Objection 5 : le « subsistit in » (« subsiste dans ») se lit de manière orthodoxe
Le changement de « est » (« est ») en « subsistit in » (« subsiste dans ») dans Lumen Gentium 8 pourrait signifier que l’Église du Christ se trouve pleinement dans l’Église catholique.
Réponse. Les actes du concile montrent que le changement fut délibéré et doctrinal : « loco “est” […] dicitur “subsistit in”, ut expressio melius concordet cum affirmatione de elementis ecclesialibus quae alibi adsunt » — « À la place de “est”, on dit “subsiste dans”, afin que l’expression concorde mieux avec l’affirmation relative aux éléments ecclésiaux qui se trouvent ailleurs » (Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 177). La page suivante précise que la structure dont ces éléments sont dits extérieurs est visible : « extra compaginem », « hors de la structure », « quae per definitionem est visibilis », « laquelle est visible par définition » (ibid., p. 178). Le « subsistit in », « subsiste dans », a donc été choisi pour laisser place à des éléments ecclésiaux hors de l’Église catholique visible.
Pie XII avait enseigné que le Corps mystique du Christ et l’Église catholique romaine sont « unum idemque », « une seule et même chose » (Humani Generis, 12 août 1950 ; AAS 42, 1950, p. 571). Mais notre démonstration ne repose pas sur Lumen Gentium 8 seul. Elle repose sur Unitatis Redintegratio 3, promulgué le même jour, qui tire la conséquence explicite de ce changement.
5.6 Objection 6 : les discours antérieurs
Paul VI avait déjà parlé des séparés avant cette date : à Bethléem le 6 janvier 1964 (discours de Bethléem), et à l’ouverture de la 3e session le 14 septembre 1964 (Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 150). La date du 21 novembre ne serait donc pas la première.
Réponse. Ces discours parlent de chrétiens « qui ne sont pas en communion parfaite » ou séparés de la pleine intégrité visible du Corps mystique. Ils décrivent une situation, ce que la théologie d’avant 1962 pouvait faire à propos des baptisés hérétiques matériels. Ils n’attribuent pas aux communautés séparées la qualité de moyens de salut. Ce ne sont pas non plus des actes promulgués pour l’Église universelle. Selon les termes posés au point 1, le 21 novembre 1964 demeure la première occurrence.
5.7 Objection 7 : la Commission parle de la grâce des personnes bien disposées
Le rapport sur Lumen Gentium 15 explique que la « vera quaedam coniunctio », « une certaine véritable union », désigne la grâce sanctifiante que l’Esprit Saint produit « in christianis non-catholicis bene dispositis », « chez les chrétiens non catholiques bien disposés » (Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 205, G). Il s’agirait donc de personnes, non de communautés.
Réponse. Ce passage concerne la grâce reçue par les personnes, non la fonction attribuée aux communautés. Sur ce second point, la même relation est explicite : les éléments énumérés regardent aussi les communautés, et c’est là précisément le principe du mouvement œcuménique (ibid., p. 204, D). La Commission ajoute que l’Esprit Saint opère par les « actions sacrées » dont parle le schéma sur l’œcuménisme (ibid., p. 205, I). Les deux affirmations coexistent dans le texte, et c’est la seconde que nous incriminons.
6. La conséquence sur l’office
L’hérésie est publique : elle figure dans un acte promulgué pour l’Église universelle et publié aux Acta Apostolicae Sedis.
La pertinacité se présume au for externe : « Posita externa legis violatione, dolus in foro externo praesumitur, donec contrarium probetur » — « Une violation extérieure de la loi étant posée, le dol est présumé au for externe jusqu’à preuve du contraire » (Code de 1917, can. 2200 § 2 ; édition officielle, p. 413). Aucune rétractation n’est intervenue. Un prélat formé à la Curie sous Pie XII ne pouvait ignorer la définition de Florence.
Le danger avait d’ailleurs été signalé pendant la rédaction. Des Pères craignirent que la teneur trop positive du texte ne confirme les non-catholiques dans leur non-catholicisme (« ne tenor nimis positivus acatholicos in suo acatholicismo firmet », « de peur qu’une teneur trop positive ne confirme les non-catholiques dans leur non-catholicisme ») ; la Commission répondit que cette crainte ne paraissait pas fondée (Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 203, relation sur le n° 15 du schéma De Ecclesia, A). Le texte fut promulgué en connaissance de cette objection.
Saint Robert Bellarmin enseigne que le Pape hérétique manifeste cesse de lui-même d’être Pape (De Romano Pontifice, lib. 2, chap. 30 ; Disputationum de controversiis, t. 1, Naples, Josephus Giuliano, 1856, p. 420). Le canon 188, 4° du Code de 1917 (édition officielle, p. 41) déclare vacant sans déclaration tout office de celui qui a publiquement défailli de la foi catholique.
Enfin, indépendamment de tout jugement sur l’intention : Vatican I enseigne que la foi de Pierre et de ses successeurs ne défaille jamais : « fidei numquam deficientis », « d’une foi qui ne défaille jamais » (Pastor Aeternus, chap. 4 ; Dz 1837 / DS 3071 ; cf. Lc 22, 32). Un Pontife légitime ne peut promulguer pour l’Église universelle une proposition contraire à un dogme défini. Puisque cette proposition a été promulguée, son auteur ne détenait pas l’autorité pontificale.
7. Conclusion
La contradiction entre Unitatis Redintegratio 3 et la définition de Florence est établie par les textes eux-mêmes. Les actes du concile confirment qu’elle est voulue : le « subsistit in », « subsiste dans », fut choisi pour faire place aux éléments ecclésiaux présents ailleurs, l’attribution de ces éléments aux communautés fut posée comme le principe même de l’œcuménisme, et l’opposition entre « intra » et « extra », « à l’intérieur » et « à l’extérieur » fut effacée à dessein. Les objections tirées de Trente, de l’origine de la vertu des sacrements, de la « plénitude » réservée à l’Église catholique, de Pie IX, des discours antérieurs et de la grâce des personnes bien disposées ne la lèvent pas. Saint Augustin avait déjà réfuté les principales contre les donatistes.
Il en suit, selon les principes de saint Robert Bellarmin, du Code de 1917 et de l’indéfectibilité de la foi de Pierre, que le 21 novembre 1964 marque la première hérésie promulguée par Paul VI pour l’Église universelle et que par le fait même il a perdu son office de pape.
Le développement de la question de la perte de la papauté par hérésie publique, est traité dans d’autres chapitres de ce livre.
Prions tous chaque jour pour obtenir de Dieu de Saints Papes.
9. Sources
4e concile du Latran, constitution Firmiter, texte latin ; Dz 430 / DS 802.
Concile de Florence, Cantate Domino, texte latin ; Dz 714 / DS 1351.
Concile de Trente, session 7, canons De sacramentis in genere, can. 6, Dz 849 / DS 1606 ; canons De baptismo, can. 4, Dz 860 / DS 1617. Textes latins.
Concile du Vatican, constitution dogmatique Pastor aeternus, chap. 4, texte latin ; Dz 1837 / DS 3071.
Pie IX, Singulari quadam, 9 décembre 1854 ; Quanto conficiamur moerore, 10 août 1863 ; Syllabus, proposition 16. Textes latins dans Sanctissimi D. N. Pii PP. IX Epistola encyclica data die VIII Decembris MDCCCLXIV ad omnes catholicos antistites unacum Syllabo praecipuorum aetatis nostrae errorum et actis pontificiis ex quibus excerptus est Syllabus, Ratisbonne, Friedrich Pustet, 1865, respectivement p. 80, 144–145 et 10.
Augustin, De baptismo libri septem, dans Scripta contra Donatistas, partie 1, éd. Michael Petschenig, Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, vol. 51, Vienne, F. Tempsky ; Leipzig, G. Freytag, 1908, texte latin, p. 145–146, 158–160, 204–205, 223, 226–227 et 250–251.
Augustin, On Baptism, traduction anglaise dans Nicene and Post-Nicene Fathers, 1re série, vol. 4, sous la direction de Philip Schaff ; lib. 4, chap. 4, n° 6, et chap. 17, n° 25.
Pie XII, Humani generis, 12 août 1950, texte latin, Acta Apostolicae Sedis, t. 42, 1950, p. 571.
Paul VI, discours à Bethléem, 6 janvier 1964, texte français ; discours à l’ouverture de la 3e période conciliaire, 14 septembre 1964, texte latin, Acta Synodalia, vol. 3, partie 1, p. 150.
Lumen gentium, 21 novembre 1964, n° 8 et formule finale, texte latin, Acta Apostolicae Sedis, t. 57, 1965, p. 11–12 et 67. Unitatis redintegratio, 21 novembre 1964, n° 3 et formule finale, texte latin, ibid., p. 93–94 et 107 ; traduction française officielle.
Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II, vol. 3, période 3, partie 1, Sessio publica 4, Congregationes generales 80–82, Typis Polyglottis Vaticanis, 1973, texte latin, p. 150, 177–178 et 203–205.
Codex Iuris Canonici, édition officielle, 1917, texte latin, can. 87, 188, 1556 et 2200, respectivement p. 24, 41, 302 et 413.
Robert Bellarmin, Disputationum Roberti Bellarmini de controversiis christianae fidei adversus hujus temporis haereticos, t. 1, Naples, Josephus Giuliano, 1856, texte latin, De Romano Pontifice, lib. 2, chap. 30, p. 418–420, spécialement p. 420.
Thomas de Vio Cajetan, De comparatione auctoritatis Papae et Concilii cum Apologia eiusdem tractatus, dans Scripta theologica, vol. 1, éd. Vincent M. J. Pollet, Rome, Institutum Angelicum, 1936, texte latin, chap. 20, n° 297, p. 132.
Jean de Saint-Thomas, Cursus theologici in Secundam Secundae D. Thomae, tomus unicus, Lyon, Philippe Borde, Laurent Arnaud, Pierre Borde et Guillaume Barbier, 1663, texte latin, disp. 8, art. 3, p. 133 et 138–139.
Écriture sainte, Ga 4, 30 et Lc 22, 32 ; pour ce dernier passage, également Pastor aeternus, chap. 4.