39 Jean XXIII (4) Après sa Mort Accusé d’Hérésies Occultes

Jean XXIII (4) Après sa mort

Accusation publique d’hérésies occultes

 

Table des matières

 

Introduction

  1. Les preuves avancées de l’appartenance d’Angelo Roncalli à la franc-maçonnerie

1.1. Le témoignage de Carlos Vázquez Rangel, présenté par certains comme grand commandeur du Conseil suprême des maçons du Mexique

1.2. Le témoignage de Pier Carpi

1.3. Le témoignage de Franco Bellegrandi

1.4. Le témoignage de Gioele Magaldi

  1. La franc-maçonnerie et l’hérésie formelle
  2. L’évaluation de la crédibilité des témoins

3.1. Carlos Vázquez Rangel

3.2. Pier Carpi

3.3. Franco Bellegrandi

3.4. Gioele Magaldi

  1. Les principes généraux de la crédibilité d’un témoignage

4.1. Les critères généraux

4.2. Le témoignage provenant d’un franc-maçon

  1. L’absence de Roncalli dans la liste Pecorelli et la mention de don Luigi Villa

5.1. La liste Pecorelli

5.2. Don Luigi Villa

  1. L’absence de preuve externe irréfutable et les principes thomistes
  2. Première conclusion
  3. L’opinion selon laquelle Jean XXIII était hérétique et n’était donc pas pape
  4. Conclusion finale
  5. Note
  6. Sources

 

Introduction

 

Ce chapitre examine les accusations formulées après la mort d’Angelo Giuseppe Roncalli, connu sous le nom de Jean XXIII. Selon plusieurs auteurs, son affiliation à une secte hérétique n’aurait été découverte qu’après son décès.

 

Selon l’opinion commune des théologiens, un hérétique public ne peut détenir validement l’office papal, puisqu’il est séparé du Corps mystique du Christ (voir le chapitre consacré à l’« hérésie »).

 

Ce cas serait exceptionnel : la prétendue hérésie de Jean XXIII serait demeurée occulte pendant toute sa vie et ne serait devenue publique que quelques années après sa mort.

 

  1. Les preuves avancées de l’appartenance d’Angelo Roncalli à la franc-maçonnerie

 

Plusieurs témoignages soutiennent qu’Angelo Roncalli aurait été initié à la franc-maçonnerie avant son élection.

 

1.1. Carlos Vázquez Rangel, présenté par certains comme grand commandeur du Conseil suprême des maçons du Mexique

 

Carlos Vázquez Rangel aurait déclaré : « Le même jour, à Paris, le profane (« non-maçon » dans le jargon maçonnique) Angelo Roncalli (Jean XXIII) et le profane Giovanni Montini (Paul VI) ont été initiés aux augustes mystères de la Fraternité. Ainsi s’avère-t-il qu’une grande partie de ce qui a été accompli au Concile reposait sur les principes maçonniques. » Cette traduction française reproduit l’attribution transmise par John Kenneth Weiskittel, « Freemasons and the Conciliar Church », The Athanasian, vol. 14, n° 4, 1er juin 1993. Weiskittel s’appuie sur un communiqué de Mary Ball Martinez relatif à l’entretien mené par Elías Chávez, « El gran maestro masón Olivares Santana hallará hermanos en El Vaticano », Proceso, n° 832, octobre 1992, couverture et p. 6–8. Francesco Ricossa reprend cette attribution dans « Il Papa del Concilio », Sodalitium, n° 42, janvier 1996, p. 4 et note 3, p. 15, à travers C.D.L. Reporter, n° 179, mai 1995, p. 14.

 

1.2. Pier Carpi

 

Dans Le profezie di papa Giovanni (Edizioni Mediterranee, 1976, au début du livre), Pier Carpi rapporte le récit d’un informateur anonyme : Roncalli aurait été initié en Turquie, en 1935, dans une société liée à la tradition rosicrucienne. Né seulement en 1940, Carpi ne pouvait pas être un témoin direct.

 

Arnaldo Piero Carpi, dit Pier Carpi, était un écrivain, essayiste, romancier, scénariste et réalisateur italien. Né le 16 janvier 1940 à Arceto di Scandiano, en Italie, il est mort le 26 juin 2000. Ses livres portent notamment sur l’ésotérisme, l’occultisme et la prophétie. Dans Les Prophéties du pape Jean XXIII, première traduction française de Le profezie di papa Giovanni publiée en 1976, puis en poche en 1978, il prétend rapporter des visions apocalyptiques attribuées à Jean XXIII et couvrant l’histoire humaine de 1935 à 2033.

 

1.3. Franco Bellegrandi

Franco Bellegrandi était un journaliste italien et un dignitaire au service de l’Église catholique. Il s’est présenté comme camérier de l’épée et de la cape à la Cour pontificale et collaborateur de L’Osservatore Romano. Dans Nichitaroncalli: Controvita di un Papa (Rome, International E.I.L.E.S., 1994), ouvrage pour lequel il est particulièrement connu, il critique vivement la vie et l’action de Jean XXIII. Il accuse Roncalli d’avoir favorisé une infiltration moderniste de l’Église qui aurait mené à la convocation du concile Vatican II. Il rapporte une confidence attribuée à Paolo Sella avant le conclave de 1958, sans produire l’acte notarié qu’il invoque. Il reprend aussi le récit de Carpi concernant 1935 et évoque des imprimés anonymes qui accusaient Roncalli de franc-maçonnerie au début du concile Vatican II, non lors du conclave (Nichitaroncalli, p. 55, 61–62 et 175–176).

 

1.4. Gioele Magaldi

 

Gioele Magaldi, né en 1971, est une figure de la franc-maçonnerie progressiste et le fondateur du mouvement maçonnique Grande Oriente Democratico (GOD). Dans Massoni. Società a responsabilità illimitata. La scoperta delle Ur-Lodges (avec Laura Maragnani, Chiarelettere, 2014), il soutient que Roncalli aurait été initié à la loge Ghedullah, à Istanbul, en 1940, puis aurait franchi les grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître jusqu’en 1943. Il lui attribue une autre affiliation, à Montesquieu, à Paris, vers la fin de 1949. Il parle également d’un groupe rosicrucien en relation avec Ioannes en 1950. Les noms Ecclesia et Ioannes apparaissent dans son récit d’un projet de coalition ; dans les passages concernés, il ne les présente pas comme deux affiliations personnelles supplémentaires de Roncalli.

 

  1. La franc-maçonnerie et l’hérésie formelle

 

Dans l’argumentation présentée ici, l’appartenance à la franc-maçonnerie constitue une hérésie formelle, car elle implique l’adhésion à des doctrines contraires à la foi catholique, notamment l’indifférentisme religieux et le naturalisme.

 

Clément XII a condamné la franc-maçonnerie par la constitution In eminenti apostolatus specula du 28 avril 1738. Léon XIII a réaffirmé cette condamnation dans l’encyclique Humanum genus du 20 avril 1884 :

« … de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes … » (Léon XIII, Humanum genus, 20 avril 1884, traduction française.)

 

Le canon 2335 du Code de droit canonique de 1917 dispose :

« Les affiliés aux sectes maçonniques ou à d’autres associations du même genre qui machinent contre l’Église ou les pouvoirs civils légitimes contractent ipso facto l’excommunication simplement réservée au Siège Apostolique. »

Cette excommunication retire au coupable la communion juridique avec l’Église et l’exercice de nombreux droits ecclésiastiques. Si son appartenance à la franc-maçonnerie comporte également une hérésie formelle et publique, elle le sépare du corps de l’Église.

 

 

  1. Évaluation de la crédibilité des témoins

 

Ces témoignages, souvent fournis par des francs-maçons eux-mêmes, apportent-ils une preuve suffisante ?

 

3.1. Carlos Vázquez Rangel

 

Les paroles attribuées à Vázquez Rangel dans Proceso, n° 832, en octobre 1992, et reprises par Weiskittel en 1993 appellent un examen sérieux. Dans ces reprises, il évoque quatre loges maçonniques au Vatican, l’initiation le même jour à Paris d’Angelo Roncalli et de Giovanni Montini, ainsi que l’appartenance de personnalités comme l’évêque Sergio Méndez Arceo à la franc-maçonnerie. La date de 1937 et le nom de la Grande Loge de France, parfois ajoutés à ce récit, ne figurent pas dans la citation transmise par Weiskittel ou Ricossa.

Ces affirmations ne sont accompagnées d’aucune preuve documentaire irréfutable et ont parfois été amplifiées dans des milieux opposés au modernisme. Faute de confirmation indépendante, et compte tenu du caractère secret des loges, elles restent de l’ordre de l’opinion personnelle et ne peuvent être tenues pour certaines. Cela ne démontre pas que Vázquez Rangel a menti délibérément. Cela exige toutefois de la prudence : un dirigeant maçonnique pourrait exagérer afin de promouvoir son obédience, sans que l’on puisse en déduire que tout son parcours est invalide.

Il faut constater qu’aucune pièce matérielle n’accompagne ce témoignage : ni copie d’un registre d’initiation, ni signature authentifiée, ni document contemporain, ni procès-verbal de loge, ni témoignage direct indépendant, ni date précise vérifiable, ni lieu contrôlable par d’autres sources historiques. En histoire comme en droit, la déclaration d’un responsable, fût-il haut placé, ne suffit pas à établir avec certitude un fait d’une telle gravité. La valeur probante d’un témoignage dépend de la possibilité de le vérifier objectivement. Sans corroboration indépendante, cette déclaration demeure une allégation et ne prouve pas à elle seule l’appartenance maçonnique d’Angelo Roncalli.

Admettre l’inverse permettrait de tenir pour démontrée une accusation extrêmement grave sur la seule autorité de son auteur, sans exiger de preuve objective. Ce serait contraire aux principes fondamentaux de la justice et de la méthode historique.

 

3.2. Pier Carpi

 

Carpi prétend révéler des visions apocalyptiques attribuées à Jean XXIII, couvrant les années 1935 à 2033. Son livre Les Prophéties du pape Jean XXIII a rencontré un certain succès auprès des amateurs de mystères. Certains observateurs critiquent pourtant son style ambigu et l’absence de sources historiques fiables. Carpi a aussi réalisé Povero Cristo (1975) et La moglie del diavolo (Satan’s Wife, 1979), et a écrit des scénarios de bandes dessinées.

 

Sa vie et son œuvre montrent un intérêt soutenu pour le mystère et les sociétés secrètes. Cette démarche ne se rattache pas directement à la doctrine catholique authentique, qui condamne les spéculations superstitieuses contraires à la foi.

 

Son ouvrage ne fournit aucun document d’archive permettant de contrôler ses affirmations.

 

3.3. Franco Bellegrandi

 

Ses affirmations reposent surtout sur des anecdotes, des interprétations de symboles et des rumeurs circulant dans des milieux vaticanistes internes. Elles ne s’appuient pas sur des preuves documentaires irréfutables.

 

3.4. Gioele Magaldi

 

La taille du livre de Magaldi et sa bibliographie ne permettent pas, à elles seules, de vérifier les affiliations alléguées. Les pièces maçonniques qu’il affirme posséder ne sont pas reproduites dans les passages où il les mentionne. Comparer son récit à un roman ou à un thriller est un jugement critique, non une preuve historique.

 

Le ton souvent sensationnaliste de ses interventions dans les médias renforce l’image d’un promoteur de ses idées plutôt que celle d’un chercheur objectif.

 

  1. Principes généraux de la crédibilité d’un témoignage

 

4.1. Critères généraux

 

La crédibilité d’un témoignage dépend d’abord de celle du témoin : il s’agit d’une parole qui rapporte un fait.

 

Pour en apprécier la valeur, il faut examiner :

  1. Sa sincérité : l’absence de motifs de mentir, tels que l’intérêt personnel, la haine ou la peur.
  2. Sa compétence : sa capacité d’observer et de se souvenir correctement, compte tenu de sa santé mentale, de la distance et des conditions de l’observation.
  3. Sa cohérence : l’absence de contradictions dans son récit ou avec des faits déjà établis.
  4. Sa corroboration : la concordance avec des témoignages fiables ou avec des preuves objectives.

 

Lorsque ces qualités font défaut, le témoignage perd sa valeur probante : une parole dont la fiabilité n’est pas établie ne prouve rien.

 

4.2. Le témoignage d’un franc-maçon accusant un pape

Il s’agit ici de l’accusation d’un crime tenu pour inouï à l’encontre d’un pape. La question d’un pape hérétique fait l’objet de débats théologiques. La constitution Pastor aeternus du concile Vatican I, promulguée le 18 juillet 1870, ne déclare pas comme un fait historique qu’aucun pape n’aurait jamais été hérétique.

 

Selon la thèse défendue ici, la crédibilité d’un franc-maçon affirmant qu’un pape appartient à la franc-maçonnerie est nulle, pour les raisons suivantes :

 

4.2.1. Manque de sincérité. Selon l’auteur, les francs-maçons sont liés par des serments secrets et menteurs et sont les ennemis jurés de l’Église catholique. Le magistère antérieur à 1963 les a condamnés, notamment dans Humanum genus de Léon XIII (20 avril 1884). Leurs témoignages visent souvent à tromper ou à diffamer. Faire tomber un pape serait, pour un franc-maçon, le summum de cette action.

L’« Instruction permanente de la Haute Vente », reproduite par Jacques Crétineau-Joly dans L’Église romaine en face de la Révolution, t. 2 (Paris, 1859, p. 82–90), décrit une stratégie d’influence sur le clergé et exprime ce souhait : « Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre […] c’est un pape selon nos besoins. »

4.2.2. Incompétence morale. En tant que membres d’une secte hérétique et conspiratrice, ils n’ont, selon cet argument, ni la probité ni l’objectivité nécessaires pour rapporter la vérité sur l’Église.

 

4.2.3. Incohérence habituelle. Leurs déclarations sur d’autres sujets vérifiés contredisent, selon l’auteur, des faits établis par des sources catholiques fiables et manquent de preuves objectives.

 

4.2.4. Absence de corroboration légitime. Selon cette argumentation, un tel témoignage ne peut être confirmé que par des sources catholiques pures et indépendantes, et non par des complices de la même secte.

 

4.2.5. Machiavélisme. Selon l’auteur, les membres de ces sociétés se réservent le droit de mentir en vue d’un « plus grand bien », suivant un principe maçonnique d’ésotérisme relativiste. Leurs affirmations doivent donc être accueillies avec réserve :

 

Léon XIII met ainsi en garde, dans Humanum genus (1884) :

Il dénonce les séductions des propagandistes maçonniques et les procédés employés pour attirer de nouveaux adeptes, notamment parmi les ouvriers et les jeunes (Humanum genus, 20 avril 1884).

 

Dans In eminenti apostolatus specula (1738), Clément XII mentionne le secret des réunions et les serments liant leurs membres, qu’il dit fortement suspects d’hérésie. Leur témoignage doit donc être examiné avec prudence.

4.2.6. Conséquence juridique du principe

Si une accusation aussi grave était tenue pour prouvée sur les seuls témoignages de francs-maçons, sans document indépendant ni corroboration objective, la même méthode pourrait être employée demain contre n’importe quel pape, évêque ou prêtre. La sécurité juridique serait ruinée : une simple accusation émanant d’une organisation secrète condamnée suffirait à discréditer un membre de la hiérarchie. Un tel principe, généralisé, serait destructeur du droit et contraire aux exigences élémentaires de la justice naturelle et du droit canonique.

Le canon 1939, § 1, du Code de droit canonique de 1917 prévoit que, si le délit n’est ni notoire ni absolument certain mais ressort d’une rumeur publique, d’une dénonciation ou d’une autre source, une enquête spéciale doit d’abord établir si l’imputation possède un fondement et lequel.

Le simple soupçon ou la renommée publique ne suffisent donc jamais à eux seuls. Dans l’argument développé ici, nul n’est jamais déclaré ni traité comme hérétique sans preuve publique, notoire et certaine.

 

Saint Thomas d’Aquin explique qu’un témoignage apporte une certitude probable et non infaillible : « testimonium, sicut dictum est, non habet infallibilem certitudinem, sed probabilem », c’est-à-dire que le témoignage, comme il a été dit, ne possède pas une certitude infaillible, mais probable. Sa crédibilité diminue lorsqu’il existe des raisons sérieuses de se défier du témoin. Thomas cite notamment les infidèles, les personnes de mauvaise réputation et les auteurs d’un crime public parmi ceux dont la déposition peut être écartée (Summa Theologiae, 2-2, q. 70, a. 3).

 

En bref, selon cette thèse, le témoignage d’un ennemi déclaré de l’Église ne prouve rien. Il est intrinsèquement suspect et doit être rejeté comme faux jusqu’à l’apport d’une preuve certaine par des témoins catholiques irréprochables.

 

  1. L’absence de Roncalli dans la liste Pecorelli et la mention étonnante de don Luigi Villa

 

5.1. La liste Pecorelli

 

Mgr A. G. Roncalli ne figure pas dans la « liste Pecorelli », qui énumère des prélats et dignitaires accusés d’appartenance maçonnique au milieu du 20e siècle.

 

Le journaliste italien Carmine Pecorelli, lui-même membre de la loge Propaganda Due, publia cette liste le 12 septembre 1978 dans OP — Osservatore Politico. Elle nomme de hauts prélats et fonctionnaires du Vatican accusés de franc-maçonnerie et indique des dates d’initiation, des numéros de code et des pseudonymes. Elle concerne surtout les années 1960 et 1970, pendant le règne de celui que l’auteur appelle le prétendu Paul VI.

 

Dans la liste parue le 12 septembre 1978, Pecorelli ne nomme pas Roncalli. Carlo Alberto Agnoli présente et examine ce document dans La massoneria alla conquista della Chiesa (2e éd., E.I.L.E.S., 2001, p. 17–18), sans que cela authentifie chacune des accusations qu’il contient. L’absence de Roncalli se vérifie dans la liste elle-même ; elle ne démontre toutefois pas qu’il n’ait jamais été franc-maçon.

 

5.2. Don Luigi Villa

 

Don Luigi Villa (1918-2012) était un prêtre catholique italien, ordonné en 1942 et missionnaire chez les Comboniens. Il fonda l’institut Operaie di Maria Immacolata et dirigea la revue Chiesa Viva. D’après son propre récit, Pie XII et Padre Pio lui confièrent une mission ; il aurait démasqué l’infiltration maçonnique dans l’Église et défendu la Tradition catholique face aux erreurs postconciliaires.

 

Voici ce que don Luigi Villa rapporte dans Paul VI… bienheureux ? (Éditions Saint-Rémi, 2009, p. 73) :

 

« … on eut la confirmation durant un autre Congrès, promu par l’Institut ‘J. Maritain’, dans les Marches, sur le thème: « Comment sommes-nous arrivés à Vatican II? ». Au nom de la Conférence Épiscopale Italienne, était présent au ‘Congrès’ Mgr. Ruini, alors Secrétaire. Hé bien, « Le thème – écrivit Baldoni – s’est concentré surtout sur la figure du pape Roncalli et sur l’ouverture au monde, au fait que ce pape exceptionnel ait voulu regarder par la fenêtre ».

Mais Mgr. Capovilla révéla – pour la première fois ! – qu’il avait vu le visage du Pontife sillonné de larmes, peu avant de mourir, du fait que d’aucuns affirmaient qu’il avait mis en route un processus qui ne serait pas le bien de l’Église ! Ces ‘larmes’ du pape Roncalli démontrent qu’il n’avait pas du tout prévu les effets négatifs de ses décisions, de ses gestes apostoliques (!!) accomplis sans interpeller ni son secrétaire d’État, le card. Tardini, ni non plus les autres cardinaux responsables des différentes Congrégations compétentes, en particulier celle du Saint Office, alors qu’il écoutait de préférence son prophète-conseiller, son factieux secrétaire personnel, Mgr. Capovilla, à tel point que le card. Tardini en vint à demander de pouvoir abandonner son poste, et le card. Siri, alors Secrétaire de la Conf. Épisc. Italienne, protesta auprès du pape contre cet empiétement inusité et cette manière d’agir inconsidérée de Mgr. Capovilla, mais sans résultat ! »

 

  1. Absence de preuve externe irréfutable et principes thomistes

 

Faute de preuve externe irréfutable, qu’il s’agisse de témoignages oculaires ou de documents authentiques vérifiés par l’Église, il faut suivre le principe thomiste de ne pas prétendre à ce qui excède une raison certaine. Tout suspect bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’une preuve certaine soit apportée : c’est un principe universel du droit.

 

Ainsi, en droit canonique :

Code de droit canonique de 1917, canon 1748, § 2 : « Actore non probante, reus absolvitur. »

En français : « Si le demandeur ne prouve pas, le défendeur est absous. »

On peut encore formuler ce principe de prudence : « De mortuis nihil nisi certum ».

C’est-à-dire : « Des morts, on ne doit dire que ce qui est certain. » L’Église, selon l’auteur, ne juge jamais les morts sur de simples rumeurs, encore moins sur les témoignages de ses ennemis ou de sociétés condamnées.

Un autre principe fondamental du droit romain s’applique également :

« Ei incumbit probatio qui dicit, non qui negat. » (Digeste, 22, 3, 2.)

En français : « La preuve incombe à celui qui affirme, non à celui qui nie. »

Quiconque soutient qu’Angelo Roncalli a appartenu à la franc-maçonnerie doit donc produire des preuves certaines, publiques et objectivement vérifiables. À défaut, l’accusation ne peut être regardée comme un fait historique établi : elle reste une hypothèse ou une opinion.

  1. Première conclusion

 

L’initiation maçonnique d’Angelo Roncalli n’est établie par aucun fait historique certain, indépendant des sources sectaires, des indices et des ouï-dire.

 

Dans la 1re épître à Timothée, 5, 19, saint Paul enseigne : « Contre un prêtre, n’accepte pas d’accusation, si ce n’est sur la déposition de deux ou trois témoins. » L’application de cette règle à un pape relève de l’interprétation de l’auteur. Aucune chaîne concordante de sources primaires publiées et vérifiables, provenant de prélats catholiques fidèles à la doctrine traditionnelle et d’archives ecclésiastiques accessibles, ne confirme les affiliations imputées à Roncalli en Turquie ou ailleurs.

 

Pie XII n’a pris aucune mesure disciplinaire ni porté d’accusation publique contre Roncalli, alors même qu’il suivait discrètement les compromissions diplomatiques. Aucun document original publié n’établit non plus avec certitude une initiation. L’affiliation alléguée relève donc, selon l’auteur, d’une opinion incertaine plutôt que d’un enseignement sûr.

Le 12 janvier 1953, Pie XII créa Angelo Giuseppe Roncalli cardinal. Il le nomma patriarche de Venise au consistoire du 15 janvier 1953 (Acta Apostolicae Sedis, t. 45, 1953, p. 65–71 et 86–87). Roncalli entra à Venise le 15 mars 1953 ; il avait reçu la consécration épiscopale le 19 mars 1925. À la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, il était toujours patriarche de Venise et cardinal-prêtre du titre de Sainte-Prisque.

Si Pie XII avait détenu une preuve certaine de l’appartenance de Roncalli à une société condamnée sous peine d’excommunication, ses nominations successives comme nonce, cardinal et patriarche de Venise seraient difficiles à expliquer.

Aucun document ne prouvant que Pie XII ait eu connaissance d’une telle affiliation, ces promotions constituent un indice historique sérieux contre la certitude de l’accusation.

Les catholiques soucieux de vérité doctrinale doivent rejeter les conjectures sans fondement et demeurer fidèles à la foi immuable, sans céder aux rumeurs.

 

En conclusion, Jean XXIII, reconnu selon ce que plusieurs auteurs appellent l’acceptation pacifique universelle, agit comme un semi-hérétique, sans hérésie formelle publique pendant toute sa vie, et exerça validement son office.

Les accusations de franc-maçonnerie, jugées douteuses, ne peuvent infirmer cette conclusion.

 

  1. L’opinion largement répandue : Jean XXIII était hérétique et donc pas pape

 

Cependant, de nombreux catholiques sédévacantistes jugent fiables les témoignages et les indices d’une affiliation de Roncalli à la franc-maçonnerie. Ils estiment que ces éléments, joints aux autres indices, suffisent à prouver son état d’hérétique.

 

Par respect pour l’opinion de nos confrères, nous ne pouvons que reconnaître que la question reste sans solution définitive et que, pour le moment, nos convictions ne sont que des opinions.

 

Nous sommes tous tenus par ce principe :

« In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas »

 

« Dans les choses nécessaires de la foi, gardons l’unité entre nous ;

dans les opinions, chacun jouit de la liberté ;

en toutes choses, gardons la charité, sans traiter d’hérétique celui qui soutient une opinion différente de la nôtre ou de la vôtre. »

(Adage de 1617 par Mgr. Marco Antonio de Dominis (1560-1624), alors archevêque de Split, dans De republica ecclesiastica libri X, publié à Londres, livre IV, chapitre 8.)

 

Nous développerons cet adage dans un chapitre suivant.

 

  1. Conclusion finale

 

Nous attendons une ou plusieurs preuves absolument probantes, ne laissant aucun doute et capables de convaincre tous les intéressés.

 

Probablement au plus tard, un futur pape pourra trancher définitivement cette question en ayant accès aux archives du Vatican.

 

Que la Providence divine nous garde dans la vérité catholique immuable.

 

  1. Note

Dans le monde sédévacantiste, plusieurs confrères, dont des évêques et des prêtres, défendent une opinion différente de la mienne. J’accepte donc et j’applique l’adage « in fide unitas, in opinionibus libertas, in omnibus caritas ».

Leur nombre assez élevé constitue, à mes yeux, une « évidence extrinsèque » en faveur de leur position, bien que les arguments développés ci-dessus me paraissent présenter une « évidence intrinsèque » en faveur de la mienne. Dans tous les cas, je me soumets par avance à toute décision de l’Église en cette matière.

 

  1. Sources
  2. Elías Chávez, « El gran maestro masón Olivares Santana hallará hermanos en El Vaticano », Proceso, n° 832, octobre 1992, couverture et p. 6–8. Les propos attribués à Vázquez Rangel sont connus ici par les relais mentionnés aux entrées 2 et 3.
  3. John Kenneth Weiskittel, « Freemasons and the Conciliar Church », The Athanasian, vol. 14, n° 4, 1er juin 1993 ; reprise d’un communiqué de Mary Ball Martinez relatif à Proceso.
  4. Francesco Ricossa, « Il Papa del Concilio. Diciannovesima puntata: Giovanni XXIII e la massoneria », Sodalitium, année 12, n° 42, janvier 1996, p. 3–17, notamment p. 4 et note 3, p. 15. Cette dernière renvoie à C.D.L. Reporter, n° 179, mai 1995, p. 14.
  5. Pier Carpi, Le profezie di papa Giovanni, Edizioni Mediterranee, 1976 ; Les Prophéties du pape Jean XXIII, traduction française, 1976, édition de poche, 1978.
  6. Franco Bellegrandi, Nichitaroncalli: Controvita di un Papa, Rome, International E.I.L.E.S., 1994, p. 55, 61–62 et 175–176.
  7. Gioele Magaldi, avec Laura Maragnani, Massoni. Società a responsabilità illimitata. La scoperta delle Ur-Lodges, Chiarelettere, 2014.
  8. Clément XII, constitution In eminenti apostolatus specula, 28 avril 1738.
  9. Léon XIII, encyclique Humanum genus, 20 avril 1884.
  10. Codex Iuris Canonici, 1917, canons 2335, 1939, § 1, et 1748, § 2.
  11. Jacques Crétineau-Joly, L’Église romaine en face de la Révolution, t. 2, Paris, Henri Plon, 1859, p. 82–90.
  12. Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, 2-2, question 70, article 3.
  13. Concile Vatican 1, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870.
  14. Carmine Pecorelli, liste publiée dans OP — Osservatore Politico, 12 septembre 1978.
  15. Carlo Alberto Agnoli, La massoneria alla conquista della Chiesa, 2e éd., E.I.L.E.S., 2001, p. 17–18.
  16. Luigi Villa, Paul VI… bienheureux ?, Éditions Saint-Rémi, 2009, p. 73.
  17. Digeste, 22, 3, 2.
  18. Première épître de saint Paul à Timothée, 5, 19.
  19. Acta Apostolicae Sedis, t. 45, 1953, p. 65–71 et 86–87.
  20. Jean XXIII, encyclique Ad Petri cathedram, 29 juin 1959.

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