La Thèse Siri « le Pape Rouge » Cardinal Siri

La Thèse Siri : Pour et Contre

Une présentation objective, historique, canonique et théologique des arguments entourant l’élection présumée du cardinal Giuseppe Siri comme pape Grégoire XVII lors des conclaves de 1958 et 1963

 

Table des matières  

  1. Introduction  
  2. Chapitre 1 – Arguments en faveur de la Thèse Siri  
  3. Chapitre 2 – Arguments contre la Thèse Siri  
  4. Bibliographie  

 

  1. Introduction

La Thèse Siri est une hypothèse controversée au sein de certains milieux traditionalistes et sédévacantistes. Elle soutient que le cardinal Giuseppe Siri (1906-1989), archevêque de Gênes, a été élu pape sous le nom de Grégoire XVII lors du conclave de 1958 (et selon certains, également en 1963), mais que son élection a été annulée ou invalidée sous une pression extérieure.

 

Ce document rassemble de façon complète et objective tous les arguments, preuves, citations et références présentés des deux côtés

.

  1. Chapitre 1 – Arguments en faveur de la Thèse Siri

 

Prologue : Les faits du conclave du 26 octobre 1958

Le 26 octobre 1958, de la fumée blanche est sortie à deux reprises de la cheminée de la chapelle Sixtine : vers 11 h 53 (avant-midi) et vers 17 h 53-18 h 00 (après-midi). La radio du Vatican a annoncé : « La fumée est blanche… Il n’y a absolument aucun doute. Un pape a été élu. » La foule a crié « Viva il Papa ! ». Quelques minutes plus tard, la fumée est devenue noire et l’annonce a été retirée en la qualifiant d’« erreur ». Ce n’est que le 28 octobre 1958 que le cardinal Angelo Roncalli a été élu pape sous le nom de Jean XXIII.

 

Source : The New York Times, 27 octobre 1958 : « La fumée qui est apparue peu avant midi était au début d’un blanc pur… Des cris de « Viva il Papa ! » se sont élevés… Un prêtre agissant comme annonceur officiel pour la radio du Vatican a crié avec excitation : « Elle est blanche, elle est blanche ! Nous avons un pape ! » … »

 

Preuve (1) : La fumée blanche et l’annonce

La fumée blanche indique traditionnellement une élection réussie. L’annonce explicite faite par la radio du Vatican prouve, selon les partisans, que le cardinal Giuseppe Siri a été élu pape Grégoire XVII au troisième ou quatrième scrutin. La fumée noire qui a suivi aurait été causée par une pression extérieure.

 

Preuve (2) : Documents du FBI et des services de renseignement selon Paul L. Williams

Paul L. Williams, The Vatican Exposed: Money, Murder, and the Mafia (Prometheus Books, 2003, pp. 90-92) : « Au troisième scrutin, Siri a obtenu, selon des sources du FBI, les voix nécessaires et a été élu pape Grégoire XVII. […] Mais les cardinaux français ont annulé les résultats en arguant que l’élection provoquerait de vastes émeutes et l’assassinat de plusieurs évêques éminents derrière le Rideau de fer, car Siri était connu comme un anticommuniste déclaré et inflexible. » Il fait référence à des documents déclassifiés du Département d’État américain (1958 et 1961).

 

Preuves de pression et de menaces

Selon le prince Paul Scortesco (neveu du prince Sigismondo Borghese, président du conclave de 1963), le cardinal Eugène Tisserant, mécontent de l’élection d’un cardinal conservateur comme Siri, aurait quitté la chapelle Sixtine pendant le conclave pour rencontrer des représentants de la B’nai B’rith. Il leur aurait annoncé que Siri avait été élu, après quoi ils lui auraient répondu qu’il pouvait utiliser l’argument selon lequel cela entraînerait immédiatement de nouvelles persécutions contre l’Église. Scortesco affirme que Tisserant est ensuite retourné au conclave et a favorisé l’élection de Montini (Paul VI).

 

Cette affirmation repose sur les écrits de Scortesco (Louis Hubert Remy, Sous la Bannière n° 6, juillet-août 1986).

 

Contexte élargi des cardinaux français

Selon Paul L. Williams et d’autres partisans de la Thèse Siri, les cardinaux français (et les groupes plus progressistes) craignaient qu’un pape Siri, connu pour être un anticommuniste très rigide et virulent, ne provoque des représailles immédiates et graves de la part des régimes communistes derrière le Rideau de fer. On redoutait de vastes émeutes, des arrestations, des tortures et des assassinats d’évêques et de prêtres emprisonnés ou persécutés dans des pays comme la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’Union soviétique. C’est pourquoi ils préféraient un pape moins confrontant et plus « dialoguant », mieux adapté à une politique de détente dans le contexte de la Guerre froide.

 

Le Dr J.P.M. van der Ploeg OP aurait déclaré que le cardinal Tisserant avait menacé le pape élu Siri dans la sacristie : « Si vous ne démissionnez pas, nous savons où vous trouver, vous et votre nombreuse famille à Gênes. »

 

En 1963, Malachi Martin décrit dans The Keys of This Blood (Simon & Schuster, 1990, pp. 607-609) un scénario similaire : Siri avait obtenu les voix, mais il a répondu « Non accepto » (Je n’accepte pas) par crainte de « dommages graves ». Martin parle d’une « petite brutalité » : une conversation avec un envoyé d’une organisation internationale.

 

Confession ultérieure de Siri lui-même : Témoignage du père Peter Khoat Van Tran

Vers la fin de sa vie, le cardinal Siri aurait avoué au prêtre vietnamien père Peter Khoat Van Tran qu’il était bel et bien le pape Grégoire XVII. Il aurait admis avoir renoncé sous la contrainte et avoir créé des cardinaux secrets qui ont élu sous terre un successeur (base du mouvement Siri).

 

Le père Khoat Van Tran a rencontré Siri à plusieurs reprises en 1988-1989 à Rome (au monastère Istituto Ravasco où Siri célébrait la messe) et a reçu ces aveux après des questions répétées. Siri aurait dit qu’il était « prisonnier » et qu’il craignait pour sa vie s’il agissait publiquement. Siri est décédé le 2 mai 1989.

 

Références :

– Témoignages personnels du père Peter Khoat Van Tran (notamment une déclaration manuscrite du 20 mai 2006, publiée sur thepopeinred.com et dans Today’s Catholic World).

– Magnus Lundberg, « Modern Alternative Popes 15: The Cardinal Siri Thesis » (15 mai 2016).

 

Évaluation théologique et canonique

Les canons 172 §1 et 185 du Code de droit canonique (1917) rendent une élection ou une renonciation invalide en cas de crainte grave ou de contrainte injuste. Le mouvement Siri considère que la succession souterraine est légitime.

 

Conclusion du chapitre 1

Selon les partisans, la fumée blanche, les documents du FBI et des services de renseignement, les preuves de menaces et de pression (Tisserant et Malachi Martin) ainsi que la confession ultérieure de Siri au père Khoat Van Tran forment un ensemble cohérent. Ces éléments prouvent selon eux que le cardinal Siri a réellement été élu pape Grégoire XVII le 26 octobre 1958, mais qu’il a été contraint, sous une lourde pression extérieure, de retirer son acceptation. Son élection serait donc restée valide, il aurait été le pape légitime, et les élections ultérieures de Jean XXIII et de ses successeurs seraient invalides.

  1. Chapitre 2 – Arguments contre la Thèse Siri

 

Prologue : Les faits du conclave du 26 octobre 1958

Réfutation de la fumée blanche et de l’annonce

La présence de fumée blanche et l’annonce de la radio du Vatican sont expliquées techniquement par les opposants. Selon le New York Times du 27 octobre 1958, la fumée était en réalité grisâtre. La fumée du matin résultait probablement d’une combustion incomplète du foin, rendant la fumée noire attendue plus claire. Pour la fumée de l’après-midi, apparue après la tombée de la nuit, la fumée noire a été éclairée par des projecteurs (spots) placés en dessous, ce qui la faisait paraître blanche. La radio du Vatican a rapidement retiré l’annonce lorsqu’elle a réalisé qu’il n’y avait pas eu d’élection définitive. De tels incidents avec des couleurs de fumée ambiguës se sont produits à plusieurs reprises lors de conclaves en raison de la combustion traditionnelle des bulletins de vote avec du foin humide, qui ne produit pas toujours une couleur noire ou blanche nette.

 

Réfutation des documents du FBI et des services de renseignement selon Paul L. Williams

L’affirmation selon laquelle des sources du FBI confirmeraient que Siri a été élu au troisième scrutin n’est pas vérifiable dans un quelconque document déclassifié officiel. Williams fait référence, dans les éditions ultérieures et les interviews, de plus en plus vaguement à « une source du FBI » sans fournir de référence concrète ni de numéro de document. Les critiques considèrent donc cela comme une preuve insuffisante.

 

Réfutation des pressions et menaces

Ces affirmations reposent sur des ouï-dire. Siri lui-même a déclaré en 1985 à Louis Hubert Remy (Sous la Bannière, n° 6, juillet-août 1986) : « Non, personne n’a quitté le conclave. » Malachi Martin souligne que Siri a indiqué que son « Non accepto » était libre.

 

Réfutation de la confession ultérieure : Témoignage du père Peter Khoat Van Tran

Le témoignage du père Khoat Van Tran est fortement contesté. Il a rencontré Siri en 1988-1989, mais ses récits sont contradictoires : en 1988, Siri aurait nié trois fois être pape ; ce n’est qu’après la mort de Siri (1989) qu’il aurait affirmé que Siri avait confirmé son élection et créé des cardinaux secrets.

 

Khoat Van Tran, que Siri aurait élevé au cardinalat (et qui aurait même été élu pape par les cardinaux Siri selon certains), a ensuite quitté le sacerdoce, s’est marié (sa femme s’appelle Nguyen Thi Giang Huong) et a eu au moins deux fils. Il est décrit comme un homme d’affaires international. Son ordination (1967) n’a jamais été confirmée ; il ne figure pas dans les annuaires catholiques de 1967 ou 1968. Les critiques le considèrent donc comme non crédible. Il affirme lui-même avoir été ordonné par le cardinal Siri.

 

Références pour cette critique :

– T. Stanfill Benns, « Gregory XVIII / ‘Fr.’ Tran Van Khoat fraud exposed! », Betrayed Catholics, 2018.

– Magnus Lundberg (2016) note que les affirmations reposent uniquement sur les propres témoignages de Khoat.

 

Réfutation par le comportement de Siri lui-même

Un argument de poids contre la Thèse Siri réside dans le comportement public et constant du cardinal Siri après 1958. Il a ouvertement accepté Jean XXIII et Paul VI comme papes légitimes, a exercé des fonctions importantes sous leur pontificat jusqu’à sa mort en 1989 et est resté en pleine communion avec les papes postconciliaires, y compris Jean-Paul Ier et Jean-Paul II.

 

Siri s’est même agenouillé devant ces papes (il existe des photos et des témoignages le montrant dans une attitude de respect et de soumission devant Jean-Paul Ier et Jean-Paul II). Il a participé activement à toutes les quatre sessions du Deuxième Concile du Vatican (1962-1965) en tant que père conciliaire. Il est intervenu à plusieurs reprises, a siégé dans d’importantes commissions et a même présidé la Conférence épiscopale italienne (CEI) pendant une partie du concile. Il a signé et approuvé les seize documents du Concile Vatican II, y compris les constitutions controversées telles que Lumen Gentium et Sacrosanctum Concilium.

 

Après le concile, il a concélébré la Novus Ordo et a juré fidélité aux papes successifs. Il a même tenté de convaincre l’archevêque Marcel Lefebvre de se soumettre au pape et d’accepter les normes conciliaires afin d’éviter un schisme.

 

Bien que Siri fût connu comme un cardinal conservateur et traditionnellement orienté qui a formulé des critiques sur certains abus et interprétations extrêmes après le concile, il n’a jamais publiquement rejeté le concile lui-même ni l’autorité des papes postconciliaires, ni ne les a déclarés invalides. Ce comportement est difficilement conciliable avec la thèse selon laquelle il aurait été le véritable pape Grégoire XVII. Un pape légitime ne se serait pas comporté comme un simple cardinal-sujet sous des papes qu’il aurait dû considérer comme des usurpateurs, ni n’aurait signé tous les documents d’un concile qu’il aurait dû juger non contraignant ou nuisible.

 

Réfutation théologique et canonique

Même en cas de contrainte hypothétique, le fait dogmatique de l’acceptation universelle et pacifique d’un pape par toute l’Église prévaut. Le cardinal Louis Billot écrit à ce sujet dans Tractatus De Ecclesia Christi (5e édition, Rome : apud aedes Universitatis Gregorianae, 1927) :

 

> « … quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur l’hypothèse dont il a été question plus haut, ce seul point doit être tenu pour absolument inébranlable et placé hors de tout doute : l’adhésion de l’Église universelle sera toujours en elle-même un signe infaillible de la légitimité de la personne du Pape, et en outre de l’existence de toutes les conditions requises pour une telle légitimité. »

 

Cette doctrine, appuyée sur les promesses infaillibles du Christ, rend selon les opposants la Thèse Siri théologiquement insoutenable.

 

Conclusion du chapitre 2

Sur le plan historique, il manque une preuve primaire ; le témoignage de Khoat Van Tran est contradictoire et discrédité ; le comportement constant de Siri – y compris sa participation active au concile Vatican II, sa signature de tous ses documents et son attitude d’agenouillement devant les papes postconciliaires – constitue un obstacle pratique majeur ; et sur le plan théologique, la thèse entre en collision avec le fait dogmatique de l’acceptation universelle selon Billot.

 

  1. Bibliographie

– The New York Times, 27 octobre 1958.

– Williams, Paul L. The Vatican Exposed. Prometheus Books, 2003, pp. 90-92.

– Martin, Malachi. The Keys of This Blood. Simon & Schuster, 1990, pp. 607-609.

– Remy, Louis Hubert. « Le pape : serait-ce le Cardinal Siri ? », Sous la Bannière n° 6, juillet-août 1986.

– Lundberg, Magnus. « Modern Alternative Popes 15: The Cardinal Siri Thesis », 15 mai 2016.

– Benns, T. Stanfill. « Gregory XVIII / ‘Fr.’ Tran Van Khoat fraud exposed! », Betrayed Catholics, 2018.

– Codex Iuris Canonici, 1917, cann. 172 §1 et 185.

– Billot, cardinal Louis. Tractatus De Ecclesia Christi, Editio quinta, Rome : apud aedes Universitatis Gregorianae, 1927 (surtout Thèse 29).

– The Pope in Red / Today’s Catholic World (publications pro-Siri contenant les témoignages de Khoat, 2006-2008).

– Tradition in Action, « Card. Siri: A Devoted Supporter of John Paul II » (lettre pastorale de Siri à l’archevêque de Gênes en préparation de la visite de Jean-Paul II en 1985).

 

Pax Christi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*