21 Hérésie Majeure de Vatican II : “Gaudium et Spes”

Hérésie Majeure de Vatican II : “Gaudium et Spes”

La Constitution « Gaudium et Spes » est contradictoire

à l’Enseignement Infaillible de « Quanta Cura » et du « Syllabus Errorum »

 

Table des matières

 

Introduction

Section 1 : L’Infaillibilité de « Quanta Cura » et du « Syllabus Errorum »

Section 2 : Les Contradictions Spécifiques

2.1. La Liberté Religieuse et le Droit à l’Erreur

2.2. La Séparation de l’Église et de l’État, et la Neutralité

2.3. L’Acceptation de la Modernité et du Progressisme

2.4. La Dignité Humaine Détachée de Dieu et de la Vérité

Section 3 : Réfutation des Contre-Arguments

Conclusion

Liste des Sources

 

Introduction

 

La constitution dite “Gaudium et Spes”, promulguée lors du concile Vatican II, présente des contradictions flagrantes avec l’encyclique “Quanta Cura” de Pie IX, datée du 8 décembre 1864, et le “Syllabus Errorum” qui lui est annexé.

Ces oppositions directes, qui renversent des condamnations infaillibles, rendent ce document contraire à la foi catholique.

 

La constitution « Gaudium et spes » (G&S), encore à l’état de schéma sous le titre « De Ecclesia in mundo huius temporis », devait, selon Paul VI, « couronner pour ainsi dire l’œuvre du Concile » (Paul VI, allocution de clôture de la troisième session du concile Vatican II, 21 novembre 1964, Acta Apostolicae Sedis, t. LVI, 1964, p. 1013 ; traduction du latin).

 

L’aveu (d’ un suspect) est une preuve, selon les règles de tout système de droit

 

À propos de Gaudium et spes, Ratzinger écrit : « Depuis Vatican II, elle est donc de plus en plus considérée comme le véritable héritage […] » (Joseph Ratzinger, Principles of Catholic Theology. Building Stones for a Fundamental Theology, trad. anglaise de Sister Mary Frances McCarthy, S.N.D., San Francisco, Ignatius Press, 1987, deuxième tirage, 1989, épilogue, partie B, p. 378 ; traduction française de l’anglais).

 

« De tous les textes du concile Vatican II, la “Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps” (Gaudium et spes) a été incontestablement la plus difficile et, avec la “Constitution sur la sainte liturgie” et le “Décret sur l’œcuménisme”, également celle qui a remporté le plus de succès. […] Si l’on souhaite proposer un diagnostic du texte dans son ensemble, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus. […] Contentons-nous de dire ici que le texte fait fonction de contre-Syllabus et, à ce titre, représente, de la part de l’Église, une tentative de réconciliation officielle avec l’époque nouvelle inaugurée en 1789. » (Joseph Ratzinger, Principles of Catholic Theology. Building Stones for a Fundamental Theology, San Francisco, Ignatius Press, 1987, deuxième tirage, 1989, p. 378 et p. 381–382 ; traduction française de l’anglais).

 

Cet aveu confirme, selon les principes du droit canonique pré-1963, la rupture avec la doctrine certaine.

 

De cette rupture “Cardinal” Ratzinger n’en fait pas une maladie, au contraire il l’érige en principe :

« Le Concile a cependant aussi manifesté et imposé sa volonté de développer à nouveau la théologie à partir de la totalité des sources, de ne pas considérer ces sources uniquement dans le miroir de l’interprétation officielle des cent dernières années, mais de les lire et de les comprendre en elles-mêmes ; il a manifesté sa volonté, non seulement d’écouter la tradition au sein de l’Église catholique, mais de réfléchir au développement théologique dans les autres Églises et confessions chrétiennes et de le recueillir de manière critique […]. »

(Joseph Ratzinger, El nuevo pueblo de Dios. Esquemas para una Eclesiología, trad. espagnole de Daniel Ruiz Bueno, Barcelona, Editorial Herder, 1972, coll. « Biblioteca Herder », vol. 101, p. 319 ; traduction française de l’espagnol).

 

Ce témoignage revêt une importance particulière puisqu’il émane de l’un des principaux interprètes du Concile.

 

L’analyse qui suit, fondée exclusivement sur l’enseignement traditionnel, démontre ces contradictions par des citations exactes, en réfutant les contre-arguments potentiels.

 

Section 1 : L’Infaillibilité de « Quanta Cura » et du « Syllabus Errorum »

 

Quanta Cura et le Syllabus Errorum condamnent les erreurs modernes, telles que le rationalisme, l’indifférentisme religieux, le libéralisme et la séparation de l’Église et de l’État. Leur infaillibilité est établie par les théologiens pré-conciliaires, qui les considèrent comme relevant du magistère ordinaire universel ou extraordinaire.

 

Le Dictionnaire de théologie catholique, dans l’article « Syllabus » de L. Brigué, rapporte l’argumentation des théologiens qui affirment que ce document est infaillible, car il constitue une définition ex cathedra, liée à Quanta Cura, où Pie IX proscrit avec autorité apostolique toutes les erreurs mentionnées (Paris, Letouzey et Ané, 1941, t. XIV, 2ᵉ partie, col. 2916–2918) :

 

« C’est pourquoi toutes et chacune des opinions et doctrines mauvaises rappelées individuellement dans les présentes Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons par Notre autorité apostolique ; et Nous voulons et ordonnons qu’elles soient absolument tenues pour réprouvées, proscrites et condamnées par tous les fils de l’Église catholique. » (Pie IX, Quanta cura, 8 décembre 1864, Acta Sanctae Sedis, t. III, Rome, 1867, p. 166 ; traduction du latin).

 

L’article rapporte également les opinions des théologiens qui le regardent comme liant et infaillible, soit par le magistère ordinaire universel, soit par le magistère extraordinaire (L. Brigué, « Syllabus », Dictionnaire de théologie catholique, t. XIV, 2ᵉ partie, col. 2916–2918).

 

Franz Xaver Wernz, dans Ius decretalium ad usum praelectionum in scholis textus canonici sive iuris decretalium, t. I, Introductio in ius decretalium, 3e édition revue, Prato, Giachetti, filii et soc., 1913, tit. XIII, § 7, n° 278, p. 392, déclare qu’il ne peut être douté que l’encyclique Quanta cura soit une vraie définition ex cathedra du Pontife romain, et donc infaillible.

 

Hugo von Hurter, dans Medulla theologiae dogmaticae, 2ᵉ édition, Innsbruck, Libraria academica Wagneriana ; Paris, Bloud et Barral, 1885, n° 410, note 3, p. 243–244, ajoute que les propositions condamnées contiennent une doctrine qui est en quelque sorte nuisible à la doctrine catholique, selon la déclaration infaillible du pontife romain.

 

Johann Cardinal Franzelin, dans une lettre du 19 mars 1868, reproduite par F. Desjacques dans « Le Syllabus. Son autorité dogmatique, son histoire », Études religieuses, philosophiques, historiques et littéraires, t. XLVII, mai–août 1889, Paris, Rétaux-Bray, p. 354–359, ici p. 358–359, écrit que par la volonté et le commandement du Pontife, les erreurs, qui ont été interdites par lui à d’autres occasions, sont notées comme erreurs contre la saine doctrine et à éviter par les fidèles, et rassemblées dans une sorte de sommaire, communiqué à tous les Pasteurs de l’Église universelle ; dans lequel mandat et acte semble être contenue et manifestée entièrement la volonté de donner une norme universelle de penser et d’enseigner dans ces chefs qui y sont indiqués. Il souligne que l’autorité du Syllabus est démontrée par le consensus moralement unanime de l’ensemble de l’épiscopat catholique.

 

Jean Bainvel, dans De magisterio vivo et traditione, Paris, Gabriel Beauchesne et Cie, 1905, n° 104, p. 107–108, affirme que la plupart des théologiens, s’appuyant sur le sens moralement unanime des Évêques et des fidèles, qui ont ainsi compris la chose, considèrent que ces propositions sont interdites par un jugement infaillible ; et en outre, la condamnation antérieure était déjà un acte infaillible, ou bien le Pape marque dans l’Encyclique Quanta Cura (qui est un acte infaillible) ces erreurs comme déjà condamnées par lui.

 

La plus célèbre collection de Pie IX est l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus Errorum du 8 décembre 1864. Camillo Cardinal Mazzella, dans De religione et Ecclesia. Prælectiones scholastico-dogmaticæ, 2ᵉ édition, Rome, Ex Typographia Polyglotta S. C. de Propaganda Fide, 1880, n° 1052, note 1, p. 822–824, confirme que, dans ces documents, Pie IX condamne les erreurs modernes avec une autorité infaillible.

 

Ces autorités théologiques démontrent que Quanta Cura et le Syllabus établissent une norme universelle pour l’Église, acceptée par le consensus des évêques et des fidèles, en accord avec le concile Vatican I, qui enseigne que les condamnations papales sont liantes lorsqu’elles concernent toute l’Église.

 

Section 2 : Les Contradictions Spécifiques

 

2.1. La Liberté Religieuse et le Droit à l’Erreur

 

– Gaudium et spes, du 7 décembre 1965, au n. 16, affirme : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : “Fais ceci, évite cela”. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. »

 

– Cela contredit directement la Tradition :

 

Tous les catéchismes enseignent qu’il faut bien écouter et obéir sa conscience mais qu’on a l’obligation grave de la laisser former par l’Église, sinon la conscience peut être et demeurer erronée. Et plusieurs consciences sont erronées (laxistes ou scrupuleuses etc.). Et elles peuvent être erronées, soit par ignorance invincible, soit par ignorance coupable.

Et quoiqu’il faut toujours suivre sa conscience, même erronée, le bien commun a priorité au bien particulier. Donc la société, l’Église et surtout l’État catholique doit interdire de manifester ses erreurs en public, même inspirés par une conscience erronée ;

en effet pour protéger le peuple chrétien d’erreurs dans la foi et les mœurs, l’individu doit être  empêché dans cette espèce de liberté de conscience erronée manifestée publiquement et on doit le lui interdire.

 

– Et au n. 21, § 3 et 6 : « L’Église tient que la reconnaissance de Dieu ne s’oppose en aucune façon à la dignité de l’homme, puisque cette dignité trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui l’achève. […] L’Église, tout en rejetant absolument l’athéisme, proclame toutefois, sans arrière-pensée, que tous les hommes, croyants et incroyants, doivent s’appliquer à la juste construction de ce monde, dans lequel ils vivent ensemble : ce qui, assurément, n’est possible que par un dialogue loyal et prudent. »

Cela reconnaît un droit universel à la liberté de conscience, même dans l’erreur, même en publique, et efface la distinction entre croyants et non-croyants.

 

– Cela contredit également directement « Quanta cura », qui condamne la liberté religieuse comme « liberté de perdition » (Pie IX, Quanta cura, 8 décembre 1864, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 162).

« Et, contre la doctrine des saintes Écritures, de l’Église et des saints Pères, ils n’hésitent pas à affirmer que “la meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir civil le devoir de réprimer, par des peines établies, les violateurs de la religion catholique, sauf dans la mesure où la paix publique l’exige”. » (Quanta cura, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 162 ; traduction du latin).

 

– Le Syllabus Errorum condamne

la Proposition 15 : « Chaque homme est libre d’embrasser et de professer la religion que, guidé par la lumière de la raison, il juge vraie. » (Pie IX, Syllabus, 8 décembre 1864, proposition 15, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 170 ; traduction du latin).

Et la Proposition 79 : « Il est faux que la liberté civile de chaque forme de culte, et le plein pouvoir accordé à tous de manifester ouvertement et publiquement n’importe quelles opinions et pensées, mènent plus facilement à la corruption des mœurs et des esprits du peuple, et à la propagation de la plaie de l’indifférentisme. » (Syllabus, proposition 79, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 176 ; traduction du latin).

 

La contradiction est évidente, car Gaudium et Spes accorde la liberté à la conscience, même errante et cela revient pratiquement à donner un certain droit public à l’erreur, tandis que Quanta Cura et le Syllabus enseignent que l’erreur n’a pas de droits et que l’État doit réprimer les fausses religions pour protéger la vraie.

En effet le texte lui-même le permet, puisque GS 16 affirme : « Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. » Il est donc légitime d’écrire que la dignité reconnue à la conscience demeure même lorsqu’elle est objectivement erronée. Gaudium et Spes prépare et suppose une anthropologie qui sera explicitement développée dans Dignitatis Humanae.

Objection et sa réfutation :

L’expression « droit public à l’erreur » sera contestée par les défenseurs de Vatican II, qui répondront que le Concile Vatican II reconnaît un droit de la personne à l’immunité de coercition et non un droit de l’erreur en tant que telle.

Nous pouvons alors répliquer que, si la conscience erronée conserve publiquement cette immunité civile, l’effet pratique revient précisément à reconnaître un droit civil d’expression de l’erreur. Cette distinction entre la théorie invoquée et son effet juridique concret renforce considérablement notre argumentation.

 

2.2. La Séparation de l’Église et de l’État, et la Neutralité

 

– Gaudium et spes, au n. 76, § 2, affirme : « L’Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine. » Cela sépare complètement l’Église et l’État et nie un rôle politique à l’Église.

 

– Cela va contre le Syllabus Errorum,

Proposition 55 : « L’Église doit être séparée de l’État, et l’État de l’Église. » (Syllabus, proposition 55, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 174).

Proposition 77 : « À l’époque actuelle, il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme la seule religion de l’État, à l’exclusion de toutes les autres formes de culte. » (Syllabus, proposition 77, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 176 ; traduction du latin).

Proposition 78 : « Aussi est-ce de façon louable que, dans certaines régions catholiques, la loi a pourvu à ce qu’il soit permis aux hommes qui s’y rendent d’exercer publiquement le culte propre à chacun. » (Syllabus, proposition 78, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 176 ; traduction du latin).

 

– Quanta Cura condamne cette séparation comme une erreur qui sape la royauté sociale du Christ : « Ils n’hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l’Église catholique et au salut des âmes, et que Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait un délire, savoir, que “la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé et assuré dans tout État bien constitué” […]. » (Quanta cura, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 162 ; traduction du latin).

 

– La contradiction est indiscutable, car Gaudium et Spes rend l’État neutre face aux religions, tandis que l’enseignement traditionnel, comme dans Immortale Dei de Léon XIII du 1er novembre 1885, exige que l’État reconnaisse et promeuve la religion catholique. (Immortale Dei, nos 6–7).

 

2.3. L’Acceptation de la Modernité et du Progressisme

 

– Gaudium et spes, au n. 2, § 2, affirme : « Le monde qu’il a ainsi en vue est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l’univers au sein duquel elle vit. »

 

Au n. 4, § 1–2 : « Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile […]. Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe. »

 

Et au n. 40, § 1 : « Tout ce que nous avons dit sur la dignité de la personne humaine, sur la communauté des hommes, sur le sens profond de l’activité humaine, constitue le fondement du rapport qui existe entre l’Église et le monde, et la base de leur dialogue mutuel. » Cela embrasse les changements modernes et la sécularisation comme positifs.

 

– Cela contredit le Syllabus Errorum,

 

Proposition 80 : « Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. » (Syllabus, proposition 80, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 176).

 

– Quanta Cura condamne le modernisme comme un ensemble d’erreurs :

« Et, contre la doctrine des saintes Écritures, de l’Église et des saints Pères, ils n’hésitent pas à affirmer que “la meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir civil le devoir de réprimer, par des peines établies, les violateurs de la religion catholique, sauf dans la mesure où la paix publique l’exige”. » (Quanta cura, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 162 ; traduction du latin).

 

La rupture est évidente, car Gaudium et Spes célèbre le monde moderne, tandis que Quanta Cura et le Syllabus condamnent le progressisme comme menant à l’indifférentisme et à l’athéisme.

 

2.4. La Dignité Humaine Détachée de Dieu et de la Vérité

 

– Gaudium et spes, au n. 12, § 1, affirme :

« Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point : tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet. »

 

Cela fonde la dignité sur l’homme lui-même, y compris les incroyants, et reconnaît que

« Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. » (Gaudium et spes, n. 16).

 

– Cela contredit Quanta Cura, qui lie la dignité à la vraie religion et qui fulmine contre cette idée absolument fausse du gouvernement de la société d’où naissent les maux innombrables qui affligent la société civile (Quanta cura, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 162).

 

– Le Syllabus Errorum condamne la Proposition 3 :

« La raison humaine, sans avoir égard à Dieu, est le seul arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ; elle est à elle-même sa loi, et suffit, par ses forces naturelles, à procurer le bien des hommes et des peuples. » (Syllabus, proposition 3, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 168 ; traduction du latin).

 

Et la Proposition 18 : « Le protestantisme n’est autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, dans laquelle on peut plaire à Dieu aussi bien que dans l’Église catholique. » (Syllabus, proposition 18, Acta Sanctae Sedis, t. III, 1867, p. 170 ; traduction du latin).

 

La contradiction est directe, car Gaudium et Spes rend la dignité universelle sans nécessité de la vérité catholique, tandis que l’enseignement traditionnel, comme dans Libertas de Léon XIII du 20 juin 1888, enseigne que la vraie liberté et dignité dépendent de la soumission à Dieu et à Son Église. (Libertas praestantissimum, nos 30, 36 et 40).

 

Section 3 : Réfutation des Contre-Arguments

 

Contre-argument 1 : Les contradictions ne sont pas flagrantes, mais une différence d’interprétation.

 

Cela est à réfuter, car les citations montrent des oppositions directes : Gaudium et Spes reprend exactement les propositions condamnées par le Syllabus, comme la liberté de conscience (Proposition 15) et la séparation (Proposition 55).

 

Ce concernant, Vatican I enseigne : « Neque enim fidei doctrina, quam Deus revelavit, velut philosophicum inventum proposita est humanis ingeniis perficienda, sed tamquam divinum depositum Christi Sponsae tradita, fideliter custodienda et infallibiliter declaranda. » Puis : « Hinc sacrorum quoque dogmatum is sensus perpetuo est retinendus, quem semel declaravit Sancta Mater Ecclesia, nec umquam ab eo sensu, altioris intelligentiae specie et nomine, recedendum. »

Concile Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870, chap. IV, « De fide et ratione » ; Denzinger, n° 1800 ; DS 3020.

Traduction : « En effet, la doctrine de la foi que Dieu a révélée n’a pas été proposée aux esprits humains comme une invention philosophique à perfectionner, mais comme un dépôt divin confié à l’Épouse du Christ, pour être fidèlement gardée et infailliblement déclarée. » Puis : « C’est pourquoi il faut toujours conserver aux dogmes sacrés le sens que la sainte Mère l’Église a une fois déclaré, et ne jamais s’écarter de ce sens sous le prétexte et le nom d’une intelligence plus profonde. »

Selon la doctrine de Vatican I sur l’immutabilité du sens des dogmes, une contradiction formelle avec une définition antérieure constituerait, de l’avis des théologiens classiques, une hérésie proprement dite.  Ainsi les contradictions flagrantes avec l’enseignement infaillible impliquent l’hérésie : les canons qui accompagnent la Constitution sont destinés à anathématiser les “hérésies, strictement parlant” .

Donc toute proposition qui contredit une doctrine infaillible – c’estàdire une vérité de foi tenue par le consensus perpétuel – tombe sous le coup de l’anathème et est donc qualifiée d’hérésie.

 

De telles oppositions rendent le magistère invalide : si une proposition s’oppose à une vérité de foi infaillible, elle rend invalide toute déclaration magistérielle qui la soutient.

 

Contre-argument 2 : Gaudium et Spes est pastoral et s’inscrit dans la Tradition.

 

Cela est intenable, car l’enseignement pastoral ne peut contredire les condamnations dogmatiques ; Quanta cura est infaillible via le magistère ordinaire universel, et Gaudium et spes le renverse, ce qui le rend contraire à la foi. Paul IV, dans la constitution Cum ex apostolatus officio du 15 février 1559, § 6, déclare nuls les actes de ceux dont la promotion ou l’élection est nulle en raison d’une déviation de la foi ou d’une hérésie antérieure à cette promotion ou élection (Pietro Gasparri, éd., Codicis iuris canonici fontes, t. I, Concilia generalia — Romani Pontifices usque ad annum 1745, Rome, Typis Polyglottis Vaticanis, 1926, n° 94, p. 166).

 

Contre-argument 3 : Les contradictions ne sont pas une hérésie, mais un développement.

 

Dei Filius interdit les développements qui contredisent les définitions antérieures ; le renversement flagrant dans Gaudium et Spes du Syllabus (par exemple, Proposition 80 sur le modernisme) n’est pas une évolution mais une rupture.

Cette conclusion est encore confirmée par l’enseignement de Vatican I sur la nature même du magistère pontifical. En effet, le concile enseigne :

« Le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre afin qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une doctrine nouvelle, mais afin qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. » (Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870, chap. IV, Acta Sanctae Sedis, t. VI, 1870–1871, p. 46 ; DS 3070 ; traduction du latin).

Dès lors, un enseignement qui présenterait comme légitime une doctrine antérieurement condamnée ne constituerait pas un développement homogène de la foi, mais une altération du dépôt révélé.

Tout comme Hugo von Hurter dans Medulla theologiae dogmaticae, 2ᵉ édition, Innsbruck, Libraria academica Wagneriana ; Paris, Bloud et Barral, 1885, n° 410, spécialement point 4 et note 3, p. 243–244, explique que les oppositions aux erreurs condamnées définissent la doctrine catholique. Notamment que la doctrine catholique se reconnaît avec certitude non seulement dans les propositions affirmées positivement, mais aussi dans les propositions opposées à celles qui ont été condamnées comme erronées, hérétiques, schismatiques, etc. Car puisque l’Église ne peut pas se tromper, en proscrivant le faux elle propose indirectement, au moins négativement, la vraie doctrine, laquelle doit alors être tenue comme doctrine catholique.

Et saint Vincent de Lérins enseigne dans le Commonitorium, chap. II (Patrologia Latina, t. L, col. 640) :

« In ipsa item catholica Ecclesia magnopere curandum est ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est. »

Traduction :

« Dans l’Église catholique elle-même, il faut surtout veiller à tenir ce qui a été cru partout, toujours et par tous. »

Puis, au chap. XXIII : « Sed ita tamen ut vere profectus sit ille fidei, non permutatio. » (Patrologia Latina, t. L, col. 667–668).

« Mais à condition qu’il s’agisse véritablement d’un progrès de la foi, non d’un changement. »

 

Conclusion

 

Ces preuves démontrent des contradictions flagrantes entre Gaudium et Spes et Quanta Cura avec le Syllabus Errorum, rendant Gaudium et Spes contraire à la foi catholique et le concile Vatican II invalide comme enseignement magistériel, selon la Doctrine certaine d’avant 1963. En effet ces contradictions rendent ces enseignements incompatibles avec la foi catholique traditionnelle.

 

Liste des Sources

  1. Bainvel, Jean, De magisterio vivo et traditione, Paris, Gabriel Beauchesne et Cie, 1905, n° 104, p. 107–108. Texte latin.
  2. Brigué, L., « Syllabus », dans Dictionnaire de théologie catholique, t. XIV, 2ᵉ partie, Paris, Letouzey et Ané, 1941, col. 2916–2918. Texte français.
  3. Concile Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870, chap. IV, « De fide et ratione » ; Denzinger, n° 1800 ; DS 3020. Texte latin et traduction française.
  4. Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870, chap. IV, dans Acta Sanctae Sedis, t. VI, 1870–1871, p. 46 ; DS 3070. Texte latin et traduction française.
  5. Concile Vatican II, déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, 7 décembre 1965.
  6. Concile Vatican II, constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 7 décembre 1965, n. 2, § 2 ; n. 4, § 1–2 ; n. 12, § 1 ; n. 16 ; n. 21, § 3 et 6 ; n. 40, § 1 ; n. 76, § 2. Traduction française.
  7. Franzelin, Johann, lettre du 19 mars 1868, extraits reproduits par F. Desjacques dans « Le Syllabus. Son autorité dogmatique, son histoire », Études religieuses, philosophiques, historiques et littéraires. Revue mensuelle publiée par des Pères de la Compagnie de Jésus, XXVIᵉ année, t. XLVII, mai–août 1889, Paris, Rétaux-Bray, article p. 353–379 ; lettre p. 354–359, spécialement p. 358–359. Texte latin de la lettre avec présentation française.
  8. Hurter, Hugo von, Medulla theologiae dogmaticae, 2ᵉ édition, Innsbruck, Libraria academica Wagneriana ; Paris, Bloud et Barral, 1885, n° 410, spécialement point 4 et note 3, p. 243–244. Texte latin.
  9. Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1ᵉʳ novembre 1885, nos 6–7.
  10. Léon XIII, encyclique Libertas praestantissimum, 20 juin 1888, nos 30, 36 et 40.
  11. Mazzella, Camillo, De religione et Ecclesia. Prælectiones scholastico-dogmaticæ, 2ᵉ édition, Rome, Ex Typographia Polyglotta S. C. de Propaganda Fide, 1880, n° 1052, note 1, p. 822–824. Texte latin.
  12. Paul IV, constitution Cum ex apostolatus officio, 15 février 1559, § 6, dans Pietro Gasparri, éd., Codicis iuris canonici fontes, t. I, Concilia generalia — Romani Pontifices usque ad annum 1745, Rome, Typis Polyglottis Vaticanis, 1926, n° 94, p. 166. Texte latin.
  13. Paul VI, allocution de clôture de la troisième session du concile Vatican II, 21 novembre 1964, dans Acta Apostolicae Sedis, t. LVI, 1964, p. 1013. Texte latin et traduction française.
  14. Pie IX, encyclique Quanta cura, 8 décembre 1864, dans Acta Sanctae Sedis, t. III, Rome, 1867, p. 162 et 166. Texte latin et traduction française.
  15. Pie IX, Syllabus, 8 décembre 1864, dans Acta Sanctae Sedis, t. III, Rome, 1867 : proposition 3, p. 168 ; propositions 15 et 18, p. 170 ; proposition 55, p. 174 ; propositions 77–80, p. 176. Texte latin et traduction française.
  16. Ratzinger, Joseph, El nuevo pueblo de Dios. Esquemas para una Eclesiología, traduction espagnole de Daniel Ruiz Bueno, Barcelona, Editorial Herder, 1972, coll. « Biblioteca Herder », vol. 101, p. 319. Citation traduite de l’espagnol en français.
  17. Ratzinger, Joseph, Principles of Catholic Theology. Building Stones for a Fundamental Theology, traduction anglaise de Sister Mary Frances McCarthy, S.N.D., San Francisco, Ignatius Press, 1987, deuxième tirage, 1989, épilogue, partie B, p. 378 et 381–382. Citations traduites de l’anglais en français.
  18. Vincent de Lérins, saint, Commonitorium, dans Patrologia Latina, t. L : chap. II, col. 640 ; chap. XXIII, col. 667–668. Texte latin et traduction française.
  19. Wernz, Franz Xaver, Ius decretalium ad usum praelectionum in scholis textus canonici sive iuris decretalium, t. I, Introductio in ius decretalium, 3ᵉ édition revue, Prato, Giachetti, filii et soc., 1913, tit. XIII, § 7, n° 278, p. 392. Texte latin.

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