L’Acceptation Universelle Pacifique
est le Signe de Certitude d’Élection
Table des matières
Introduction
- Lien principal et originaire avec le Souverain Pontife
1.1 Fondement thomiste
1.2 Doctrine expresse des auteurs
1.3 Guérison radicale de tout vice occulte antérieur par l’AUP
- Extension analogique à d’autres réalités ecclésiastiques
- Limites et distinctions essentielles
Conclusion
Introduction
L’acceptation universelle pacifique (AUP) de l’Église envers un Pontife Romain élu est un signe infaillible du fait dogmatique qu’il est le vrai Pape légitimement élu et possédant véritablement la juridiction ordinaire universelle. Cette doctrine est communément enseignée par les théologiens et canonistes d’avant 1964.
La légitimité du Pontife Romain appartient aux faits dogmatiques, c’est-à-dire aux faits tellement liés au dépôt révélé que leur certitude est nécessaire à la conservation et à l’application de la foi.
L’AUP n’est pas une cause de la papauté, mais un signe infaillible de son existence. Le Pontife Romain reçoit immédiatement sa juridiction du Christ au moment où l’élection légitime est acceptée ; l’acceptation universelle et pacifique de l’Église manifeste ensuite infailliblement cette réalité au for externe.
Si l’Église universelle pouvait se tromper dans l’acceptation pacifique du vrai Pape, elle pourrait adhérer universellement à une fausse règle vivante de foi, ce qui serait contraire à l’indéfectibilité et aux promesses divines faites à l’Église.
- Lien principal et originaire avec le Souverain Pontife
1.1 Fondement thomiste
Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, IIa-IIae, q. 39, a. 1, corpus :
« Ecclesiae autem unitas in duobus attenditur: scilicet in connexione membrorum Ecclesiae ad invicem, seu communicatione; et iterum in ordine omnium membrorum Ecclesiae ad unum caput. […] Hoc autem caput est ipse Christus, cuius vicem in Ecclesia gerit summus pontifex. »
« L’unité de l’Église se considère sous deux aspects : dans la connexion des membres de l’Église entre eux, ou communion, et aussi dans l’ordre de tous les membres de l’Église à une seule tête. […] Or cette tête est le Christ lui-même, dont le souverain pontife tient la place dans l’Église. »
Ce passage fonde le principe exprimé ici : l’unité de l’Église exige que tous soient réunis dans une même foi et sous une seule tête spirituelle, le Christ, dont le Souverain Pontife tient la place visible dans l’Église.
1.2 Doctrine expresse des auteurs
Cardinal Louis Billot, S.J., Tractatus de Ecclesia Christi, tomus prior, quaestio XIV, thesis XXIX, § 3, 3e éd., Prati, Ex Officina Libraria Giachetti, Filii et Socii, 1909, pp. 620-621 :
« […] adhaesionem universalis Ecclesiae fore semper ex se sola infallibile signum legitimitatis personae Pontificis, adeoque et exsistentiae omnium conditionum quae ad legitimitatem ipsam sunt requisitae. […] praedicta Ecclesiae adhaesio omne vitium electionis radicitus sanat, et exsistentiam omnium requisitarum conditionum infallibiliter ostendit. »
« Mais, quoi que l’on pense finalement de la possibilité ou de l’impossibilité de l’hypothèse susdite, il faut du moins tenir fermement pour absolument inébranlable et placé hors de tout doute ceci : l’adhésion de l’Église universelle sera toujours, par elle seule, un signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife, et donc aussi de l’existence de toutes les conditions requises pour cette légitimité. Il n’est pas besoin d’en chercher loin la raison. Elle se tire immédiatement de la promesse infaillible et de la providence du Christ : “Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle”, et encore : “Voici que je suis avec vous tous les jours.” Ce serait en effet la même chose que l’Église adhère à un faux pontife et qu’elle adhère à une fausse règle de foi, puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre dans la foi et qu’elle suit toujours de fait, comme il apparaîtra encore plus clairement de ce qui sera dit plus loin. Dieu peut certes permettre que la vacance du Siège se prolonge quelquefois longtemps. Il peut aussi permettre qu’un doute surgisse au sujet de la légitimité de l’un ou l’autre élu. Mais il ne peut permettre que l’Église tout entière admette comme pontife celui qui ne serait pas vrai et légitime. Dès lors donc qu’il a été reçu et uni à l’Église comme la tête au corps, il ne faut plus soulever de question au sujet d’un vice possible de l’élection ou du défaut de quelque condition nécessaire à la légitimité, car l’adhésion susdite de l’Église guérit radicalement tout vice de l’élection et manifeste infailliblement l’existence de toutes les conditions requises. »
L’Église ne peut universellement adhérer à un faux pape comme règle vivante de foi, car cela impliquerait une défection de l’Église universelle dans son adhésion visible à l’autorité suprême instituée par le Christ.
Jean de Saint-Thomas, O.P., Cursus Theologicus in Summam Theologicam D. Thomae, t. VII, In IIam-IIae, q. 1-7, disp. II, a. 2, Paris, Louis Vivès, 1886, pp. 233-236 :
« De fide divina est immediate hunc hominem in particulari rite electum et acceptatum ab Ecclesia esse summum pontificem, et successorem Petri […]. Ergo necesse est quod Ecclesia pacifice acceptando determinet electionem non esse dubiam, sed legitimam. »
« Il est immédiatement de foi divine que cet homme en particulier, régulièrement élu et accepté par l’Église, est le souverain pontife et le successeur de Pierre […]. Il est donc nécessaire que l’Église, par son acceptation pacifique, détermine que l’élection n’est pas douteuse, mais légitime. »
1.3 Guérison radicale de tout vice occulte antérieur par l’AUP, non manifesté au for externe
L’AUP guérit radicalement (in radice) tout vice occulte antérieur à l’élection, non manifesté au for externe, même lorsqu’il concerne une matière relevant du droit divin, pourvu que le défaut soit demeuré occulte au for externe (par exemple une hérésie purement interne ou occulte avant l’élection), car un vice purement occulte n’est pas reconnu comme dirimant au for externe de l’Église.
Passages authentiques et distinction entre les auteurs :
Thomas de Vio Cajetan, O.P., Scripta Theologica, vol. I, De comparatione auctoritatis Papae et Concilii, cap. XVI, n. 231, éd. V. M. I. Pollet, Rome, Institutum Angelicum, 1936, pp. 108-109 :
« Secundus est, quando Papa unus vel plures incerta electione laborant, ut contingisse videtur in magno schismate Urbani VI et aliorum. Tunc enim, ne perplexa sit Ecclesia, illa membra Ecclesiae quae inveniuntur, potestatem habent iudicandi verum, si potest sciri, et, si sciri nequit, providendi quod electores in unum eorum vel alium conveniant […]. »
« Le second cas se présente lorsqu’un ou plusieurs papes souffrent de l’incertitude de leur élection, comme cela semble être arrivé dans le grand schisme d’Urbain VI et des autres. Alors, afin que l’Église ne demeure pas perplexe, les membres de l’Église qui se trouvent là ont le pouvoir de juger où est la vérité, si elle peut être connue ; et, si elle ne peut l’être, de pourvoir à ce que les électeurs s’accordent sur l’un d’eux ou sur un autre […]. »
Saint Robert Bellarmin, S.J., Disputationum de controversiis Christianae fidei adversus huius temporis haereticos, t. I, De Romano Pontifice, lib. IV, cap. IX, Paris, Pierre Billain, 1620, p. 816 :
« Non enim homines tenentur, aut possunt corda scrutari; sed quem externis operibus haereticum esse vident, simpliciter haereticum iudicant, ac ut haereticum damnant. »
« Les hommes ne sont en effet ni tenus ni capables de scruter les cœurs ; mais celui qu’ils voient être hérétique par ses œuvres extérieures, ils le jugent simplement hérétique et le condamnent comme tel. »
Charles-René Billuart, O.P., Summa S. Thomae hodiernis academiarum moribus accommodata, sive Cursus Theologiae, t. VII, Tractatus de regulis fidei, diss. IV, a. IX, Würzburg, Stahel, 1758, pp. 523-524 :
« Quia cum Ecclesia sit infallibilis in acceptanda fidei regula […] fuerit rite facta vel non electio Pontificis, hoc ipso quo Ecclesia illum acceptat, est verus Pontifex et fidei regula, suppletque Ecclesiae acceptatio defectum qui potuit irrepere in electione. […] De fide est quod Ecclesia errare non possit in acceptanda fidei Regula […]. »
« Puisque l’Église est infaillible dans l’acceptation de la règle de foi […] que l’élection du Pontife ait été faite régulièrement ou non, par le fait même que l’Église l’accepte, il est vrai Pontife et règle de foi, et l’acceptation de l’Église supplée le défaut qui a pu s’introduire dans l’élection. […] Il est de foi que l’Église ne peut errer en acceptant la règle de foi […]. »
Franz Xaver Wernz, S.J. – Petrus Vidal, S.J., Ius Canonicum ad Codicis normam exactum, t. II : De personis, 2e éd., Rome, apud Aedes Universitatis Gregorianae, 1928, n. 418, pp. 407-408 :
« Quodsi ad divinam providentiam provocetur, multo simplicior est illa explicatio etiam in impedimentis iuris divini retenta, quod Deus omnia ita disponat, ut istud vitium electionis Ecclesiae innotescat. […] Neque sanatio prioris electionis invalidae Cardinalium repetenda est ex secunda quadam electione per consensum Ecclesiae universalis facta. Iste enim consensus niteretur errore quodam universali et completo Ecclesiae in admittendo falso Papa pro vero […]. Quem errorem theologi passim ab Ecclesia excludunt. »
« Si l’on en appelle à la providence divine, l’explication beaucoup plus simple, maintenue même en cas d’empêchements de droit divin, est que Dieu dispose toutes choses de telle sorte que ce vice de l’élection devienne connu de l’Église. […] Il ne faut pas davantage faire dériver la sanation de l’élection antérieure invalide des cardinaux d’une sorte de seconde élection accomplie par le consentement de l’Église universelle. Ce consentement reposerait sur une erreur universelle et complète de l’Église, qui admettrait un faux pape pour le vrai […]. Or les théologiens excluent communément de l’Église une telle erreur. »
Une hérésie purement occulte antérieure, non manifesté au for externe, découverte seulement après la mort, est donc juridiquement guérie par l’AUP ; elle ne peut jamais rendre l’élection nulle ab initio.
- Extension analogique à d’autres réalités ecclésiastiques
Cette extension analogique reste valide (évêques diocésains, conciles, lois universelles, canonisations, faits dogmatiques), mais toujours subordonnée à l’AUP pontificale et au for externe.
- Limites et distinctions essentielles
L’universalité de l’acceptation universelle pacifique doit être entendue moralement et non comme une unanimité mathématique absolue. Les théologiens entendent par là l’adhésion moralement universelle de l’Église enseignante et enseignée au Pontife reconnu comme chef visible de l’Église. L’existence de quelques opposants isolés, de doutes privés ou de résistances particulières n’empêche donc pas l’existence d’une véritable AUP.
L’AUP guérit tout vice occulte, même gravissime, non manifesté au for externe ; elle ne supplée pas un vice dirimant manifeste et public de droit divin (hérésie publique avant l’élection), car la Providence empêche que l’Église universelle adhère pacifiquement à un tel sujet, cela découle de l’indéfectibilité de l’Église et de l’infaillibilité des faits dogmatiques connexes.
En vacance prolongée du Siège apostolique depuis l’hérésie publique et pertinace de Paul VI en 1964, l’absence totale d’AUP pour les prétendus papes conciliaires actuels confirme que le Siège est vacant.
Conclusion
L’acceptation universelle pacifique est le signe extérieur du fait dogmatique et absolument certain donné par la Providence divine pour reconnaître le chef visible légitime de l’Église. Elle guérit radicalement tout vice occulte, non manifesté au for externe, exclut tout défaut manifeste, et constitue la règle suprême de certitude juridique dans l’ordre concret de l’Église.
En l’absence d’AUP depuis soixante et un ans, le Siège apostolique est vacant ; l’Église catholique subsiste dans ceux qui gardent intégralement la foi traditionnelle, en attente du Pontife légitime que Notre-Seigneur nous donnera et qui sera universellement et pacifiquement accepté.
Que la Très Sainte Vierge Marie, Destructrice de toutes les hérésies, vous garde dans la vérité catholique intégrale.