Apostasie
Table des matières
- Définition théologique et canonique de l’apostasie
- Distinction entre apostasie, hérésie et schisme
- Caractères essentiels de l’apostasie
- Causes et formes d’apostasie
- Sanctions canoniques traditionnelles
- Devoirs envers l’apostat
Conclusion
Note
- Définition théologique et canonique de l’apostasie
Le terme apostasie vient du grec ἀποστασία qui signifie abandon, défection ou révolte. En théologie et en droit canonique, l’apostasie désigne l’abandon total de la foi chrétienne reçue au baptême.
Le Code de droit canonique de 1917 la définit au canon 1325 § 2 :
« Post receptum baptismum si quis, nomen retinens christianum, pertinaciter aliquam ex veritatibus fide divina et catholica credendis denegat aut de ea dubitat, haereticus ; si a fide christiana totaliter recedit, apostata ; si denique subesse renuit Summo Pontifici aut cum membris Ecclesiae ei subiectis communicare recusat, schismaticus est. »
Toute personne qui, après avoir reçu le baptême et tout en conservant le nom de chrétien, nie opiniâtrement l’une des vérités de la foi divine et catholique qui doivent être crues, ou en doute, est hérétique ; si elle s’éloigne totalement de la foi chrétienne, elle est apostat ; si enfin elle refuse de se soumettre au Souverain Pontife et de rester en communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis, elle est schismatique.
Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme Théologique IIa-IIae, q. 12, a. 1, explique que l’apostasie implique un recul par rapport à Dieu et constitue donc un péché d’infidélité par lequel quelqu’un s’éloigne de la foi.
Il traite d’abord de l’apostasie en général, puis distingue l’apostasie de la foi, qui est la plus grave espèce d’infidélité, de l’apostasie religieuse ou morale.
L’apostasie de la foi est le rejet ou le refus de la foi qu’il fallait accepter. L’apostat était un fidèle baptisé ; il est devenu infidèle en rejetant l’ensemble de la foi chrétienne, contrairement à l’hérétique qui nie seulement un point particulier.
On distingue ensuite l’apostasie publique du péché d’apostasie interne, qui est le retrait du consentement intérieur à la foi sans acte extérieur. Ce dernier ne relève pas du for canonique, mais reste un péché grave devant Dieu.
Saint Cyprien écrit dans De unitate Ecclesiae, Traité, 1, 6 : Il ne peut avoir Dieu pour Père celui qui n’a pas l’Église pour mère.
- Distinction entre apostasie, hérésie et schisme
Ces trois offenses contre la foi ou l’unité de l’Église sont bien distinctes, comme le montre le canon 1325 § 2 du Code de 1917.
L’hérésie consiste dans le refus obstiné, après le baptême, de croire à une vérité révélée par Dieu et proposée par l’Église comme de foi divine et catholique. Exemple : nier la divinité du Christ ou la transsubstantiation.
Le schisme est le refus de la soumission au Souverain Pontife ou de la communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis, sans nécessairement nier un dogme. Par exemple, constituer une communauté ecclésiale séparée en rejetant l’autorité papale légitime.
Le schisme n’impliquant pas nécessairement une hérésie formelle y conduit souvent dans l’histoire de l’Église. Saint Jérôme a écrit : D’ailleurs, il n’existe aucun schisme qui ne se forge quelque hérésie, afin qu’il paraisse avoir eu raison de se séparer de l’Église. (Commentarius in Epistulam ad Titum, chap. III, vv. 10-11).
L’apostasie, plus grave, est l’abandon total de la foi chrétienne, qui conduit à l’athéisme, à une religion non chrétienne ou à l’indifférentisme. Elle peut aussi consister dans l’adhésion publique à un système idéologique incompatible avec la foi chrétienne lorsqu’il implique le rejet total de celle-ci. Exemple : un baptisé qui adhère ouvertement à l’islam, au bouddhisme ou qui professe l’agnosticisme.
- Caractères essentiels de l’apostasie
Pour que l’apostasie soit formelle et entraîne des peines canoniques, elle requiert :
- Un baptême valide, car nul ne peut abandonner ce qu’il n’a pas reçu.
- L’usage de la raison, ce qui exclut les enfants et les insensés.
- Un rejet volontaire et conscient de l’ensemble de la foi chrétienne.
- Une manifestation externe, car un acte purement intérieur n’est pas justiciable canoniquement.
- Causes et formes d’apostasie
Les causes principales comprennent :
– L’ignorance coupable, souvent due à une catéchèse déficiente.
– Les scandales ecclésiastiques, tels que les trahisons des pasteurs ou les compromissions doctrinales.
– Les influences mondaines, notamment le modernisme qui relativise les vérités de foi.
Saint Pie X, dans Pascendi Dominici Gregis § 53, dénonce le modernisme : Personne ne s’étonnera si nous le définissons comme le ramassis de toutes les hérésies. Il prépare à l’apostasie en sapant les fondements dogmatiques.
Les formes d’apostasie incluent :
– L’apostasie pure : abandon explicite de la foi chrétienne.
– L’apostasie pratique : participation à des cultes non chrétiens ou à des sociétés incompatibles, comme certaines loges de sociétés secrètes.
– L’apostasie implicite : vie incompatible avec la foi, sans déclaration formelle, mais avec un rejet effectif, ou encore une conduite extérieure manifestant un abandon effectif de la foi sans déclaration explicite.
- Sanctions canoniques traditionnelles
Le Code de droit canonique de 1917 prévoit des peines latae sententiae :
– Excommunication : Tous les apostats de la foi chrétienne, et tous les hérétiques ou schismatiques, encourent ipso facto l’excommunication (can. 2314 § 1). Le canon ajoute : si moniti resipiscere contempserint. Les clercs non repentants encourent ensuite des peines aggravées. Après monition, les clercs apostats encourent progressivement la privation des bénéfices, dignités et offices, pouvant aller jusqu’à la déposition.
– Pour les clercs : privation d’offices, déposition (can. 188 § 4 ; can. 2314 § 2). L’apostasie publique constitue le cas paradigmatique visé par le canon 188 § 4, puisqu’elle réalise de manière manifeste la défection publique de la foi catholique entraînant la renonciation tacite à l’office ecclésiastique : En vertu de la renonciation tacite admise ipso jure, sont vacants ipso facto et sans aucune déclaration, quelque office que ce soit si le clerc : 4° a publiquement défailli de la foi catholique.
– Saint Paul avertit :
Si quis non amat Dominum nostrum Iesum Christum, sit anathema. Maranatha. (1 Cor. 16, 22) Si quelqu’un n’aime pas notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème. Maranatha !
Et : Sed licet nos aut angelus de caelo evangelizet vobis praeterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit. (Galates 1, 8) Mais quand même nous-mêmes ou un ange venu du ciel vous évangéliserait quelque chose en dehors de ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème.
- Devoirs envers l’apostat
L’Église cherche le retour de l’apostat par la prière, la prédication charitable et les remèdes canoniques (can. 2232 et suivants, et 2315). La miséricorde s’allie à la justice, selon l’enseignement patristique : la discipline est nécessaire pour éviter la ruine spirituelle.
Conclusion
L’apostasie, rejet total de la foi chrétienne, surpasse en gravité l’hérésie et le schisme. Elle exige une réponse ferme et charitable, conforme au principe : Le salut des âmes doit être dans l’Église la loi suprême. Dans la tradition antérieure, ce principe se trouve notamment chez les canonistes.
Les théologiens Wernz et Vidal, dans leur Ius Canonicum (Romae, 1928, tom. I), confirment en effet ce principe comme la règle suprême dans l’Église.
Les âmes doivent être préservées d’hérésie, d’apostasie et de schisme.
Deo gratias.
Note hors sujet : Maranatha
Ce terme est une expression araméenne tirée de l’Écriture Sainte, spécifiquement de la Première Épître de l’Apôtre Saint Paul aux Corinthiens, chapitre 16, verset 22. Le mot Maranatha est une translittération de l’araméen maranâ thâ, composé de deux parties : maranâ (notre Seigneur) et thâ (viens). Elle se traduit donc littéralement par Notre Seigneur, viens ! C’est une invocation qui exprime la demande de la seconde venue de Notre Seigneur Jésus-Christ.