Doctrine constante et certaine de l’Église
sur le baptême d’eau,
le baptême de désir et le baptême de sang.
Condamnation du feeneyisme
Table de matières :
Introduction La condamnation des feeneyistes par le Saint-Office (1949 et 1953) sous Pie XII
I. Le Magistère de l’Église : Il n’y a pas que le baptême de l’eau. Il y a le baptême de désir et celui du sang
- Concile de Trente – Session VI, Chapitre 4
- Catéchisme romain (Catéchisme du Concile de Trente)
- Pape Pie XII – Encyclique Mystici Corporis Christi (1943)
II. Les Pères et Docteurs de l’Église
- Tertullien
- Saint Cyprien
- Saint Ambroise
- Saint Augustin
- Saint Thomas d’Aquin
- Saint Alphonse de Liguori
Conclusion implicite : La doctrine constante de l’Église sur le baptême d’eau, de désir et de sang.
Introduction :
La condamnation des feeneyistes (ou feeneyisme, aussi appelé « hérésie de Boston ») est un fait historique certain et incontestable dans l’enseignement de l’Église catholique avant 1963.
Le père Leonard Feeney, jésuite américain, et ses disciples ont défendu une interprétation rigoriste du dogme « Hors de l’Église, point de salut » (extra Ecclesiam nulla salus), en niant que le baptême de désir (baptismus flaminis) et le baptême de sang (baptismus sanguinis) puissent produire l’effet principal du baptême (rémission des péchés et justification), et en affirmant que seul le baptême d’eau visible pouvait sauver.
Cette position a été condamnée par le Saint-Office (aujourd’hui Congrégation pour la Doctrine de la Foi) sous le pape Pie XII :
Le 8 août 1949, le Saint-Office a adressé une lettre (protocol Suprema haec sacra) à l’archevêque de Boston, le cardinal Richard Cushing. Ce document, approuvé par Pie XII lui-même, corrige explicitement les erreurs du groupe du père Feeney et affirme que le dogme doit être compris « dans le sens où l’Église elle-même le comprend ». Il enseigne clairement que l’incorporation à l’Église peut se faire non seulement re (en réalité, par le baptême d’eau), mais aussi voto (par le désir), et que des âmes peuvent être sauvées par un désir implicite ou explicite du baptême, uni à une disposition parfaite de charité, même sans le sacrement visible d’eau, quand cela est impossible.
Le texte déclare que nier cela est une erreur grave contre la foi.
Par la suite, le père Feeney ayant refusé de se soumettre, persisté dans sa désobéissance grave à l’autorité ecclésiastique légitime (refus répétés de comparaitre à Rome, accusations d’hérésie contre le Saint-Office et indirectement contre le pape), le Saint-Office, en session plénière le 4 février 1953, l’a déclaré excommunié latae sententiae (ipso facto) pour « grave désobéissance à l’autorité de l’Église, malgré les avertissements répétés et les menaces d’excommunication ». Le décret a été approuvé par Pie XII le 12 février 1953 et publié le 13 février 1953.
Le décret précise :
« Le prêtre Léonard Feeney, résidant à Boston (Saint Benedict Center), qui pour un long temps a été suspendu de ses fonctions sacerdotales à cause d’une grave désobéissance à l’autorité ecclésiastique, n’ayant pas été ému par les avertissements répétés et la menace instante d’encourir l’excommunication ipso facto, n’est pas venu à résipiscence ; les Éminentissimes et Révérendissimes Pères préposés à la sauvegarde de la foi et des mœurs, dans la séance plénière du mercredi 4 février 1953, l’ont déclaré excommunié avec tous les effets de droit. »
Le feeneyisme est donc condamné comme une erreur grave contre la doctrine catholique constante (Pères de l’Église, Concile de Trente session VI chap. 4, Catéchisme romain, saints Docteurs comme saint Thomas et saint Alphonse), qui enseigne que le baptême d’eau est le moyen ordinaire et nécessaire, mais que Dieu n’est pas lié aux sacrements visibles et peut sauver par le désir explicite ou implicite uni à la charité parfaite, ou par le martyre.
Cette condamnation reste certaine et sûre : elle fait partie du magistère ordinaire et universel avant la crise post-conciliaire. Nier le baptême de désir et de sang tel qu’enseigné par l’Église est contraire à la foi catholique.
- Le Magistère de l’Eglise : Il n’y a pas que le baptême de l’eau. Il y le baptême de désir et celui du sang.
- Concile de Trente – Session VI, Chapitre 4 (sur la justification) Latin : « Hanc translationem post Evangelii promulgationem sine lavacro regenerationis aut eius voto fieri non posse, sicut scriptum est: Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. »
Traduction française : « Cette translation [du passage de l’état de péché à l’état de justice], après la promulgation de l’Évangile, ne peut se faire sans le bain de la régénération ou son désir, comme il est écrit : Si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »
- Catéchisme romain (Catéchisme du Concile de Trente), partie sur le baptême Le Catéchisme distingue trois formes : le baptême d’eau (fluminis), de désir (flaminis) et de sang (sanguinis). Les deux derniers suppléent au baptême d’eau quant à l’effet principal (rémission des péchés et infusion de la grâce sanctifiante) lorsque le baptême d’eau est impossible, mais ils n’impriment pas le caractère.
- Pape Pie XII – Encyclique Mystici Corporis Christi (29 juin 1943), paragraphe 22 et contexte Latin : « Actualiter tantum ii numerandi sunt qui, baptizati et veram fidem profitentur, neque a Corporis compage semet ipsos misere separarunt, vel ob gravissima admissa a legitima auctoritate seiuncti sunt. »
Traduction française : « Seuls doivent être comptés réellement [actualiter] ceux qui, baptisés et professant la vraie foi, ne se sont pas malheureusement séparés de l’unité du Corps, ni exclus par l’autorité légitime à cause de fautes très graves. »
Contexte (phrase complète) : « Quapropter qui ad Ecclesiam pertinent re et voto, ii tantum ad Mystici Corporis membra actualiter pertinent; actualiter tantum ii numerandi sunt qui, baptizati et veram fidem profitentur, neque a Corporis compage semet ipsos misere separarunt, vel ob gravissima admissa a legitima auctoritate seiuncti sunt. »
Traduction française : « C’est pourquoi ceux qui appartiennent à l’Église re et voto [en réalité et par le désir], n’appartiennent réellement aux membres du Corps mystique que dans la mesure où ils sont baptisés et professent la vraie foi, ne se sont pas malheureusement séparés de l’unité du Corps, ni exclus par l’autorité légitime à cause de fautes très graves. »
Ce texte confirme la distinction entre l’appartenance re et voto (par laquelle la grâce est obtenue) et l’appartenance actualiter (membre pleinement visible).
- Les Pères et Docteurs de l’Eglise
- Tertullien – De Baptismo, chapitre 16 Latin : « Habemus quidem et nos secundum lavacrum, sanguinis scilicet, de quo et Dominus ait: Baptismo habeo baptizari, cum iam baptizatus fuisset. Venit enim per aquam et sanguinem, ut aqua lavaretur, sanguine glorificaretur. »
Traduction française : « Nous avons aussi, nous, un second bain, à savoir celui du sang, dont le Seigneur dit : J’ai un baptême à recevoir, alors qu’Il était déjà baptisé. Il est en effet venu par l’eau et par le sang, afin d’être lavé par l’eau et glorifié par le sang. »
- Saint Cyprien – Epistula 73 ad Iubaium, n. 22 Latin : « Baptisma unum est, quod etiam per sanguinem gloriosum martyrum consecratur. Nam qui pro nomine Domini occiditur, etiam sine aqua baptismi gratiam baptismi accipit. »
Traduction française : « Il n’y a qu’un seul baptême, qui est aussi consacré par le sang glorieux des martyrs. Car celui qui est tué pour le nom du Seigneur reçoit aussi, sans l’eau du baptême, la grâce du baptême. »
- Saint Ambroise – De obitu Valentiniani, nn. 51-53 Latin : « Sed dic mihi: quid aliud in nostra potestate est quam velle et rogare? Iam diu hoc desiderabat: cum in Italiam venturus esset, initiari se volebat. Nuper etiam significavit se a me baptizari velle. Numquid ergo gratiam quam desideravit non accepit? Numquid non accepit quod petiit? Certe, quia petiit, accepit. Ego perdidi quem regenerare debui, sed ille gratiam quam petebat non amisit. »
Traduction française : « Mais dis-moi : qu’avons-nous d’autre en notre pouvoir que de vouloir et de demander ? Il désirait cela depuis longtemps : lorsqu’il devait venir en Italie, il voulait être initié. Récemment encore il a fait savoir qu’il voulait être baptisé par moi. N’a-t-il donc pas reçu la grâce qu’il désirait ? N’a-t-il pas obtenu ce qu’il demandait ? Certainement, puisqu’il l’a demandé, il l’a obtenu. Moi j’ai perdu celui que je devais régénérer, mais lui n’a pas perdu la grâce qu’il demandait. »
- Saint Augustin – De Baptismo contra Donatistas, Livre IV, chapitre 22, n. 29 Latin : « Post haec omnia multum considerans invenio non solum passionem pro Christi nomine posse supplere quod defuit baptismi, sed etiam fidem et conversionem cordis, si forte per temporum difficultates mysterii baptismatis celebrationi interesse non potuit. »
Traduction française : « Après avoir longuement considéré tout cela, je trouve que non seulement la passion pour le nom du Christ peut suppléer ce qui manquait au baptême, mais aussi la foi et la conversion du cœur, si par les difficultés des temps on n’a pas pu participer à la célébration du mystère du baptême. »
- Saint Thomas d’Aquin – Summa Theologica, Tertia Pars, Quaestio 68, Articulus 2 Latin : « Sacramentum baptismi dupliciter potest alicui deesse. Uno modo re et voto. Alio modo potest deesse re, sed non voto: puta cum aliquis baptizari vult, sed per aliquod infortunium ante baptismum moritur. Talis potest salutem consequi sine actuali baptismo, propter desiderium baptismi, quod procedit ex fide per dilectionem operante, per quam Deus, cuius virtus non est alligata visibilibus sacramentis, interius hominem sanctificat. Unde Ambrosius de Valentiniano dicit: Ego perdidi quem regenerare debui, sed ille gratiam quam petebat non amisit. »
Traduction française : « Le sacrement de baptême peut manquer à quelqu’un de deux manières. D’une part en réalité et en désir. D’autre part il peut manquer en réalité mais non en désir : par exemple quand quelqu’un veut être baptisé, mais par un malheur quelconque meurt avant le baptême. Un tel peut obtenir le salut sans baptême actuel, à cause du désir du baptême, qui procède de la foi opérant par la charité, par laquelle Dieu, dont la puissance n’est pas liée aux sacrements visibles, sanctifie intérieurement l’homme. C’est pourquoi Ambroise dit de Valentinien : J’ai perdu celui que je devais régénérer, mais lui n’a pas perdu la grâce qu’il demandait. »
- Saint Alphonse de Liguori – Theologia Moralis, Liber VI, Tractatus II, Caput I, nn. 95-97 Latin : « Baptismus flaminis est perfecta conversio ad Deum per contritionem vel amorem Dei super omnia, cum desiderio explicito vel implicito veri baptismi aquae, in cuius locum succedit quoad remissionem culpae, non autem quoad impressionem characteris nec quoad totalem remissionem poenae. Dicitur flaminis quia fit impulsu Spiritus Sancti qui flamen dicitur. Est autem de fide homines etiam per baptismum flaminis salvari, ex canone Apostolicam et ex Concilio Tridentino, Sess. 6, cap. 4. »
Traduction française : « Le baptême de désir est la conversion parfaite à Dieu par la contrition ou l’amour de Dieu par-dessus tout, accompagné d’un désir explicite ou implicite du vrai baptême d’eau, à la place duquel il supplée quant à la rémission de la faute, mais non quant à l’impression du caractère ni quant à la rémission totale de la peine. Il est appelé de désir parce qu’il se fait par l’impulsion de l’Esprit-Saint qui est appelé vent. Or il est de foi que les hommes sont aussi sauvés par le baptême de désir, d’après le canon Apostolicam et d’après le Concile de Trente, Session 6, chapitre 4. »
Cette chaîne ininterrompue montre que le baptême d’eau est le moyen ordinaire et nécessaire, mais que dans les cas d’impossibilité, le désir (avec contrition parfaite) ou le martyre confère la grâce. C’est la doctrine constante de l’Église avant la crise.