Feeneyisme – Erreur incompatible avec la Doctrine Catholique

REJET DU FEENEYISME SELON LA DOCTRINE CATHOLIQUE

Le dogme Extra Ecclesiam nulla salus, le baptême de désir et le baptême de sang

 

Table des matières

 

  1. Introduction
  2. Le dogme Extra Ecclesiam nulla salus
  3. L’enseignement du Concile de Trente sur le votum baptismi
  4. La solution de saint Thomas d’Aquin
  5. Le témoignage de saint Alphonse de Liguori
  6. Les témoignages de la tradition patristique
  7. Le Catéchisme romain
  8. L’enseignement de Pie XII dans Mystici Corporis Christi
  9. La lettre Suprema haec sacra du Saint-Office
  10. Distinctions capitales pour éviter les erreurs
  11. Cas concrets du catéchumène et du martyr
  12. Pourquoi le feeneyisme strict est incompatible avec la doctrine catholique
  13. Conclusion

Liste des sources 

 

  1. Introduction

Le feeneyisme strict soutient que la réception matérielle du baptême d’eau est absolument indispensable au salut dans tous les cas, même lorsqu’un homme parfaitement disposé désire réellement recevoir le baptême mais meurt involontairement avant de pouvoir le recevoir. Cette position prétend défendre le dogme Extra Ecclesiam nulla salus. Elle le défend en réalité d’une manière incompatible avec l’enseignement certain de l’Église catholique antérieur à 1964. La présente étude expose cette incompatibilité à partir des sources elles-mêmes. Il est certain que le Concile de Trente, saint Thomas d’Aquin et saint Alphonse de Liguori enseignent explicitement l’efficacité du votum baptismi quant à la justification. Il est certain que la négation absolue de cette efficacité contredit ces autorités.

 

  1. Le dogme Extra Ecclesiam nulla salus

 

Extra Ecclesiam nulla salus est un dogme catholique. Il n’existe qu’une seule Église fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ : l’Église catholique. Aucune fausse religion ne constitue, comme telle, une voie de salut. Tout homme qui est sauvé l’est par Notre-Seigneur Jésus-Christ, par sa grâce et dans une relation salvifique à son unique Église. Le problème du feeneyisme strict n’est pas qu’il affirme trop fortement ce dogme, mais qu’il lui donne une interprétation incompatible avec d’autres enseignements certains de l’Église, notamment sur le votum baptismi, le baptême de désir et le baptême de sang. Il faut distinguer deux propositions. Premièrement : le baptême est nécessaire au salut. Deuxièmement : la réception matérielle du baptême d’eau est absolument indispensable dans tous les cas, même lorsqu’un homme parfaitement disposé désire réellement recevoir le baptême mais meurt involontairement avant de pouvoir le recevoir. La première proposition est catholique. La seconde est incompatible avec l’enseignement du Concile de Trente, de saint Thomas d’Aquin, de saint Alphonse de Liguori et de la tradition catholique. Il est certain que cette distinction découle directement des textes cités plus bas.

 

  1. L’enseignement du Concile de Trente sur le votum baptismi

 

Le Concile de Trente, session VI, chapitre IV, dans le décret sur la justification du 13 janvier 1547, décrit le passage de l’état dans lequel l’homme naît enfant du premier Adam à l’état de grâce et d’adoption des enfants de Dieu par Jésus-Christ. Il enseigne : « Quae quidem translatio post Evangelium promulgatum sine lavacro regenerationis aut eius voto fieri non potest. » Traduction : « Cette translation, après la promulgation de l’Évangile, ne peut se faire sans le bain de la régénération ou son désir. » Les mots décisifs sont « aut eius voto » — « ou son désir ». Le Concile parle ici précisément de la justification, c’est-à-dire du passage de l’état de péché à l’état de grâce. Il ne dit donc pas simplement « sine lavacro regenerationis ». Il ajoute expressément « aut eius voto ». Il est certain que ce texte du Concile de Trente enseigne le votum baptismi comme moyen de justification. Source : Concilium Tridentinum, Sessio VI, Decretum de iustificatione, cap. IV, Trente, 13 janvier 1547, latin.

 

Le même Concile, session VII, canon 4 sur les sacrements en général, promulgué le 3 mars 1547, condamne celui qui affirme que les sacrements de la Nouvelle Loi sont superflus et que les hommes obtiennent de Dieu, par la foi seule, la grâce de la justification « sine eis aut eorum voto ». Traduction : « sans eux ou sans leur désir ». Le principe du votum sacramenti appartient bien à la doctrine conciliaire. Il est certain que ce canon confirme le principe déjà énoncé en session VI. Source : Concilium Tridentinum, Sessio VII, Canones de sacramentis in genere, can. 4, Trente, 3 mars 1547, latin.

 

  1. La solution de saint Thomas d’Aquin

 

Saint Thomas traite exactement l’objection feeneyiste dans la Summa Theologiae, IIIa, q. 68, a. 2. Il distingue le cas où le baptême manque « re et voto » — « en réalité et en désir » — du cas où il manque « re, sed non voto » — « en réalité, mais non en désir ». Puis il donne précisément le cas qui nous intéresse : « sicut cum aliquis baptizari desiderat, sed aliquo casu praevenitur morte antequam Baptismum suscipiat. » Traduction : « comme lorsque quelqu’un désire être baptisé, mais que la mort le surprend accidentellement avant qu’il ne reçoive le baptême. » Et saint Thomas conclut : « Talis autem sine Baptismo actuali salutem consequi potest, propter desiderium Baptismi… » Traduction : « Un tel homme peut obtenir le salut sans le baptême effectivement reçu, à cause du désir du baptême… » Saint Thomas explique que ce désir procède de la foi opérant par la charité, par laquelle Dieu sanctifie intérieurement l’homme. Il est certain que saint Thomas résout explicitement le cas du catéchumène empêché par la mort. Source : S. Thomas Aquinas, Summa Theologiae, IIIa, q. 68, a. 2, latin.

 

  1. Le témoignage de saint Alphonse de Liguori

 

Dans sa Theologia Moralis, Liber VI, Tractatus II, cap. I, saint Alphonse distingue expressément « baptismum fluminis, flaminis et sanguinis » — le baptême d’eau, le baptême de désir et le baptême de sang. Il précise que le baptême de désir et le baptême de sang ne sont pas eux-mêmes des sacrements. Au numéro 96, il définit le baptismus flaminis : « Baptismus autem flaminis est perfecta conversio ad Deum per contritionem vel amorem Dei super omnia cum voto explicito vel implicito veri baptismi fluminis, cuius vicem supplet […] quoad culpae remissionem… » Traduction : « Le baptême de désir est la conversion parfaite à Dieu par la contrition ou par l’amour de Dieu par-dessus toutes choses, avec le désir explicite ou implicite du véritable baptême d’eau, dont il supplée la fonction quant à la rémission de la faute… » Il ajoute immédiatement : « De fide autem est per baptismum flaminis homines etiam salvari… » Traduction : « C’est cependant de foi que les hommes peuvent également être sauvés par le baptême de désir… » Il fonde cette affirmation notamment sur le Concile de Trente, session VI, chapitre IV, dont il rappelle la formule « sine lavacro regenerationis aut eius voto ». Il est certain que saint Alphonse, docteur de l’Église, qualifie de « de fide » le salut possible par le baptême de désir. Source primaire : S. Alphonsus Maria de Liguori, Theologia Moralis, Liber VI, Tractatus II, cap. I, nn. 95–96, Augustae Taurinorum [Turin], ex typis Hyacinthi Marietti, 1879, latin.

 

Au numéro suivant, saint Alphonse définit le baptismus sanguinis comme l’effusion du sang ou la mort supportée pour la foi ou pour une autre vertu chrétienne. Il écrit : « Hic autem baptismus aequiparatur vero baptismo, quia quasi ex opere operato ad instar baptismi remittit culpam et poenam… » Traduction : « Ce baptême est assimilé au véritable baptême, parce que, comme par un quasi ex opere operato, à l’instar du baptême, il remet la faute et la peine… » Il invoque les Saints Innocents : « ideo martyrium prodest etiam infantibus, dum ecclesia ss. Innocentes prout veros martyres colit. » Traduction : « C’est pourquoi le martyre profite également aux enfants, puisque l’Église vénère les Saints Innocents comme de véritables martyrs. » Il est certain que saint Alphonse enseigne également la réalité du baptême de sang. Source : même ouvrage, nn. 97–98.

 

  1. Les témoignages de la tradition patristique

 

Saint Ambroise, dans De obitu Valentiniani, traite du cas de l’empereur Valentinien II, catéchumène mort avant son baptême. Il demande : « Non habet ergo gratiam quam desideravit, non habet quam poposcit? Et quia poposcit, accepit. » Traduction : « N’a-t-il donc pas la grâce qu’il a désirée ? N’a-t-il pas ce qu’il a demandé ? Et puisqu’il l’a demandé, il l’a reçu. » Saint Thomas invoque ce cas. Il est certain que saint Ambroise refuse de conclure que Valentinien était nécessairement privé de la grâce par la seule absence matérielle du sacrement. Source : S. Ambrosius Mediolanensis, De obitu Valentiniani, nn. 51–53, latin.

 

Saint Augustin, dans De Baptismo contra Donatistas, fournit une distinction capitale : « Baptismus quidem potest inesse ubi conversio cordis defuerit; conversio autem cordis potest quidem inesse non percepto Baptismo, sed contempto Baptismo non potest. » Traduction : « Le baptême peut être présent là où manque la conversion du cœur ; mais la conversion du cœur peut être présente sans que le baptême ait été reçu ; elle ne peut cependant être présente lorsque le baptême est méprisé. » Il est certain que la conversion du cœur sans mépris du baptême peut exister sans réception matérielle du sacrement. Source : S. Aurelius Augustinus, De Baptismo contra Donatistas, lib. IV, cap. 25, n. 32 ; J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Completus, Series Latina, t. XLIII, Paris, 1841, latin.

 

Tertullien traite déjà du baptême de sang dans De Baptismo, cap. XVI, en rapport avec le martyre. Le principe fondamental est que le martyr qui meurt pour le Christ avant d’avoir reçu le baptême peut recevoir l’effet salvifique du baptême. Il est certain que cette doctrine appartient à l’ancienne tradition. Source : Tertullianus, De Baptismo, cap. XVI ; J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Completus, Series Latina, t. I, Paris, 1844, latin.

 

  1. Le Catéchisme romain

 

Le Catechismus Romanus, publié en 1566 sous saint Pie V à la suite du Concile de Trente, applique cette doctrine aux adultes. En expliquant pourquoi le baptême des adultes peut être différé pendant leur instruction et leur préparation, le Catéchisme distingue leur situation de celle des enfants. L’adulte correctement disposé qui désire recevoir le baptême mais en est empêché par une circonstance imprévue ne doit pas être assimilé à celui qui refuse le sacrement. Il est certain que le Catéchisme enseigne la même doctrine fondamentale que Trente. Source : Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad Parochos, Rome, 1566, Pars II, De Baptismi Sacramento, latin.

 

  1. L’enseignement de Pie XII dans Mystici Corporis Christi

 

Pie XII, dans Mystici Corporis Christi du 29 juin 1943, maintient très clairement les conditions de l’appartenance effective au Corps visible de l’Église. Il distingue néanmoins de cette incorporation effective la situation de ceux qui sont ordonnés d’une certaine manière au Corps mystique du Rédempteur par un désir. Cette doctrine ne signifie aucunement que toutes les religions sauvent ou que l’appartenance visible à l’Église serait inutile. Au contraire, Pie XII précise que ces personnes restent privées de nombreux secours dont on jouit dans l’Église catholique et les invite à entrer dans son unité. Il faut distinguer l’appartenance effective et visible à l’Église et l’ordination à l’Église par le votum ou desiderium. Il est certain que Pie XII maintient cette distinction. Source : Pius XII, Litterae Encyclicae Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943, Acta Apostolicae Sedis, vol. XXXV, Typis Polyglottis Vaticanis, Città del Vaticano, 1943, pp. 193–248, latin.

 

  1. La lettre Suprema haec sacra du Saint-Office

 

Le 8 août 1949, le Saint-Office adressa à Richard Cushing, archevêque de Boston, la lettre Suprema haec sacra, protocole 122/49. Le document affirme que le dogme Extra Ecclesiam nulla salus doit être compris dans le sens où l’Église elle-même le comprend et non selon une interprétation privée qui détruirait d’autres vérités catholiques. Il applique ensuite à la nécessité de l’Église la doctrine du votum et renvoie notamment à Mystici Corporis Christi. Il est certain que cette lettre constitue une confirmation et une application à la controverse Feeney, et non le fondement originel de la doctrine, puisque Trente, saint Thomas et saint Alphonse l’avaient déjà enseignée. Source : Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii, Epistula Suprema haec sacra, Prot. n. 122/49, 8 août 1949, latin ; approbation de Pie XII lors de l’audience du 28 juillet 1949.

 

Leonard Feeney fut déclaré excommunié en 1953. Le décret d’excommunication concerne formellement sa désobéissance persistante à l’autorité ecclésiastique après avertissements. Il ne constitue pas lui-même une définition dogmatique du baptême de désir. Il est certain qu’il faut distinguer le document doctrinal de 1949 et le décret disciplinaire de 1953. Source : Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii, Decretum concernant Leonard Feeney, Acta Apostolicae Sedis, vol. XLV, Typis Polyglottis Vaticanis, Città del Vaticano, 1953, p. 100, latin.

 

  1. Distinctions capitales pour éviter les erreurs

 

L’ignorance n’est pas une cause de salut. Elle n’est ni une grâce, ni un sacrement, ni une vertu surnaturelle, ni un principe positif de justification. L’absence de culpabilité pour une ignorance invincible et la possession de la grâce sanctifiante sont deux questions différentes. Tout homme sauvé l’est uniquement par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il n’est jamais sauvé par son ignorance. Il est certain que l’ignorance invincible ne sauve pas par elle-même.

 

Une fausse religion ne sauve jamais comme telle. Un protestant n’est pas sauvé par le protestantisme. Un musulman n’est pas sauvé par l’islam. Un païen n’est pas sauvé par le paganisme. Un juif n’est pas sauvé par le rejet de Jésus-Christ. Si une personne extérieure à la communion visible de l’Église obtient finalement le salut, la cause de son salut n’est jamais sa fausse religion : c’est exclusivement Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa grâce, en relation avec l’unique Église du Christ. Extra Ecclesiam nulla salus demeure donc absolument intact. Il est certain qu’aucune fausse religion ne sauve comme telle.

 

Le baptême de désir n’est pas le sacrement du baptême. Saint Alphonse précise que le baptême de désir et le baptême de sang ne sont pas des sacrements. Le baptême de désir n’administre pas matériellement l’eau, n’imprime pas le caractère baptismal, ne dispense pas de recevoir le sacrement lorsqu’il devient possible, et ne justifie jamais le refus volontaire du baptême. Celui qui dirait « Je peux recevoir le baptême d’eau, mais je le refuse parce que mon désir suffit » détruirait par son refus le votum même dont il prétend se réclamer. Il est certain que le baptême de désir n’est pas un sacrement et n’autorise aucun refus volontaire.

 

  1. Cas concrets du catéchumène et du martyr

 

Un païen entend prêcher l’Évangile. Il se convertit. Il reçoit l’instruction catholique. Il croit. Il se repent de ses péchés. Il demande expressément le baptême. La cérémonie est fixée au lendemain. Pendant la nuit, il meurt accidentellement. Saint Thomas traite précisément cette hypothèse et répond qu’un tel homme peut obtenir le salut sans le baptême effectivement reçu, à cause du désir du baptême. Saint Alphonse enseigne la même chose et qualifie le principe de « de fide ». Il est certain que l’impossibilité matérielle de recevoir l’eau n’entraîne pas nécessairement la damnation d’un adulte possédant réellement les dispositions surnaturelles requises et le votum baptismi.

 

Un catéchumène arrêté pendant une persécution attend le baptême. Ses persécuteurs lui ordonnent de renier Jésus-Christ. Il refuse. Il confesse publiquement la foi catholique. Il est exécuté pour cette confession. La tradition catholique reconnaît ici le baptême de sang. Saint Alphonse enseigne explicitement que le baptismus sanguinis remet la faute et la peine. Il est certain que la négation absolue du baptême de sang conduirait à des conséquences contraires à la doctrine traditionnelle.

 

  1. Pourquoi le feeneyisme strict est incompatible avec la doctrine catholique

 

Ce qui est explicitement enseigné par le Concile de Trente ne peut être rejeté par un catholique. Le Concile de Trente enseigne, relativement à la justification : « sine lavacro regenerationis aut eius voto ». On ne peut nier absolument l’efficacité du votum baptismi sans entrer en contradiction avec l’enseignement de Trente. À cela s’ajoute saint Thomas : « sine Baptismo actuali salutem consequi potest, propter desiderium Baptismi ». Puis saint Alphonse : « De fide autem est per baptismum flaminis homines etiam salvari. » Nous avons donc une convergence extrêmement forte : le Concile de Trente, saint Thomas d’Aquin, Docteur commun, saint Alphonse de Liguori, Docteur de l’Église, la tradition patristique, le Catéchisme romain, Pie XII et le Saint-Office sous Pie XII. Il est certain que le feeneyisme strict contredit ces autorités.

 

Le témoignage de saint Alphonse exclut trois échappatoires. Premièrement, prétendre que le baptême de désir serait seulement une opinion théologique : saint Alphonse écrit « De fide autem est ». Deuxièmement, prétendre que seul un désir explicitement formulé de recevoir l’eau pourrait entrer en ligne de compte : saint Alphonse écrit « cum voto explicito vel implicito ». Troisièmement, prétendre que le baptême de désir serait simplement un autre nom donné au baptême d’eau : saint Alphonse distingue formellement baptismus fluminis, baptismus flaminis et baptismus sanguinis et précise que les deux derniers ne sont pas des sacrements. Il est certain que l’on ne peut honnêtement attribuer à saint Alphonse une doctrine exclusivement limitée à l’eau.

 

Le baptême de désir ne signifie pas que le baptême d’eau serait facultatif, que toutes les religions sauvent, que la sincérité subjective suffit, que l’ignorance produit la grâce, que toute personne de bonne volonté est automatiquement sauvée, que tout non-catholique possède automatiquement un votum implicite, ou que l’appartenance visible à l’Église est inutile. Aucune de ces propositions ne découle de Trente, de saint Thomas ou de saint Alphonse. Le baptismus flaminis exige une réalité surnaturelle déterminée : une perfecta conversio ad Deum comportant contrition ou amour de Dieu par-dessus toutes choses et votum du véritable baptême. Il faut donc éviter aussi bien l’élargissement moderniste du baptême de désir que sa négation feeneyiste.

 

Une chose est de démontrer qu’une proposition est contraire à la doctrine catholique. Une autre est de déclarer une personne déterminée formellement hérétique. Pour la qualification personnelle d’hérésie formelle, la pertinacité doit être établie. On peut établir objectivement que la négation absolue du baptême de désir se heurte au Concile de Trente et à l’interprétation traditionnelle illustrée notamment par saint Thomas et saint Alphonse. Mais l’application personnelle de la qualification canonique d’hérétique à tel individu exige une démonstration supplémentaire concernant sa pertinacité. Il faut distinguer la qualification de la proposition de la qualification de la personne.

 

  1. Conclusion

 

La doctrine catholique doit être conservée intégralement, sans supprimer une vérité pour en défendre une autre. Extra Ecclesiam nulla salus est vrai. Il n’existe qu’une seule vraie Église : l’Église catholique. Notre-Seigneur Jésus-Christ est l’unique Sauveur. Aucune fausse religion ne sauve comme telle. Le baptême est nécessaire. Personne ne peut volontairement refuser ou mépriser le baptême d’eau. Mais le Concile de Trente enseigne expressément « sine lavacro regenerationis aut eius voto ». Saint Thomas enseigne explicitement que celui qui désire être baptisé mais meurt avant de pouvoir recevoir le sacrement « sine Baptismo actuali salutem consequi potest, propter desiderium Baptismi ». Et saint Alphonse de Liguori apporte une confirmation particulièrement explicite : « De fide autem est per baptismum flaminis homines etiam salvari. » Il enseigne pareillement la réalité du baptême de sang. La conclusion est donc claire : on ne défend pas Extra Ecclesiam nulla salus en niant le baptême de désir et le baptême de sang. On oppose alors une interprétation particulière du dogme à d’autres éléments certains de la doctrine catholique. La position catholique conserve simultanément toutes les vérités. Hors de l’Église, point de salut. Nul salut sans Jésus-Christ et sa grâce. Nulle fausse religion ne sauve. Le baptême est véritablement nécessaire. Le baptême d’eau ne peut être méprisé. Le véritable votum baptismi peut suppléer sa réception effective quant à la justification lorsque celle-ci est involontairement impossible. Le martyre peut produire l’effet salvifique traditionnellement désigné comme baptême de sang. Ce n’est ni de l’indifférentisme, ni une atténuation d’Extra Ecclesiam nulla salus. C’est la doctrine catholique telle qu’elle apparaît dans les sources elles-mêmes. Il est certain que cette conclusion découle directement des textes cités.

 

Liste des sources

 

  1. Concilium Tridentinum, Sessio VI, Decretum de iustificatione, cap. IV, Trente, 13 janvier 1547, latin.
  2. Concilium Tridentinum, Sessio VII, Canones de sacramentis in genere, can. 4, Trente, 3 mars 1547, latin.
  3. S. Thomas Aquinas, Summa Theologiae, IIIa, q. 68, a. 2, latin.
  4. S. Alphonsus Maria de Liguori, Theologia Moralis, Liber VI, Tractatus II, cap. I, nn. 95–98, Augustae Taurinorum [Turin], ex typis Hyacinthi Marietti, 1879, latin.
  5. S. Ambrosius Mediolanensis, De obitu Valentiniani, nn. 51–53, latin.
  6. S. Aurelius Augustinus, De Baptismo contra Donatistas, lib. IV, cap. 25, n. 32, dans J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Completus, Series Latina, t. XLIII, Paris, 1841, latin.
  7. Tertullianus, De Baptismo, cap. XVI, dans J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Completus, Series Latina, t. I, Paris, 1844, latin.
  8. Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad Parochos, Rome, 1566, Pars II, De Baptismi Sacramento, latin.
  9. Pius XII, Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943, Acta Apostolicae Sedis, vol. XXXV, Typis Polyglottis Vaticanis, Città del Vaticano, 1943, pp. 193–248, latin.
  10. Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii, Suprema haec sacra, Prot. n. 122/49, 8 août 1949, latin ; approuvée par Pie XII lors de l’audience du 28 juillet 1949.
  11. Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii, décret concernant Leonard Feeney, Acta Apostolicae Sedis, vol. XLV, Typis Polyglottis Vaticanis, Città del Vaticano, 1953, p. 100, latin.

 

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