Acceptation Universelle Pacifique (A.U.P.)
d’un Pape Comme Fait Dogmatique
Table des matières:
- Introduction: l’A.U.P. d’un Pape comme Signe Infaillible de sa Légitimité
- L’U.P.et le Fait Dogmatique
2.1. La Nature du Fait Dogmatique
2.2. L’Infaillibilité de l’Église dans les Faits Dogmatiques
2.3. Témoignage de Saint Alphonse de Liguori
2.4. Témoignage du Cardinal Billot
2.5. Application des Principes Thomiste et de Pastor Aeternus
2.6. Réfutation des Objections
2.6.1. Doutes historiques
2.6.2. Doutes lors d’une durée prolongée
- Conclusion
- Introduction
La doctrine catholique, telle qu’enseignée par l’Église avant les perturbations postérieures à 1963, affirme avec une certitude inébranlable que l’acceptation pacifique et universelle d’un pontife par l’Église entière constitue un signe infaillible de la validité de son élection et de sa légitimité.
Cette vérité repose sur la promesse divine de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » (Matthieu XVI, 18) et « Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles » (Matthieu XXVIII, 20).
Nous verrons que cette acceptation est un fait dogmatique sur lequel l’Église est infaillible.
Cela confirmera que, toujours mais surtout dans des temps de crise, cette acceptation est la preuve qu’il s’agisse d’un pape véritable et que l’absence d’une telle acceptation peut être causée par la vacance du Siège apostolique.
Nous allons prouver que l’A.U.P. d’un Pape par l’Église toute entière est un signe infaillible de sa légitimité.
- L’A.U.P. et le Fait Dogmatique
2.1. La Nature du Fait Dogmatique (voir le chapitre sur ce sujet)
Un fait dogmatique est une réalité historique ou objective directement liée à la révélation divine ou à la constitution de l’Église, sur laquelle l’Église porte un jugement infaillible.
L’acceptation universelle d’un pape est un fait dogmatique, car elle concerne la reconnaissance du successeur de saint Pierre, règle vivante de la foi.
Si l’Église, corps mystique du Christ, adhérait à un faux pontife, cela équivaudrait à une adhésion à une fausse règle de foi, ce qui est impossible, car cela contredirait l’indéfectibilité de l’Église promise par le Christ.
Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique (II-II, q. 1, a. 10, corpus), explique que l’autorité du souverain pontife est essentielle pour préserver l’unité de la foi :
« Une publication nouvelle du symbole est nécessaire, avons-nous dit, pour parer aux erreurs qui surgissent. Elle appartient donc à celui qui a autorité pour définir en dernier ressort ce qui est de foi, et le définir de telle sorte que tous n’aient plus qu’à s’y tenir d’une foi inébranlable. Or, c’est le souverain pontife qui a autorité pour cela : « C’est à lui que sont portées les questions les plus graves et les plus difficiles de l’Église », disent les Décrétales. D’où la parole du Seigneur à Pierre lorsqu’il l’a constitué souverain pontife : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, une fois revenu, confirme tes frères » (Luc. XXII, 32). La raison en est qu’il ne doit y avoir qu’une seule foi dans toute l’Église, suivant la recommandation de l’Apôtre (1 Cor. I, 10) : « Dites bien tous la même chose, et qu’il n’y ait pas de schismes parmi vous. » Une pareille unité ne pourrait être sauvegardée si une question de foi soulevée en matière de foi ne pouvait être tranchée par celui qui préside à toute l’Église, de telle sorte que toute l’Église observe fermement sa sentence… »
Dans la réponse à la première objection, saint Thomas précise :
« À la première objection, il faut répondre que, dans l’enseignement du Christ et des Apôtres, la vérité de la foi se trouve suffisamment expliquée. Mais, parce qu’il s’est trouvé des hommes pervers qui, selon le mot de saint Pierre (2 P 3, 16), « détournent de leur sens pour leur propre perdition » l’enseignement apostolique, les autres enseignements et les Écritures, un éclaircissement de la foi est devenu nécessaire au cours des temps contre les erreurs nouvelles. »
Ce texte établit la conséquence théologique que si l’Église, sous l’autorité du souverain pontife, doit clarifier la foi face aux erreurs, cela implique qu’elle ne peut errer dans l’identification de son chef visible, car une telle erreur introduirait un schisme ou une défaillance dans la foi, incompatible avec son rôle de guide.
2.2. L’Infaillibilité de l’Église dans les Faits Dogmatiques
L’Eglise est infaillible. Voyez le chapitre sur l’”infaillibilité”. Par exemple parmi les multiples arguments on trouve :
Pie IX – Syllabus errorum (1864), proposition 21 condamnée :
« L’Église n’a pas le pouvoir de définir dogmatiquement que la religion de l’Église catholique est la seule vraie. » — Error damnatus (DH 2921).
L’infaillibilité de l’Église s’étend aux faits dogmatiques nécessaires à la préservation de l’unité de la foi et de la communion. Voyez le chapitre sur ”le fait dogmatique et l’infaillibilité”.
Un petit rappel : le Concile Vatican I, dans Pastor Aeternus (cap. 4), définit l’infaillibilité du pontife romain :
« C’est pourquoi… nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu : le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église… »
Bien que Pastor Aeternus se concentre sur l’infaillibilité du pontife romain dans ses définitions ex cathedra, la logique thomiste et la doctrine catholique impliquent que l’Église, guidée par le Saint-Esprit, ne peut errer dans l’identification de son chef visible, car une telle erreur compromettrait l’unité de la foi et de la communion.
Pastor Aeternus (cap. 2) confirme que la primauté de Pierre perdure dans ses successeurs :
« Unde quicumque in hac Cathedra Petro succedit, is secundum Christi ipsius institutionem primatum Petri in universam Ecclesiam obtinet »
(Traduction : « Dès lors, quiconque succède à Pierre en cette chaire reçoit, de par l’institution du Christ lui-même, la primauté de Pierre sur toute l’Église. »)
L’acceptation universelle d’un pontife est donc un acte ecclésial infaillible, car elle reflète la reconnaissance de celui qui succède à Pierre dans la primauté.
2.3. Témoignage de Saint Alphonse de Liguori
Saint Alphonse de Liguori, docteur de l’Église, confirme cette doctrine dans Verità della Fede – Opera de S. Alfonso Maria de Liguori, Marietti, Torino, 1887, vol. VIII., P. 720, n. 9.
« Il n’importe pas que dans les siècles passés quelque Pontife ait été élu illégitimement ou se soit emparé du Pontificat par fraude ;
il suffit qu’il ait été accepté ensuite par toute l’Église comme Pape, puisque par cette acceptation il serait devenu le vrai Pontife
( son texte original est en italien : « Basta che in appresso sia stato accettato dalla Chiesa universale per Papa, perché per tale accettazione sarebbe divenuto vero Pontefice. »)
Mais s’il n’avait pas été véritablement et universellement accepté par l’Église pendant un certain temps, pendant ce temps le Siège pontifical aurait été vacant, comme il l’est à la mort d’un Pontife.»
– Explication
En effet cette formulation enseigne avec certitude que l’acceptation ultérieure, véritable et universelle par toute l’Église, rend l’individu concerné vrai pontife, même si l’élection initiale avait été entachée d’illégitimité ou de fraude au niveau juridique. Cela ne vaut bien sûr pas au niveau divin, par exemple un hérétique public ne peut jamais être pape, mais un hérétique ne sera non plus jamais accepté par toute l’Eglise.
Selon la logique thomiste, cela découle de la providence divine qui assiste infailliblement l’Église dans la désignation et la reconnaissance de son chef visible, en vertu des promesses christiques (Mt 16, 18 ; Mt 28, 20). L’Église ne peut adhérer pacifiquement et universellement à un faux pontife sans que cela contredise l’indéfectibilité promise ; par conséquent, une telle acceptation manifeste et confirme la légitimité, en suppléant divinement à tout vice antérieur compatible avec cette assistance.
– Il s’agit d’un pape qui n’est pas hérétique public
Toutefois, cette suppléance n’opère pas pour des vices radicaux qui rendraient ontologiquement impossible l’accession au pontificat (par exemple, un non-catholique, un apostat public ou un hérétique notoire avant l’acceptation), car Dieu ne peut permettre que l’Église entière suive une fausse règle de foi vivante. Saint Alphonse suppose implicitement des cas où le vice est surmontable par la providence (comme une élection irrégulière mais non nulle ab initio). Il n’emploie pas les termes de sanatio in radice ni d’« effet infaillible » en ce sens précis ; il s’agit d’une doctrine certaine sur l’effet de l’acceptation pacifique universelle, mais non d’un mécanisme juridique sacramentel analogue à celui des mariages (sanatio in radice).
– Un pape hérétique occulte mais pas public :
On pourra se poser la question de savoir s’il faut conclure, à partir des textes cités de saint Alphonse de Liguori et d’autres auteurs, que l’acceptation pacifique universelle (AUP) d’un pape constitue une preuve infaillible qu’il n’est pas hérétique, même occulte.
Non, cette conclusion ne s’impose pas avec certitude et fermeté selon la doctrine catholique traditionnelle. Voici l’explication logique, étape par étape, selon la raison thomiste et les textes précis :
Ce que les textes affirment avec certitude est que l’AUP est un signe infaillible :
- Cardinal Louis Billot, S.J., De Ecclesia Christi, tome I, quaestio XIV, thesis XXIX, § 3:
“..il faut tenir au moins comme absolument inébranlable et posé hors de tout doute ceci : l’adhésion de l’Église universelle est par elle-même un signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife et de l’existence de toutes les conditions requises pour la légitimité elle-même…»
Lisez la suite du texte ci-dessous : “2.4. Témoignage du Cardinal Billot”.
Saint Alphonse dit que par l’acceptation, l’individu « serait devenu le vrai Pontife » (“sarebbe divenuto vero Pontefice”), supposant une suppléance divine pour des vices surmontables.
- Limite explicite des textes : Ces auteurs traitent de la légitimité visible et publique du pontife en tant que chef de l’Église universelle. Ils excluent que Dieu permette une adhésion universelle à un faux pontife public ou à un hérétique notoire et manifeste, car cela détruirait l’indéfectibilité de l’Église. Ils ne parlent pas d’hérésie occulte (interne, cachée, non manifestée publiquement). Un hérétique occulte, par définition, n’apparaît pas comme tel aux yeux de l’Église ; son hérésie n’affecte pas la règle publique de foi tant qu’elle reste cachée.
- Distinction théologique certaine : Selon la doctrine ferme (Bellarmin, Suárez, et le Magistère antérieur à 1963), un pape peut, en théorie, être hérétique occultement sans perdre immédiatement la juridiction, tant que l’hérésie n’est pas publique et notoire. Mais une hérésie publique et notoire (même après élection) entraînerait la perte automatique de l’office (ipso facto, par droit divin), rendant impossible une AUP réelle, car l’Église ne suivrait pas pacifiquement un ennemi manifeste de la foi. L’AUP prouve donc infailliblement l’absence d’hérésie publique et notoire, mais non l’absence d’hérésie occulte, qui échappe à la connaissance humaine et à l’assistance visible de l’Église.
- Conséquence logique : L’AUP est preuve infaillible que le pontife n’est pas un hérétique public ou notoire (ni avant ni pendant l’acceptation), car Dieu ne permet pas que l’Église entière adhère à un tel. Elle n’exclut pas une hérésie purement occulte, qui n’affecterait pas la légitimité visible tant qu’elle ne se manifeste pas. Cependant, en pratique, la providence divine veille à ce que le chef visible soit orthodoxe de manière manifeste pour préserver l’unité.
D’autres théologiens confirment cette doctrine commune :
– comme Suárez (De Fide, disp. X),
– Ferraris (Prompta Bibliotheca, article « Papa », col. 1846, n. 69),
– Bouix (Tractatus de Papa, tome II, pp. 683 sq.),
– Wernz-Vidal (Ius Canonicum, tome II)
– Cardinal Billot, De Ecclesia Christi, t. I
– Journet, L’Église du Verbe incarné, t. I
– Van Noort, De Ecclesia Christi
– Prof. Abbé Adolphe Tanquerey – Synopsis theologiae dogmaticae, vol. I
2.4. Témoignage du Cardinal Billot
Le cardinal Louis Billot, dans De Ecclesia Christi expose ce principe ( De Ecclesia Christi, tome I, quaestio XIV, thesis XXIX, § 3) :
« Enfin, quoi que l’on pense encore de la possibilité ou de l’impossibilité de l’hypothèse susmentionnée (d’un pape hérétique), il faut tenir au moins comme absolument inébranlable et posé hors de tout doute ceci : l’adhésion de l’Église universelle est par elle-même un signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife et de l’existence de toutes les conditions requises pour la légitimité elle-même. Et il n’est pas besoin d’en rechercher longuement la raison. Car cela découle immédiatement de la promesse infaillible et de la providence du Christ : “Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle”, et encore : “Voici que je suis avec vous tous les jours.” Il en résulterait en effet que l’Église adhérerait à un faux pontife et adhérerait à une règle fausse de la foi, puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre dans la foi et qu’elle a de fait toujours suivie, comme il apparaîtra plus clairement par ce qui sera dit plus loin. Certes, Dieu peut permettre que la vacance du Siège se prolonge quelquefois longtemps. Il peut aussi permettre qu’un doute surgisse au sujet de la légitimité de l’un ou l’autre élu. Mais il ne peut permettre que l’Église tout entière accepte un pontife qui ne soit pas vrai et légitime. D’où il suit que, celui-ci une fois reçu et uni à l’Église comme la tête au corps, il ne subsiste plus de question à soulever concernant un vice possible de l’élection ou un défaut de quelque condition nécessaire à la légitimité ; car l’adhésion susdite de l’Église guérit radicalement tout vice d’élection et manifeste infailliblement l’existence de toutes les conditions requises.»
2.5. Application des Principes Thomistes et de Pastor Aeternus
Le principe de saint Thomas dans Somme théologique (II-II, q. 1, a. 10) établit que le souverain pontife est le garant de l’unité de la foi, et que l’Église doit clarifier la foi face aux erreurs nouvelles. Pastor Aeternus (cap. 2) confirme que la primauté de Pierre perdure dans ses successeurs.
L’acceptation universelle d’un pontife par l’Église entière est un acte collectif qui reflète cette primauté, sous la guidance du Saint-Esprit. Si l’Église pouvait errer en reconnaissant un faux pontife, cela introduirait un schisme ou une erreur dans la foi, ce qui est incompatible avec son rôle de guide, comme l’affirme saint Thomas dans son explication de la nécessité de clarifier la foi contre les erreurs (Somme théologique, II-II, q. 1, a. 10, ad 1).
2.6. Réfutation des Objections
2.6.1. Les doutes historiques, comme ceux entourant le « scandaleux » Alexandre VI, infirment-ils cette infaillibilité ?
Réponse : Le cardinal Billot (loc. cit.) note que, malgré les accusations de Savonarole, toute la chrétienté adhérait à Alexandre VI comme vrai Pontife. Cette acceptation universelle prouve sa légitimité, car un hérétique manifeste, perdant sa juridiction, ne pourrait être ainsi accepté. L’objection repose sur des spéculations sans poids face à la doctrine certaine.
Car malgré sa mauvaise vie, Alexandre VI était vrai pape et n’a jamais proféré des hérésies. Pape scandaleux, mais pape. Voir le chapitre sur les causes de la perte de la papauté : la mauvaise vie morale n’en fait pas partie.
2.6.2. Une élection douteuse prolongée pourrait-elle invalider cette doctrine ?
Réponse : Dieu peut permettre des doutes temporaires ou une vacance prolongée, mais non une acceptation universelle d’un faux pontife, car cela équivaudrait à une défaillance de l’Église, ce qui est impossible.
Dans la crise actuelle, l’« acceptation » des modernistes n’est pas universelle ni pacifique parmi les vrais catholiques (ceux qui rejettent le concile et les nouveautés). Les récusations des fidèles attachés à la foi traditionnelle (même minoritaires en nombre) prouvent l’absence d’A.U.P. réelle, confirmant la vacance depuis 1964. L’Église visible persiste dans le reste des catholiques fidèles.
- 3. Conclusion
L’acceptation pacifique et universelle d’un pape par l’Église entière est un fait dogmatique, garanti par l’infaillibilité de l’Église et la providence du Christ, comme l’enseignent la majorité des théologiens. Cette doctrine oblige les vrais catholiques à discerner la vacance depuis 1964 et à rester fidèles à la Tradition, en attendant la restauration du Siège apostolique par la Providence divine.
Que cette doctrine fortifie donc les fidèles dans leur fidélité à l’Église, en attendant la restauration du Siège apostolique.