La Thèse Siri « le Pape Rouge » Cardinal Siri

La Thèse Siri : Pour et Contre

Une présentation historique, canonique et théologique objective des arguments concernant l’élection présumée du Cardinal Giuseppe Siri comme Pape Grégoire XVII lors des conclaves de 1958 et 1963

 

Table des matières  

  1. Introduction  
  2. Chapitre 1 – Arguments en faveur de la Thèse Siri  
  3. Chapitre 2 – Arguments contre la Thèse Siri  
  4. Bibliographie  

 

  1. Introduction

La Thèse Siri est une hypothèse controversée au sein de certains milieux traditionalistes et sédévacantistes. Elle affirme que le Cardinal Giuseppe Siri (1906-1989), archevêque de Gênes, a été élu pape lors du conclave de 1958 (et selon certains également en 1963) sous le nom de Grégoire XVII, mais que son élection a été annulée ou déclarée invalide sous une pression extérieure.

 

Ce document rassemble de manière complète et objective tous les arguments, preuves, citations et références présentés par les deux parties.

 

  1. Chapitre 1 – Arguments en faveur de la Thèse Siri

 

Prologue : Les faits du conclave du 26 octobre 1958

Le 26 octobre 1958, de la fumée blanche est sortie de la cheminée de la Chapelle Sixtine, à deux reprises : vers 11h53 (matin) et vers 17h53-18h00 (après-midi). La Radio Vaticane a annoncé : « La fumée est blanche… Il n’y a absolument aucun doute. Un pape a été élu. » La foule a crié « Viva il Papa ! ». Quelques minutes plus tard, la fumée est devenue noire et l’annonce a été retirée en la qualifiant d’« erreur ». Ce n’est que le 28 octobre 1958 que le Cardinal Angelo Roncalli a été élu comme Jean XXIII.

 

Source : The New York Times, 27 octobre 1958 : « La fumée qui est apparue peu avant midi était au début purement blanche… Des cris de “Viva il Papa !” se sont élevés… Un prêtre qui agissait comme annonceur officiel pour la Radio Vaticane a crié avec excitation : “Elle est blanche, elle est blanche ! Nous avons un pape !” … »

 

Preuve (1) : La fumée blanche et l’annonce

La fumée blanche indique traditionnellement une élection réussie. L’annonce explicite de la Radio Vaticane indique, selon les partisans, que le Cardinal Giuseppe Siri a été élu pape Grégoire XVII lors du troisième ou quatrième scrutin. La fumée noire ultérieure aurait été la conséquence d’une pression extérieure.

 

Preuve (2) : Documents du FBI et des services de renseignement via Paul L. Williams

Paul L. Williams, The Vatican Exposed: Money, Murder, and the Mafia (Prometheus Books, 2003, pp. 90-92) : « Au troisième scrutin, Siri a obtenu, selon des sources du FBI, le nombre de voix nécessaire et a été élu pape Grégoire XVII. […] Mais les cardinaux français ont annulé les résultats en arguant que l’élection provoquerait des émeutes généralisées et l’assassinat de plusieurs évêques éminents derrière le Rideau de fer, car Siri était connu comme un anticommuniste déclaré et inflexible. » Il fait référence à des documents déclassifiés du Département d’État américain (1958 et 1961).

 

Preuves de pression et de menaces

Selon le Prince Paul Scortesco (neveu du Prince Sigismondo Borghese, président du conclave de 1963), le cardinal Eugène Tisserant aurait quitté la Chapelle Sixtine pendant le conclave pour contacter des représentants de la B’nai B’rith. Il leur aurait annoncé que le trop conservateur Siri avait été élu, sur quoi ils auraient répondu qu’il pouvait utiliser comme argument que cela entraînerait immédiatement de nouvelles persécutions contre l’Église. Scortesco affirme que Tisserant est ensuite revenu et a favorisé l’élection de Montini (Paul VI).

 

Cette affirmation repose exclusivement sur les écrits du Prince Scortesco (Louis Hubert Remy, Sous la Bannière n° 6, juillet-août 1986).

 

Contexte étendu des cardinaux français

Selon Paul L. Williams et d’autres partisans de la Thèse Siri, les cardinaux français (notamment le cardinal Tisserant et des groupes plus progressistes) craignaient qu’un pape conservateur comme Siri, connu comme un anticommuniste très rigide et virulent, ne provoque des représailles immédiates et graves de la part des régimes communistes derrière le Rideau de fer. On redoutait des émeutes généralisées, des arrestations, des tortures et des assassinats d’évêques et de prêtres emprisonnés ou persécutés en Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Union soviétique. C’est pourquoi ils préféraient un pape moins confrontant et plus « dialoguant », mieux adapté à une politique de détente dans le contexte de la Guerre froide.

 

Ce qui se cachait derrière cette manœuvre des cardinaux français était encore plus sinistre : les fm voulaient se débarrasser de l’Église par infiltration et en introduisant un pape progressiste, afin de la vider de l’intérieur. Nous le savons grâce aux documents fuités de l’« Alta Vendetta » publiés par Crétineau-Joly. Nous voyons d’ailleurs aujourd’hui les résultats : comment l’Église, après Vatican II, sous les papes libéraux (et v m-isants) Jean XXIII et Paul VI, se trouve dans un état de massive apostasie et de crise sans précédent. Un Siri conservateur aurait contrecarré ces plans en étant simplement un bon pape non libéral (et non v m-isant). C’est pourquoi il y a eu ce complot du cardinal Tisserant avec la loge  B’nai B’rith, conjointement avec les autres libéraux, pour rallier le reste du conclave avec cette histoire de « réaction communiste », qui n’était donc qu’un stratagème de guerre.

 

Le Dr J.P.M. van der Ploeg OP aurait déclaré que Tisserant a menacé Siri dans la sacristie : « Si vous ne renoncez pas, nous saurons bien vous trouver, vous et votre nombreuse famille à Gênes. »

 

En 1963, Malachi Martin (The Keys of This Blood, Simon & Schuster, 1990, pp. 607-609) décrit un scénario similaire : Siri a obtenu les voix mais a répondu « Non accepto » (Je n’accepte pas), parce qu’il craignait de « graves dommages ». Martin parle d’une « petite brutalité » : une conversation avec un envoyé d’une organisation internationale.

 

Confession ultérieure de Siri lui-même : Témoignage du Père Peter Khoat Van Tran

Vers la fin de sa vie, le Cardinal Siri aurait avoué au prêtre vietnamien Père Peter Khoat Van Tran qu’il était bel et bien le Pape Grégoire XVII. Il aurait admis avoir renoncé sous la contrainte et avoir créé des cardinaux secrets qui ont élu sous terre un successeur (base du mouvement Siri).

 

Le Père Khoat Van Tran a rencontré Siri à plusieurs reprises en 1988-1989 à Rome (au monastère Istituto Ravasco où Siri célébrait la messe) et a obtenu ces aveux après des questions répétées. Siri aurait dit qu’il était « prisonnier » et craignait pour sa vie s’il agissait ouvertement. Siri est mort le 2 mai 1989.

 

Références :

– Témoignages personnels du Père Peter Khoat Van Tran (notamment déclaration manuscrite du 20 mai 2006, publiée sur thepopeinred.com et dans Today’s Catholic World).

– Magnus Lundberg, « Modern Alternative Popes 15: The Cardinal Siri Thesis » (15 mai 2016).

 

Évaluation théologique et canonique

Les canons 172 §1 et 185 du Codex Iuris Canonici (1917) rendent une élection ou une renonciation sous grave crainte ou contrainte injuste invalide. Le mouvement Siri considère la succession souterraine comme légitime.

 

Conclusion du Chapitre 1

Selon les partisans, la fumée blanche, les documents du FBI et des services de renseignement, les preuves de menaces et de pression (Tisserant et Malachi Martin) ainsi que la confession ultérieure de Siri lui-même au Père Khoat Van Tran forment un ensemble cohérent. Ces éléments prouvent, selon eux, que le cardinal Siri a bien été élu pape Grégoire XVII le 26 octobre 1958, mais qu’il a été contraint, sous une lourde pression extérieure, de retirer son acceptation. Par conséquent, son élection serait restée valide, il aurait été le pape légitime, et les élections ultérieures de Jean XXIII et de ses successeurs seraient invalides.

 

  1. Chapitre 2 – Arguments contre la Thèse Siri

 

Prologue : Les faits du conclave du 26 octobre 1958

 

Réfutation de la fumée blanche et de l’annonce

L’apparition de fumée blanche et l’annonce de la Radio Vaticane sont expliquées techniquement par les opposants. Selon The New York Times du 27 octobre 1958, la fumée était en réalité grisâtre. La fumée du matin était probablement due à une combustion incomplète de la paille, ce qui a rendu la fumée noire attendue plus claire. Pour la fumée de l’après-midi, apparue après la tombée de la nuit, la fumée noire était éclairée par en dessous par des projecteurs, ce qui la faisait paraître blanche. La Radio Vaticane a rapidement retiré l’annonce lorsqu’elle a réalisé qu’il n’y avait pas eu d’élection définitive. De tels incidents de couleurs de fumée confuses se sont produits à plusieurs reprises lors de conclaves en raison de la combustion traditionnelle des bulletins de vote avec de la paille humide, qui ne produit pas toujours une couleur noire ou blanche nette.

 

Réfutation des documents du FBI et des services de renseignement via Paul L. Williams

L’affirmation selon laquelle des sources du FBI confirmeraient que Siri a été élu au troisième scrutin n’est pas traçable vers un quelconque document officiel déclassifié. Williams fait référence, dans les éditions ultérieures et les interviews, de manière de plus en plus vague à « une source du FBI » sans donner de référence concrète ni de numéro de document. Les critiques considèrent donc cela comme une preuve insuffisante.

 

Réfutation des pressions et menaces

Ces affirmations reposent sur du ouï-dire. Siri lui-même a déclaré en 1985 à Louis Hubert Remy (Sous la Bannière, n° 6, juillet-août 1986) : « Non, personne n’a quitté le conclave. » Malachi Martin souligne que Siri a indiqué que son « Non accepto » était libre.

 

Réfutation de la confession ultérieure : Témoignage du Père Peter Khoat Van Tran

Le témoignage de Khoat Van Tran est fortement contesté. Il a rencontré Siri en 1988-1989, mais a donné des récits contradictoires : en 1988, Siri aurait nié trois fois être pape ; ce n’est qu’après la mort de Siri (1989) qu’il aurait affirmé que Siri avait confirmé l’élection et créé des cardinaux secrets.

 

Khoat Van Tran, qui prétendait avoir été ordonné évêque par le Cardinal Siri et élevé au cardinalat « in pectore » (en secret), a ensuite quitté le sacerdoce, s’est marié (« son épouse » s’appelle Nguyen Thi Giang Huong) et a eu au moins deux fils. Il est décrit comme un homme d’affaires international. Son ordination (1967) n’a jamais été officiellement confirmée ; il ne figure pas dans les annuaires catholiques de 1967 ou 1968. Les critiques le considèrent comme peu crédible.

 

Références pour cette critique :

– T. Stanfill Benns, « Gregory XVIII / ‘Fr.’ Tran Van Khoat fraud exposed ! », Betrayed Catholics, 2018.

– Magnus Lundberg (2016) note que les affirmations reposent uniquement sur les propres témoignages de Khoat.

 

Réfutation par le comportement de Siri lui-même

Un argument très lourd contre la Thèse Siri est constitué par le comportement public et constant du cardinal Siri lui-même après 1958. Il a ouvertement accepté Jean XXIII et Paul VI comme papes légitimes, a occupé des fonctions importantes sous leur pontificat jusqu’à sa mort en 1989 et est resté en pleine communion avec les papes postconciliaires, dont Jean-Paul Ier et Jean-Paul II.

 

Siri s’est même agenouillé devant ces papes (il existe des photos où il apparaît dans une attitude de respect et de soumission, agenouillé devant Jean-Paul Ier et Jean-Paul II). Il a participé activement aux quatre sessions du Deuxième Concile du Vatican (1962-1965) en tant que père conciliaire. Il est intervenu à plusieurs reprises, a été membre de commissions importantes et a même présidé une partie de la Conférence épiscopale italienne (CEI) pendant le concile. Il a signé et approuvé les seize documents de Vatican II, y compris les constitutions controversées telles que Lumen Gentium et Sacrosanctum Concilium.

 

Après le concile, il a concélébré la Novus Ordo et a juré fidélité aux papes successifs. Il a même tenté de convaincre l’archevêque Marcel Lefebvre de se soumettre au pape et d’accepter les normes conciliaires afin d’éviter un schisme.

 

Argument supplémentaire et décisif : perte ipso facto de toutes les charges ecclésiastiques par acceptation de Vatican II

Par son acceptation ouverte et constante du Deuxième Concile du Vatican et de tous ses documents, le cardinal Siri s’est associé à plusieurs hérésies publiques contenues dans ces textes conciliaires (telle que la liberté civile absolue de religion, la reconnaissance des sectes non catholiques comme « moyens de salut », l’assimilation des religions non chrétiennes à un « rayon de vérité », la relativisation de la primauté du pape et de la collégialité, la vision anthropocentrique de l’homme comme centre de la création, la neutralité de l’État en matière religieuse, etc.).

 

Selon la cinquième et commune opinion des théologiens (Bellarmin, Ballerini, Wernz-Vidal, Billot, etc.) et selon le Codex Iuris Canonici de 1917 (canon 188 §4), un clerc qui tombe publiquement dans l’hérésie perd ipso facto et sans aucune déclaration formelle toutes ses charges ecclésiastiques. Cette perte est immédiate et radicale, car l’hérésie publique exclut la personne de l’Église en tant que membre et la rend donc inapte à exercer toute charge ou juridiction.

 

Cette règle s’applique sans exception au cardinalat et, dans l’hypothèse, à un éventuel pontificat. Un pape qui tombe dans l’hérésie publique perd ipso facto le pontificat, car il n’est plus membre de l’Église et ne peut donc plus en être le chef (Bellarmin, De Romano Pontifice, lib. II, cap. 30 ; canon 188 §4).

 

La participation active de Siri au concile, sa signature de tous les documents et son respect ultérieur des réformes conciliaires (y compris la Novus Ordo) le rendent coresponsable de ces hérésies publiques. Par conséquent, selon la doctrine de l’Église, il a perdu ipso facto toutes ses charges ecclésiastiques, y compris le cardinalat et tout éventuel pontificat qu’il aurait possédé selon la Thèse Siri. Ce comportement est incompatible avec l’idée qu’il aurait été le vrai pape Grégoire XVII.

 

Réfutation théologique et canonique

Même dans l’hypothèse d’une contrainte, prévaut le fait dogmatique de l’acceptation universelle et pacifique d’un pape par l’Église entière. Le cardinal Louis Billot écrit à ce sujet dans Tractatus De Ecclesia Christi (5e édition, Romae : apud aedes Universitatis Gregorianae, 1927) :

 

> « … quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur l’hypothèse dont il a été question plus haut, ce seul point doit être tenu pour absolument inébranlable et placé hors de tout doute : l’acceptation par l’Église universelle sera toujours en elle-même un signe infaillible de la légitimité de la personne du Pape, et en outre de l’existence de toutes les conditions requises pour une telle légitimité. »

 

Cette doctrine, fondée sur les promesses infaillibles du Christ, rend, selon les opposants, la Thèse Siri théologiquement insoutenable.

 

Conclusion du Chapitre 2

Historiquement, il manque une preuve primaire ; le témoignage de Khoat Van Tran est contradictoire et discrédité ; le comportement constant de Siri – y compris sa participation active à Vatican II, sa signature de tous les documents et son attitude d’agenouillement devant les papes postconciliaires – constitue une objection pratique très lourde ; et théologiquement, la thèse se heurte au fait dogmatique de l’acceptation universelle selon Billot. De plus, Siri a perdu ipso facto toutes ses charges ecclésiastiques par son acceptation des hérésies de Vatican II, y compris le cardinalat et un éventuel pontificat.

 

  1. Bibliographie

– The New York Times, 27 octobre 1958.

– Williams, Paul L. The Vatican Exposed. Prometheus Books, 2003, pp. 90-92.

– Martin, Malachi. The Keys of This Blood. Simon & Schuster, 1990, pp. 607-609.

– Remy, Louis Hubert. « Le pape : serait-ce le Cardinal Siri ? », Sous la Bannière n° 6, juillet-août 1986.

– Lundberg, Magnus. « Modern Alternative Popes 15: The Cardinal Siri Thesis », 15 mai 2016.

– Benns, T. Stanfill. « Gregory XVIII / ‘Fr.’ Tran Van Khoat fraud exposed ! », Betrayed Catholics, 2018.

– Codex Iuris Canonici, 1917, cann. 172 §1 et 185.

– Billot, Cardinal Louis. Tractatus De Ecclesia Christi, Editio quinta, Romae : apud aedes Universitatis Gregorianae, 1927 (surtout Thèse 29).

– The Pope in Red / Today’s Catholic World (publications pro-Siri avec les témoignages de Khoat, 2006-2008).

 

Pax Christi.

 

NB

 

Discours du Card. Siri en l’honneur de Jean XXIII

(1958)

 

Référence :

Ce discours a été publié sur le site Tradition in Action :

https://www.traditioninaction.org/ProgressivistDoc/A_148_Siri-J23.html

(Le texte italien original et la photocopie sont également disponibles sur ce site, provenant du site Cardinal Siri, maintenu par un groupe de chercheurs génois.)

 

Dans le but d’aider les lecteurs à comprendre les erreurs de certains traditionalistes qui s’imaginent que le cardinal Giuseppe Siri, archevêque de Gênes, a été élu pape à la place de Jean XXIII, nous publions ici le texte du discours prononcé par le prélat lors d’une cérémonie d’action de grâce pour l’élection de Jean XXIII. Cette cérémonie a eu lieu à Gênes en 1958, dix jours après l’élection papale. Après avoir lu ce discours, il semble impossible de prétendre que le cardinal Siri, soi-disant Grégoire XVII, aurait été privé contre son gré du pontificat par un pape usurpateur imaginaire, Jean XXIII.

 

Discours prononcé lors de la cérémonie d’action de grâce pour l’élection de Jean XXIII (1958)

 

Ce discours a été prononcé par le cardinal Giuseppe Siri, archevêque de Gênes, le 1er novembre 1958, à l’issue de l’office religieux célébré dans sa cathédrale Saint-Laurent en reconnaissance de l’élévation de Jean XXIII au pontificat.

 

Le jour de la Toussaint, un spectacle grandiose et serein illumine les âmes de tous les croyants : c’est le spectacle de ceux qui, à travers les siècles, ont obtenu la Rédemption du Christ – que ce soit le Christ qui devait venir ou le Christ qui est venu – et qui vivent et règnent maintenant avec Lui pour tous les siècles dans la gloire éternelle.

 

Là [au Ciel], ils reconstituent la vraie et durable famille humaine, la famille de Dieu, sans besoins, sans querelles, sans défaites ni guerres. Eux, les saints, tant les canonisés que les non-canonisés, sont en même temps intensément unis à nous et présents pour nous. Lorsque nous y réfléchissons, les souvenirs chers et agréables de ceux que nous avons aimés et connus reviennent à nous. Ceux qui nous ont précédés dans la vie et dans le labeur font partie de l’assemblée des saints. En eux resplendit ce que sur terre la mort semble avoir terminé ; ils exultent de ce que notre misère humaine essaie chaque jour de vilipender.

 

En ce jour lumineux et serein, lié à notre vie, à nos familles et à nos espérances, je vous ai réunis pour remercier Dieu de l’élection de notre Saint Père Jean XXIII. La grande paternité de Dieu est, depuis la veille du 20 octobre, représentée par ce Pape. En lui nous retrouvons notre Saint Père, dont l’image visible s’était éteinte après la sainte mort de Pie XII. En lui, tous les hommes qui ont des souverains, des chefs et des dirigeants mais n’ont pas de Père, … reconnaissent – de manières et à des degrés différents – les mêmes lignes générales et les mêmes raisons de confiance.

 

Remercions Dieu parce que nous avons à nouveau un Pape.

 

Avoir un Pape n’est pas un miracle, puisque cela fait partie de la constitution ordonnée de l’Église telle qu’établie par Jésus-Christ. Néanmoins, il reste une intense raison de gratitude. En chaque homme élevé sur le Trône de Pierre, nous voyons à nouveau la main providentielle de Dieu sur l’Histoire. Le Vicaire du Christ est toujours un messager de la grâce et de la paix qui viennent de Dieu Lui-même.

 

Moi qui vous parle, j’ai participé à l’élection du Pape, et en tant que participant, j’ai expérimenté comment Dieu – en laissant tous les hommes libres – intervient dans ce genre d’événements qui marquent réellement et solennellement l’Histoire. Il m’est impossible de dire ce que j’ai ressenti lorsque, dans le silence de la Chapelle Sixtine, j’ai entendu la voix du cardinal chargé de compter les bulletins et que j’ai appris que l’élection du Pape avait été accomplie. L’Évangile et l’ordre de la Rédemption se meuvent dans l’Histoire humaine et révèlent ses buts ultimes par le moyen d’un fait concret et visible, social et juridique [l’élection du Pape], établi par l’Église. Le destin des points secondaires de l’Histoire est inclus dans le plan général de la Providence éternelle, avec une référence permanente à l’Évangile et à la Rédemption. Ces considérations sont utiles pour évaluer ce que signifie avoir un Pape, le Chef de l’Église, et pour comprendre quel changement l’élection d’un Pape apporte dans l’Histoire.

 

Nous devons remercier Dieu pour le choix qu’Il a fait. Quiconque connaissait le patriarche de Venise et a suivi les premières, brèves heures de ce pontificat s’est déjà rendu compte de sa grande et lucide fermeté sans vacillations, pleine d’une humanité simple, cordiale, expansive et attrayante. Cela fait croire que, dans l’aura de ce tempérament, la paix, une invitation à la compréhension et une cordialité dans le traitement des autres acquièrent une fonction providentielle dans le monde – un monde qui manque d’estime réciproque et d’un sourire ouvert et confiant. Tout porte à penser que ce type d’homme et de gouvernement nous offre, concrètement et efficacement, une direction et une norme sociale destinées à offrir une vie meilleure et un encouragement à d’innombrables personnes, non seulement aux Européens, mais aussi et surtout aux non-Européens, qui sont restés loin derrière à la table des biens terrestres à cause de la cupidité de l’égoïsme. Tout porte à espérer qu’une nouvelle chaleur sera diffusée pour rendre plus fluides les relations entre catholiques et nos frères séparés.

 

Une nouvelle aurore s’est levée et elle est singulièrement prometteuse. Loué soit Dieu !

 

En remerciant Dieu, la logique nous rappelle le devoir qui nous lie au Vicaire du Christ. Elle exige affection, respect et obéissance. Ce sont les conditions pour recevoir la faveur divine, car personne ne peut prétendre à la faveur divine s’il n’accueille pas celui que Jésus-Christ a choisi, sous la forme et dans la mesure déterminées par Lui. En ce moment, nous devons comprendre clairement que nous ne pouvons jamais séparer Jésus-Christ de Son représentant, le chef visible de l’Église dans le monde. Le geste du Christ choisissant Son Vicaire exige toujours cette fidélité, cette clarté, cette sincérité et ce respect qui lui sont dus.

 

Au milieu des différentes normes éphémères que le monde aime à fabriquer, sachons discerner et évaluer lucidement ce qui provient des passions et de la bassesse, de l’égoïsme et de l’ignorance, et le distinguer de ce qui provient du sacrifice du Calvaire et de l’infinie amabilité de Dieu, d’un enseignement garanti et d’une vérité révélée. Choisissons dans l’Histoire ce qu’elle a de meilleur et ce que l’échec n’a jamais détruit. Chérissons le geste sincère et manifeste d’un père [le Pape], qui demande que toutes les suggestions contraires soient suspendues.

 

Que Dieu protège notre Saint Père et nous accorde la grâce d’être fidèles à l’intégrité de notre Foi et à Sa logique, en étant cohérents jusqu’au bout.

 

 

 

 

Deuxième partie

Card. Siri : Un partisan dévoué de Jean-Paul II

(1985)

 

Référence :

Cette lettre pastorale a été publiée sur le site Tradition in Action :

https://www.traditioninaction.org/ProgressivistDoc/A_149_Siri-JPII.html

(Le texte italien original et la photocopie sont également disponibles sur ce site, provenant du site Cardinal Siri, maintenu par un groupe de chercheurs génois.)

 

Puisque beaucoup de nos lecteurs ont bénéficié de la publication de samedi dernier montrant l’approbation claire du cardinal Giuseppe Siri de Jean XXIII comme pape valide, nous publions aujourd’hui un autre document de l’archevêque défunt de Gênes. Il s’agit d’une courte lettre pastorale que le cardinal Siri a adressée aux paroisses de son archidiocèse pour les préparer à accueillir Jean-Paul II lors de sa visite à Gênes en septembre 1985.

 

Comme dans le document précédent, le contenu de cette lettre rend évident que le cardinal Siri considérait Jean-Paul II comme le pape valide. Cette preuve met fin à la fabrication que certains traditionalistes répandent, selon laquelle Siri ne l’aurait jamais reconnu puisqu’il aurait lui-même été élu pape sous le nom de Grégoire XVII et aurait été contraint de se taire sous une forte pression des papes conciliaires usurpateurs présumés.

 

Lettre pastorale pour le Carême 1985

Le Pape vient à Gênes !

 

Chers frères, chers fidèles,

 

Le jour de Noël 1984, j’ai annoncé que le Souverain Pontife viendrait à Gênes. Maintenant je peux ajouter qu’il ne nous consacrera pas seulement le dimanche 22 septembre, mais aussi le samedi après-midi du 21, disposant ainsi de plus de temps pour être avec le peuple. Cette visite est un grand événement. Pour le rendre clair, je vous invite à faire quelques réflexions avec moi.

 

Rappelons d’abord quelques faits historiques du passé. Pour échapper au désordre à Rome, le pape Gélase II accepta d’être conduit à Gênes par bateau et passa quelque temps dans notre ville. C’est lui qui consacra la cathédrale Saint-Laurent dans notre ville en 1118. Le pape Innocent IV, un Génois de la famille Fieschi, vécut également ici quelque temps après avoir quitté Rome lorsqu’il fut menacé par Frédéric II. Le pape Grégoire XI séjourna à Gênes lors de son retour du Saint-Siège à Rome après l’exil d’Avignon. C’est précisément dans notre ville que sainte Catherine de Sienne, après avoir vaincu ses nombreux doutes, le convainquit de poursuivre le voyage et de restaurer le Siège apostolique dans la Ville éternelle.

 

Au XIVe siècle, Urbain IV eut le plus long séjour à Gênes, résidant dans le bâtiment qui est encore aujourd’hui appelé la « Commenda ». Le dernier pape à y être venu – et cela deux fois – fut Pie VII : la première fois, il traversa la ville comme prisonnier de Napoléon en 1809. La seconde fois, il revint après avoir été libéré pour accomplir la promesse qu’il avait faite en prison de couronner Notre-Dame de Miséricorde en Savoie. Il resta ici quinze jours et logea dans un illustre palais génois. Le jour de l’Ascension, accompagné de quinze cardinaux, il célébra une messe de la Cappella Papale à l’église de l’Annonciation [Annunziata]. Cent soixante-dix ans se sont écoulés ! Maintenant l’Histoire revient !

 

Jean-Paul II est en train de changer l’histoire des papes. Profitant des changements de notre époque, avec les possibilités de voyages rapides, il apporte directement au monde la sollicitude d’un Pasteur. C’est là le point essentiel. Il parcourt les routes du monde pour élever les pensées des hommes vers leur Créateur, offrant ainsi un soutien crucial à leur conscience morale, car sans Dieu la conscience morale n’existe pas ou ne résiste à aucune des grandes tentations. Nous devons apprécier l’importance de ce service qu’il rend à l’humanité : sans cette conscience, les traités sont inutiles et ne servent qu’à tromper les hommes.

 

Mais le pape ne vole pas à travers les continents seulement pour cela. Il vient comme pasteur des âmes : il rappelle aux hommes les vérités qui sauvent ; il les confirme dans la Foi et l’Espérance ; il éveille la Charité ; il défend les faibles par la Vérité ; il appelle à la Justice. Il fait tout cela en faisant un sacrifice visible et continuel. Ses visites sont pastorales. Il aura également une visite pastorale avec nous.

 

J’ai invité le pape au Sanctuaire della Guardia (Sanctuaire de la Madone de la Guardia), et lui, grand dévot de la Madone, a accepté avec joie, nous confirmant ainsi dans notre confiance en la Sainte Vierge. Le sanctuaire est le point de rencontre de nous tous. Les solutions aux préoccupations de notre ville – que nous avons encore parmi nous – passent toujours par cette Colline de la Guardia, qui nous offre la protection la plus sûre.

 

Nous attendons beaucoup de cette visite. Il serait injuste de nous taire à ce sujet.

 

Le pape sera avec nous selon un programme dont les détails seront rendus publics en temps utile.

 

Maintenant je vous invite à réfléchir sur qui est le pape. La valeur de la visite repose sur cela.

 

Il est le Vicaire du Christ. Les paroles de l’Évangile s’appliquent à Jean-Paul II depuis le moment de son élection, tout comme elles s’appliquaient à Pierre : « Tu es Pierre et sur cette pierre Je bâtirai Mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Et Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les Cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les Cieux » (Mt 16,18). La dignité du pape reflète quelque chose de la Majesté de Dieu, et quand nous le voyons, simple et aimable avec tous, nous ne devons jamais oublier qu’il est le Vicaire du Christ.

 

En raison de sa charge, sa bénédiction vaut plus que toutes les autres bénédictions ; pour la même raison, ses prières et toutes ses actions sont plus importantes que les prières et les actions de tous les autres hommes. Pour bien recevoir le pape, nous devons le considérer non seulement comme un souverain dont l’influence n’a pas d’égal dans le monde, mais comme nous recevrions Jésus-Christ Lui-même.

 

Puisque en cette heureuse occasion la Foi est la lumière qui illumine tout et montre ce qu’est la visite d’un pape et comment elle peut nous rapprocher du Seigneur, nous devons faire une préparation spirituelle. Des informations à ce sujet suivront.

 

La visite du pape ne nous met pas seulement en accord avec lui, mais avec Dieu Lui-même !

 

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