Hérésie et Perte de la Charge Papale
Table des matières
- Introduction
- Matthaeus Conte a Coronata (1950)
- Pape Innocent III (1198)
- Saint Antonin de Florence (1459)
- Pape Paul IV (1559)
- Saint Robert Bellarmin (1610)
- Saint Alphonse de Liguori (1787)
- Concile Vatican I et Serapius Iragui (1959)
- J. Wilhelm (1913)
- Caesar Badii (1921)
- Dominic Prummer (1927)
- F.X. Wernz et P. Vidal (1943)
- Udalricus Beste (1946)
- A. Vermeersch et I. Creusen (1949)
- Eduardus F. Regatillo (1956)
- Source des citations
- Introduction
Il peut sembler surprenant aux catholiques qui ont été formés à la doctrine de l’infaillibilité papale qu’un pape, en tant qu’enseignant privé, puisse néanmoins tomber dans l’hérésie et perdre automatiquement sa charge.
Nous reproduisons ici quelques textes de papes, de saints, de canonistes et de théologiens.
Les lecteurs laïcs peuvent ne pas connaître les noms de Coronata, Iragui, Badii, Prummer, Wernz, Vidal, Beste, Vermeersch, Creusen et Regatillo. Ces prêtres étaient des autorités internationalement reconnues dans leurs domaines avant le Concile Vatican II. Nos citations sont tirées des traités massifs qu’ils ont rédigés sur le droit canonique et la théologie dogmatique.
- Matthaeus Conte a Coronata (1950)
« III. Nomination à la charge de la Primauté [c’est-à-dire la papauté]. 1° Ce qui est requis par le droit divin pour cette nomination : (a) La personne nommée doit être un homme qui possède l’usage de la raison, en raison de l’ordination que le Primat doit recevoir pour posséder le pouvoir des Saints Ordres. Cela est requis pour la validité de la nomination.
Est également requis pour la validité que l’homme nommé soit membre de l’Église. Les hérétiques et les apostats (du moins les apostats publics) sont donc exclus. »
« 2° Perte de la charge du Pontife romain. Cela peut se produire de diverses manières : …
- c) Hérésie notoire. Certains auteurs nient la supposition selon laquelle le Pontife romain peut devenir hérétique.
On ne peut cependant pas prouver que le Pontife romain, en tant qu’enseignant privé, ne puisse pas devenir hérétique – par exemple, s’il niait de manière contumace un dogme précédemment défini. Une telle impeccabilité n’a jamais été promise par Dieu. En effet, le pape Innocent III admet expressément qu’un tel cas est possible.
Si une telle situation se produisait effectivement, il [le Pontife romain] tomberait, de par le droit divin, de sa charge sans aucune sentence, et même sans sentence déclaratoire. Celui qui professe ouvertement l’hérésie se place lui-même en dehors de l’Église, et il n’est pas vraisemblable que le Christ conserve la Primauté de Son Église en une personne si indigne. C’est pourquoi, si le Pontife romain professait l’hérésie, avant toute sentence condamnatoire (qui serait de toute façon impossible), il perdrait son autorité. »
Institutiones Iuris Canonici. Rome : Marietti, 1:312,316.
- Pape Innocent III (1198)
« Le Pontife romain n’a pas de supérieur sauf Dieu. Qui donc (si un pape « perdait sa saveur ») pourrait le chasser ou le fouler aux pieds – puisque du pape il est dit : « rassemble ton troupeau dans ton bercail ». En vérité, il ne doit pas se flatter de son pouvoir, ni se glorifier témérairement de son honneur et de sa haute dignité, parce que moins il est jugé par l’homme, plus il est jugé par Dieu.
Encore moins le Pontife romain peut-il se glorifier [Minus dico] parce qu’il peut être jugé par les hommes, ou plutôt, peut être montré comme déjà jugé, si par exemple il se flétrissait dans l’hérésie ; parce que celui qui ne croit pas est déjà jugé.
Dans un tel cas, il faudrait dire de lui : « Si le sel perd sa saveur, il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes ». »
Sermo 4.
- Saint Antonin de Florence (1459)
« Dans le cas où le pape deviendrait hérétique, il se trouverait, par ce fait seul et sans aucune autre sentence, séparé de l’Église. Une tête séparée d’un corps ne peut pas, tant qu’elle reste séparée, être la tête du même corps dont elle a été coupée.
Un pape qui serait séparé de l’Église par l’hérésie cesserait donc, par ce fait même, d’être la tête de l’Église. Il ne pourrait pas être hérétique et rester pape, parce que, puisqu’il est en dehors de l’Église, il ne peut pas posséder les clés de l’Église. »
Summa Theologica, cité dans Actes de Vatican I. V. Frond, éditeur.
- Pape Paul IV (1559)
« En outre, s’il apparaissait un jour que quelque évêque (même agissant comme archevêque, patriarche ou primat), ou un cardinal de l’Église romaine, ou un légat (comme mentionné ci-dessus), ou même le Pontife romain (que ce soit avant sa promotion au cardinalat, ou avant son élection comme Pontife romain), ait auparavant dévié de la foi catholique ou soit tombé dans quelque hérésie, Nous édictons, décrétons, déterminons et définissons :
– Une telle promotion ou élection, en elle-même et par elle-même, même avec l’accord et le consentement unanime de tous les cardinaux, sera nulle, légalement invalide et sans effet.
– Il ne sera pas possible que cette promotion ou élection soit considérée comme valide ou soit valide, ni par la réception de la charge, ni par la consécration, ni par l’administration subséquente, ni par la possession, ni même par l’enthronement putatif du Pontife romain lui-même, conjointement avec la vénération et l’obéissance qui lui sont accordées par tous.
– Une telle promotion ou élection ne sera, par aucun laps de temps dans la situation susmentionnée, considérée comme même partiellement légitime d’aucune manière.
– Chacun et tous les mots, ainsi que les actes, les lois, les nominations de ceux ainsi promus ou élus – et en effet, tout ce qui en découle – seront dépourvus de force, et n’accorderont aucune stabilité ni aucun pouvoir légal à qui que ce soit.
– Ceux ainsi promus ou élus, par ce fait même et sans qu’il soit besoin d’aucune déclaration ultérieure, seront privés de toute dignité, position, honneur, titre, autorité, charge et pouvoir. »
Bulle Cum ex Apostolatus Officio. 16 février 1559.
- Saint Robert Bellarmin (1610)
« Un pape qui est un hérétique manifeste (per se) cesse d’être pape et tête, de même qu’il cesse automatiquement d’être chrétien et membre de l’Église. C’est pourquoi il peut être jugé et puni par l’Église. C’est l’enseignement de tous les anciens Pères qui enseignent que les hérétiques manifestes perdent immédiatement toute juridiction. »
De Romano Pontifice, II.30.
- Saint Alphonse de Liguori (1787)
« Si jamais un pape, en tant que personne privée, tombait dans l’hérésie, il tomberait aussitôt du pontificat. »
Œuvres Complètes, 9:232.
- Concile Vatican I (1869) et Serapius Iragui (1959)
« Que dirait-on si le Pontife romain devenait hérétique ? Au Concile Vatican I, la question suivante fut proposée : Le Pontife romain, en tant que personne privée, pourrait-il tomber dans une hérésie manifeste ?
La réponse fut la suivante : « Nous, nous fiant fermement à la providence surnaturelle, pensons que de telles choses ne se produiront très probablement jamais. Mais Dieu ne fait pas défaut dans les temps de nécessité. C’est pourquoi, s’Il permettait Lui-même un tel mal, les moyens d’y faire face ne manqueraient pas. » [Mansi 52:1109]
Les théologiens répondent de la même manière. Nous ne pouvons pas prouver l’impossibilité absolue d’un tel événement [absolutam repugnatiam facti]. Pour cette raison, les théologiens concèdent communément que le Pontife romain, s’il tombait dans une hérésie manifeste, ne serait plus membre de l’Église, et ne pourrait donc pas non plus être appelé sa tête visible. »
Manuale Theologiae Dogmaticae. Madrid : Ediciones Studium, 1959, p. 371.
- J. Wilhelm (1913)
« Le pape lui-même, s’il était notoirement coupable d’hérésie, cesserait d’être pape parce qu’il cesserait d’être membre de l’Église. »
Catholic Encyclopedia. New York : Encyclopedia Press, 1913, 7:261.
- Caesar Badii (1921)
« c) La loi actuellement en vigueur pour l’élection du Pontife romain se réduit à ces points : …
Sont exclus comme incapables d’être validement élus : les femmes, les enfants qui n’ont pas atteint l’âge de raison, ceux qui souffrent de folie habituelle, les non-baptisés, les hérétiques et les schismatiques. …
Cessation du pouvoir pontifical. Ce pouvoir cesse : …
(d) Par hérésie notoire et ouvertement divulguée. Un pape publiquement hérétique ne serait plus membre de l’Église ; pour cette raison, il ne pourrait plus en être la tête. »
Institutiones Iuris Canonici. Florence : Fiorentina, 1921, p. 160, 165.
- Dominic Prummer (1927)
« Le pouvoir du Pontife romain est perdu : …
(c) Par sa folie perpétuelle ou par hérésie formelle. Et cela au moins probablement. …
Les auteurs enseignent en effet communément qu’un pape perd son pouvoir par une hérésie certaine et notoire, mais on doute à juste titre de savoir si ce cas est vraiment possible.
En se basant sur la supposition, cependant, qu’un pape pourrait tomber dans l’hérésie en tant que personne privée (car en tant que pape il ne pourrait pas errer dans la foi, parce qu’il serait infaillible), divers auteurs ont élaboré différentes réponses quant à la manière dont il pourrait alors être privé de son pouvoir. Aucune de ces réponses, néanmoins, ne dépasse les limites de la probabilité. »
Manuale Iuris Canonici. Fribourg-en-Brisgau : Herder, 1927, p. 95.
- F.X. Wernz et P. Vidal (1943)
« Par hérésie notoire et ouvertement divulguée, le Pontife romain, s’il tombait dans l’hérésie, est considéré, par ce fait même [ipso facto], comme privé du pouvoir de juridiction même avant tout jugement déclaratoire de l’Église. …
Un pape qui tombe dans l’hérésie publique cesserait ipso facto d’être membre de l’Église ; par conséquent, il cesserait aussi d’être la tête de l’Église. »
Ius Canonicum. Rome : Grégorienne, 1943, 2:453.
- Udalricus Beste (1946)
« Nombre de canonistes enseignent que, en dehors de la mort et de l’abdication, la dignité pontificale peut également être perdue par une folie certaine, qui est juridiquement équivalente à la mort, ainsi que par une hérésie manifeste et notoire. Dans ce dernier cas, un pape tomberait automatiquement de son pouvoir, et cela sans l’émission d’aucune sentence, car le premier Siège [c’est-à-dire le Siège de Pierre] n’est jugé par personne.
La raison en est que, en tombant dans l’hérésie, le pape cesse d’être membre de l’Église. Celui qui n’est pas membre d’une société ne peut évidemment pas en être la tête. Nous ne trouvons aucun exemple de cela dans l’histoire. »
Introductio in Codicem, 3e éd. Collegeville : St John’s Abbey Press, 1946. Canon 221.
- A. Vermeersch et I. Creusen (1949)
« Le pouvoir du Pontife romain cesse par la mort, la démission libre (qui est valide sans besoin d’aucune acceptation, c.221), la folie certaine et indubitablement perpétuelle, et l’hérésie notoire.
Au moins selon l’enseignement le plus commun, le Pontife romain en tant qu’enseignant privé peut tomber dans une hérésie manifeste. Alors, sans aucune sentence déclaratoire (car le Siège suprême n’est jugé par personne), il tomberait automatiquement [ipso facto] d’un pouvoir que celui qui n’est plus membre de l’Église est incapable de posséder. »
Epitome Iuris Canonici. Rome : Dessain, 1949, p. 340.
- Eduardus F. Regatillo (1956)
« Le Pontife romain cesse en charge : …
(4) Par hérésie publique notoire ? Cinq réponses ont été données :
- « Le pape ne peut pas être hérétique même comme enseignant privé. » Une pensée pieuse, mais essentiellement non fondée.
- « Le pape perd sa charge même par hérésie secrète. » Faux, parce qu’un hérétique secret peut être membre de l’Église.
- « Le pape ne perd pas sa charge à cause de l’hérésie publique. » Contestable.
- « Le pape perd sa charge par une sentence judiciaire à cause de l’hérésie publique. » Mais qui rendrait la sentence ? Le Siège de Pierre n’est jugé par personne (Canon 1556).
- « Le pape perd sa charge ipso facto à cause de l’hérésie publique. » C’est l’enseignement le plus commun, parce qu’un pape ne serait pas membre de l’Église, et par conséquent encore moins pourrait-il en être la tête. »
Institutiones Iuris Canonici, 5e éd. Santander : Sal Terrae, 1956, 1:396.
- Source des citations
Citations tirées de l’ouvrage savant Traditionalists, Infallibility, and the Pope, du Père Anthony Cekada, 1995.