Maria Valtorta, fausse mystique
et révélations scandaleuses
Table des matières
- Les faits de la condamnation
- La validité du jugement selon la doctrine d’avant 1964 et la position sédévacantiste
- Les motifs de la condamnation
3.1. Les détails inconvenants relevés dans les œuvres
3.2. Autres erreurs factuelles et doctrinales relevées
- La personnalité de Maria Valtorta
- L’interdiction de lecture selon la doctrine d’avant 1964
- Conclusion
- Les faits de la condamnation
Les écrits de Maria Valtorta, surtout l’œuvre en plusieurs volumes intitulée « Il Poema di Gesù » et « Il Poema dell’Uomo-Dio » (Le Poème de Jésus et Le Poème de l’Homme-Dieu), ont été placés sur l’Index des livres interdits par le Saint-Office le 16 décembre 1959. Ceci est certain. Le décret, approuvé par le pape Jean XXIII, a été publié dans L’Osservatore Romano du 6 janvier 1960, accompagné d’un article sous le titre « Una vita di Gesù malamente romanzata ». Traduction : « Une vie de Jésus mal romancée ».
- La validité du jugement selon la doctrine d’avant 1964 et la position sédévacantiste
Ce jugement du Saint-Office est un acte valide de l’Église selon la doctrine d’avant 1964. Dans la vision sédévacantiste, le dernier pape valide était Paul VI jusqu’à son hérésie publique en 1964 ; la décision de 1959 relève donc de l’autorité valide de cette époque. Toute juridiction se perd avec l’hérésie ; les actes postérieurs à 1964, y compris l’abolition formelle de l’Index en 1966, n’ont donc aucune valeur canonique.
- Les motifs de la condamnation
Les œuvres ont été condamnées parce qu’elles prétendent être des dictées et des visions surnaturelles de Jésus et de Marie, alors que l’Église a rejeté cette prétention ; parce qu’elles sont parues sans imprimatur en violation du canon 1385 du droit canonique alors en vigueur ; et parce qu’elles contiennent des inexactitudes théologiques, des erreurs historiques et géographiques, des passages inconvenants et un caractère imaginatif qui s’écarte de la présentation sobre des Évangiles. Une deuxième édition a été également rejetée en 1961.
3.1. Les détails inconvenants relevés dans les œuvres
Les détails inconvenants relevés dans les œuvres de Maria Valtorta, notamment dans « Il Poema dell’Uomo-Dio » (Le Poème de l’Homme-Dieu), sont ceux signalés par les critiques et par L’Osservatore Romano au moment de la condamnation. Ceci est certain pour les points cités ci-dessous ; je ne peux pas affirmer avoir recensé chaque passage de l’œuvre entière, car les volumes sont très nombreux et les sources disponibles sont des analyses secondaires.
Le passage sur la tentation d’Ève (volume 1, environ page 30 dans l’édition anglaise citée) prête à Jésus ces paroles : le serpent a flatté et caressé les membres et les yeux d’Ève avec sa langue venimeuse, excitant sa chair ; la sensation fut douce pour elle ; elle commença le péché seule et l’accomplit avec son compagnon. Des critiques (notamment le père Mitch Pacwa) y voient une présentation sexuelle du péché originel, contraire à l’Écriture et à la doctrine traditionnelle qui place le péché d’origine dans la désobéissance et l’orgueil. Une note de Valtorta précise la corruption de l’œil et de l’oreille, mais le caractère sensuel du récit est relevé comme inconvenant.
La danse immodeste devant Pilate (volume 5, page 73 dans l’édition citée) décrit des danseuses africaines, vêtues seulement d’une frange de lin multicolore autour de la taille et des hanches, qui exécutent une danse lascive et silencieuse. Elles touchent légèrement Jésus de leurs corps nus. Hérode propose à Jésus de prendre la femme qu’il désire. L’Osservatore Romano et des critiques qualifient ce passage de plutôt risqué et immodeste. Un autre passage similaire évoque des danseuses africaines de Hérode touchant le Christ captif de leurs corps nus (volume 5, page 562 dans une édition).
Les scènes de baisers et d’étreintes entre Jésus et les apôtres sont signalées par plusieurs critiques (notamment sur Tradition in Action et d’autres sites traditionnels) : des descriptions où Jésus embrasse sur la bouche ou la joue des apôtres, les serre longuement dans ses bras, et où un apôtre (Jean) est décrit à demi nu, haletant, enflammé d’amour, épuisé par son ardeur, tandis que Jésus le caresse. Ces passages sont jugés comme présentant un caractère vaguement homoérotique ou inconvenant pour la figure du Christ.
La scène d’allaitement du Christ enfant présente une description détaillée montrant l’Enfant Jésus tendant les mains vers le sein de Marie, riant, jouant, poussant des pieds contre le ventre de sa mère, tirant sur les lacets de sa robe. Des critiques y voient une représentation naturaliste et immodeste du Christ enfant.
D’autres passages signalés incluent la confession d’une danseuse nue à la Vierge (mentionnée par L’Osservatore Romano comme choquante), des subtilités autour de jeunes filles échappant de justesse à un sort pire que la mort et de courtisanes en déchéance, ainsi que des affirmations théologiques jugées excessives, comme Marie appelée « seconde-née du Père » (volume 1, page 7) ou « seconde après Pierre dans la hiérarchie ecclésiastique » (volume 4, page 240), qui dépassent les limites de la convenance mariologique selon les critiques.
Ces éléments ont contribué à la qualification par L’Osservatore Romano de « vie de Jésus mal romancée » et à la mise à l’Index en 1959 par le Saint-Office.
3.2. Autres erreurs factuelles et doctrinales relevées
Six autres passages présentent des difficultés, avec des degrés de certitude différents. Pour les questions doctrinales, les références catholiques antérieures à 1964 sont utilisées. Les numéros EMV renvoient à L’Évangile tel qu’il m’a été révélé.
Les maronites classés parmi les chrétiens séparés de Rome. Dans Le Livre d’Azarias, à la date du 5 mai 1946, les « maronites » figurent dans une énumération des « branches séparées ». Le contexte leur reproche de rester volontairement séparés de l’Église romaine. La note explicative du site reconnaît pourtant que les maronites sont pleinement catholiques. La contradiction est vérifiable dans un document contemporain de Valtorta : le discours de Pie XII à l’épiscopat et au peuple maronites, du 9 mai 1939. Le pape affirme : « Les liens qui depuis si longtemps unissent votre Nation à ce Siège de Rome n’ont pas besoin d’être renoués. » Référence imprimée indiquée par le Vatican : Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, volume I, pages 109–110. Il s’agit d’une erreur factuelle certaine dans le texte publié : l’appartenance des maronites à un rite oriental ne les place pas hors de la communion romaine.
Une erreur dans le calcul des trois jours avant la Résurrection. En EMV 620.1, catéchèse du 21 février 1944, le Jésus du texte explique que sa résurrection aurait été avancée grâce aux prières de Marie. L’argument invoqué est qu’il ne s’était écoulé que « trente-huit heures au lieu de soixante-douze » et que le dimanche matin était donc trop tôt pour accomplir l’annonce du troisième jour. Or saint Thomas explique précisément le décompte : une partie du vendredi constitue le premier jour, le samedi le deuxième, et la nuit conduisant au dimanche appartient au troisième. Il ne faut pas soixante-douze heures complètes. Référence : Somme théologique, III, question 51, article 4, réponses aux objections 1 et 2. L’erreur porte sur le raisonnement chronologique : le dimanche à l’aube est bien le troisième jour. D’ailleurs, soixante-douze heures après le vendredi à quinze heures conduiraient au lundi à quinze heures. L’explication proposée par Valtorta crée donc une difficulté artificielle dans l’accomplissement de la prophétie.
Marie-Madeleine présentée comme susceptible de contaminer le Ressuscité. En EMV 620.6, le refus de se laisser toucher par Marie-Madeleine est expliqué par son insuffisante purification. Le texte réserve à Marie la possibilité de toucher le Fils « sans le contaminer ». Cette explication suggère qu’une impureté spirituelle pourrait se transmettre au Christ par contact. Elle s’accorde difficilement avec l’épisode de la pécheresse qui touche et embrasse ses pieds en Luc 7, 37–50, sans le souiller. Elle est également incompatible, si l’on entend une contamination réelle, avec la sainteté du Christ et l’incorruptibilité de son corps glorifié. Voir saint Thomas, Somme théologique, III, question 15, article 1, et question 54, article 2. Le passage est donc théologiquement défectueux dans son sens littéral. Une interprétation figurée demanderait à être justifiée ; elle ne ressort pas clairement de l’explication donnée.
Les personnes divines décrites comme des parties de Dieu. En EMV 225.8, le texte explique que Dieu refuse qu’on adore « une seule partie de Lui-même », puis oppose cette partie à « son Tout ». Le contexte concerne l’honneur rendu au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Or les personnes divines ne sont pas trois parties composant Dieu. Vatican I enseigne la simplicité absolue de la substance divine : Dei Filius, 24 avril 1870, chapitre I. Saint Thomas précise aussi qu’il faut exclure de la Trinité les notions de séparation et de division propres aux parties d’un tout : Somme théologique, I, question 31, article 2. La formulation est fausse si « partie » est pris au sens propre. Toutefois, le même chapitre affirme l’unité de nature du Père et du Fils : ce contexte interdit de présenter cette seule phrase comme une preuve incontestable que Valtorta aurait voulu nier leur consubstantialité. C’est une formulation doctrinalement impropre, certainement attestée.
L’Incarnation présentée comme une fracture dans la Trinité. Dans Le Livre d’Azarias du 5 mai 1946, le Fils est décrit comme s’étant « séparé dans une mystérieuse mesure des Deux ». Le texte évoque ensuite une « première fracture » lors de sa venue dans le monde. L’Incarnation n’introduit pourtant aucune rupture entre les personnes divines. Le Fils assume la nature humaine sans se détacher du Père et du Saint-Esprit. L’exclusion de toute séparation en Dieu est expressément formulée par saint Thomas dans le passage cité précédemment, I, question 31, article 2. Prise comme une description de ce qui arrive réellement à la Trinité, cette phrase est erronée. On pourrait chercher à y voir une image de l’abaissement du Christ, mais le mot « fracture » appliqué aux relations divines reste particulièrement inadéquat.
Des figuiers de Barbarie dans la Palestine du temps de Jésus. En EMV 217.4, près d’Ascalon, Jésus et ses disciples trouvent une haie de figuiers d’Inde et cueillent leurs fruits en se piquant les doigts. La description correspond aux figuiers de Barbarie. Or Opuntia ficus-indica est une plante d’origine mexicaine. Les jardins botaniques royaux de Kew classent explicitement la Palestine parmi ses territoires d’introduction. L’étude de M. Patrick Griffith, publiée dans American Journal of Botany, volume 91, en 2004, pages 1915–1921, replace sa diffusion méditerranéenne après les voyages européens vers l’Amérique. Ce passage constitue donc un anachronisme botanique solidement étayé par les connaissances disponibles. C’est une objection historique indépendante des débats sur l’interprétation théologique de l’œuvre.
- La personnalité de Maria Valtorta
L’affirmation selon laquelle Maria Valtorta elle-même était une personnalité perturbée est une opinion personnelle qui n’est pas exprimée par le décret ecclésiastique. Le jugement porte sur les œuvres, non sur un diagnostic médical ou psychiatrique de l’auteur. Elle est restée longtemps alitée après une agression et a écrit des milliers de pages qu’elle présentait comme surnaturelles ; l’Église a rejeté cette prétention.
- L’interdiction de lecture selon la doctrine d’avant 1964
Selon la doctrine et la discipline catholiques d’avant 1964, la lecture des livres placés sur l’Index des livres interdits est interdite, et non simplement déconseillée. Le règlement de l’Index exigeait une raison grave (par exemple pour réfuter les erreurs) et la permission de l’évêque ou du supérieur religieux ; sans cela, même un prêtre ne pouvait les lire. Cette interdiction engageait la conscience et relevait du droit de l’Église à protéger la foi et les mœurs. Les œuvres de Maria Valtorta, inscrites sur l’Index en 1959, tombent sous cette prohibition stricte. L’abolition formelle de l’Index en 1966 ne compte pas, car toute juridiction se perd avec l’hérésie ; cet acte, postérieur à l’hérésie publique de Paul VI en 1964, est dépourvu de toute valeur. Pour qui s’en tient à la tradition antérieure à 1964, la lecture demeure interdite. Les personnes sensibles courent un risque de confusion, parce que les textes font parler Jésus et Marie d’une manière que les Évangiles ne connaissent pas et parce qu’ils mêlent une atmosphère de romantisme et de théologie moderne à la vie du Christ. Les sources correctes restent la Sainte Écriture, les Pères, la scolastique et le catéchisme et la spiritualité approuvés d’avant la crise.
- Conclusion
En résumé : les œuvres de Maria Valtorta sont sous une condamnation valide du Saint-Office de 1959 ; elles ne sont pas une révélation surnaturelle ; selon la discipline catholique d’avant 1964, leur lecture est interdite et non simplement déconseillée. Les actes de 1966 et suivants n’ont aucune portée, la juridiction ayant cessé avec l’hérésie.
Liste des sources
Décret du Saint-Office du 16 décembre 1959, approuvé par le pape Jean XXIII, publié dans L’Osservatore Romano le 6 janvier 1960 avec l’article « Una vita di Gesù malamente romanzata ».
Confirmation concernant la deuxième édition, L’Osservatore Romano du 1er décembre 1961.
Canon 1385 du Code de droit canonique alors en vigueur.
Règlement de l’Index des livres interdits en vigueur avant 1964.
Articles de L’Osservatore Romano des 6 janvier 1960 et 1er décembre 1961.
Analyses du père Mitch Pacwa, New Covenant, février 1994.
Articles de Tradition in Action et de Catholic World Report citant les passages inconvenants.
Discours de Pie XII à l’épiscopat et au peuple maronites, 9 mai 1939, Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, volume I, pages 109–110.
Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, III, question 51, article 4 ; III, question 15, article 1 ; III, question 54, article 2 ; I, question 31, article 2.
Vatican I, Dei Filius, 24 avril 1870, chapitre I.
Étude de M. Patrick Griffith, American Journal of Botany, volume 91, 2004, pages 1915–1921, et classification des jardins botaniques royaux de Kew.