Objection contre la certitude ou infaillibilité
de l’A.U.P. et du F.D. de papes
“L’Eglise aurait de fait ignoré où était sa tête pendant 40 ans lors du Grand Schisme.”
Table des matières
Introduction
I. Exposé historique du Grand Schisme d’Occident
I.1. L’élection d’Urbain VI
I.2. La contestation postérieure et l’élection de Clément VII
I.3. Apparition de la ligne de Pise
II. Principe catholique fondamental : Ubi Petrus, ibi Ecclesia
III. La reconnaissance initiale d’Urbain VI
III.1. Les faits chronologiques établis
III.2. Portée théologique de cette reconnaissance
IV. Nature réelle du schisme
IV.1. Distinction entre Église et obédiences schismatiques
IV.2. Schisme matériel et schisme formel
V. Le fait dogmatique et son infaillibilité
V.1. Définition théologique du fait dogmatique
V.2. Application à l’identité du pape
VI. L’acceptation universelle et pacifique du pape
VI.1. Notion et conditions
VI.2. Valeur dogmatique et certitude infaillible
VII. Application doctrinale au Grand Schisme
VII.1. Absence d’acceptation universelle des antipapes
VII.2. Confirmation indirecte du principe dogmatique
VIII. L’abdication de Grégoire XII
VIII.1. Nature et portée de l’acte
VIII.2. Absence de reconnaissance des antipapes
Conclusion
Liste des sources doctrinales et historiques
Introduction
Il est parfois objecté contre la certitude ou l’infaillibilité de l’acceptation universelle et pacifique du pape et du fait dogmatique qui en découle que, durant le Grand Schisme d’Occident, l’Église aurait ignoré pendant près de quarante ans où se trouvait sa tête visible.
Cette objection repose sur une confusion entre l’Église en tant que société divine et visible, et les divisions humaines, politiques et pastorales qui ont affecté une partie de la chrétienté latine à la fin du XIVᵉ et au début du XVᵉ siècle.
L’examen attentif des faits historiques, éclairé par la théologie catholique traditionnelle, montre au contraire que le Grand Schisme confirme indirectement la doctrine du fait dogmatique et de l’acceptation universelle et pacifique du pape, au lieu de la ruiner.
- Exposé historique du Grand Schisme d’Occident
I.1. L’élection d’Urbain VI
Le Grand Schisme d’Occident s’étend de 1378 à 1417. À la mort du pape Grégoire XI, les cardinaux réunis en conclave à Rome élurent, le 8 avril 1378, l’archevêque de Bari, qui prit le nom d’Urbain VI.
Tous les cardinaux présents reconnurent formellement cette élection. Ils lui rendirent obédience, participèrent à ses actes publics, concélébrèrent avec lui et exercèrent leurs charges sous son autorité.
I.2. La contestation postérieure et l’élection de Clément VII
Ce n’est que plusieurs semaines puis plusieurs mois après l’élection que certains cardinaux, principalement français, quittèrent Rome et commencèrent à contester rétrospectivement la validité de l’élection.
L’objet de leur plainte était la grande sévérité du pape, que ces cardinaux ne supportaient pas.Le pape voulait réformer la cure romaine, dilinuer le trop somptueux et le relachement.
Mais les causes invoquées officiellement par les cardinaux furent principalement :
la pression populaire romaine durant le conclave, la crainte morale grave et, par voie de conséquence, une prétendue irrégularité canonique de l’élection.
En août et septembre 1378, réunis à Fondi, ces mêmes cardinaux déclarèrent nulle l’élection d’Urbain VI et procédèrent à l’élection d’un autre prétendant, Clément VII, qui s’établit à Avignon.
I.3. Apparition de la ligne de Pise
Plus tard, au début du XVᵉ siècle, un troisième prétendant apparut à la suite du concile de Pise, aggravant encore la division extérieure de la chrétienté latine.
- Principe catholique fondamental : Ubi Petrus, ibi Ecclesia
Contrairement à une opinion erronée, l’Église n’a jamais ignoré son chef pendant le Grand Schisme.
Selon la doctrine catholique constante, il n’y a qu’un seul successeur de Pierre à la fois, et l’unité de l’Église subsiste là où se trouve le pape légitime.
Ubi Petrus, ibi Ecclesia ; ubi papa, ibi Ecclesia.
III. La reconnaissance initiale d’Urbain VI
III.1. Les faits chronologiques établis
Les faits historiques sont clairs et incontestables :
– Urbain VI fut élu par l’ensemble du Sacré Collège présent à Rome.
– Tous les cardinaux reconnurent immédiatement et formellement son élection.
– Cette reconnaissance fut pacifique et universelle parmi les électeurs pendant un certain temps après le conclave.
– La contestation fut postérieure et non immédiate.
III.2. Portée théologique de cette reconnaissance
Cette reconnaissance initiale revêt une importance doctrinale majeure. Elle manifeste une adhésion ecclésiale réelle à la personne d’Urbain VI comme pape légitime, avant toute division ultérieure.
- Nature réelle du schisme
IV.1. Distinction entre Église et obédiences schismatiques
L’histoire parle à juste titre de schisme. Or, le schisme consiste à refuser la soumission au chef légitime de l’Église.
Ceux qui adhèrent à un faux chef se placent hors de l’unité visible de l’Église, même si leur responsabilité peut être atténuée par l’ignorance ou les circonstances.
IV.2. Schisme matériel et schisme formel
Une grande partie des fidèles et du clergé suivit matériellement des antipapes pour des raisons politiques, nationales ou pastorales.
Cela ne signifie nullement que l’Église, en tant que telle, se soit trompée sur l’identité de son chef, seuls ceux qui sont réunis autour de vrai chef et pape, sont les catholiqueset ceux qui le refusent sont des schismatiques.
- Le fait dogmatique et son infaillibilité
V.1. Définition théologique du fait dogmatique
Un fait dogmatique est un fait historique ou juridique non révélé en lui-même, mais dont la vérité est nécessaire pour garantir l’intégrité d’un dogme révélé.
L’identité du pape légitime relève de cette catégorie, car elle conditionne l’adhésion au dogme de la primauté pontificale.
V.2. Application à l’identité du pape
L’Église est infaillible dans la reconnaissance du pape légitime lorsque cette reconnaissance est universelle et pacifique.
Il est théologiquement impossible que l’Église universelle adhère durablement à un faux chef sans cesser d’être la règle prochaine de la foi.
- L’acceptation universelle et pacifique du pape
VI.1. Notion et conditions
L’acceptation universelle signifie l’adhésion morale de l’épiscopat et des fidèles catholiques.
L’acceptation pacifique signifie l’absence de contestation durable au sein de l’Église en tant que telle.
VI.2. Valeur dogmatique et certitude infaillible
Cette acceptation ne crée pas la papauté, mais manifeste infailliblement l’existence du pape légitime.
Elle constitue un signe certain, garanti par l’assistance divine promise à l’Église.
VII. Application doctrinale au Grand Schisme
VII.1. Absence d’acceptation universelle des antipapes
Durant le Grand Schisme, aucun des antipapes ne bénéficia d’une acceptation universelle et pacifique.
La division manifeste des obédiences prouve précisément l’absence du critère dogmatique requis.
VII.2. Confirmation indirecte du principe dogmatique
Ainsi, le Grand Schisme ne réfute pas la doctrine du fait dogmatique, mais en confirme négativement la portée : là où l’acceptation universelle fait défaut, la certitude dogmatique fait défaut également.
VIII. L’abdication de Grégoire XII
VIII.1. Nature et portée de l’acte
Le pape Grégoire XII, de la ligne romaine, abdiqua librement au concile de Constance afin de lever tout obstacle à la paix et à la réunion des nombreux chrétiens devenus au moins materialter schismatiques.
VIII.2. Absence de reconnaissance des antipapes
Cette abdication ne constitua en aucun cas une reconnaissance de la légitimité des antipapes, mais un acte de renoncement héroïque pour le bien supérieur de l’Église.
Conclusion
Il faut donc conclure avec certitude :
– l’unité théologique de l’Église est demeurée intacte pendant tout le Grand Schisme ;
– la division fut pastorale et politique, non doctrinale ;
– l’Église n’a jamais reconnu universellement de faux papes ;
– le principe du fait dogmatique et de l’acceptation universelle et pacifique du vrai pape demeure pleinement valide et confirmé par l’histoire.
Liste des sources doctrinales et historiques
– Saint Robert Bellarmin, De Romano Pontifice
– Jean de Saint-Thomas, Cursus Theologicus
– Baronius, Annales Ecclesiastici
– Pallavicini, Histoire du Concile de Trente, considérations historiques sur le schisme
– Dom Prosper Guéranger, études historiques sur l’Église
– Historiens ecclésiastiques catholiques classiques antérieurs au XXᵉ siècle