#1. FSSPX de la Tradition à la Déroute

Mon passage de la FSSPX au sédévacantisme –

souffrir pour la Vérité

Raisons de mon entrée et de ma sortie de la FSSPX

 

Par Eric Jacqmin, prêtre de l’Église catholique

 

Avant mon renvoi le 15 août 2015, j’ai passé vingt-six ans dans la FSSPX, ayant exercé plusieurs charges dans différents pays, et je me suis dépensé sans compter et avec l’intention sincère de servir Dieu, l’Église et les âmes. Je ne me rendais aucunement compte que j’étais dans l’erreur quant à la situation du Siège suprême, et que j’ignorais l’infidélité, et même une certaine perversité, de mes supérieurs.

 

J’avais bien sûr réfléchi, avant d’entrer dans cette congrégation, à quelle doctrine ou opinion était la vraie : le sédévacantisme ou la position « accepter les papes après 1964 et résister » de la FSSPX.

 

L’argument de Monseigneur Archevêque Marcel Lefebvre que je trouvais dans mes recherches était alors celui-ci : un hérétique formel se trouve hors de l’Église, mais pas un hérétique matériel. Pour être formel, l’hérétique doit avoir été admonesté deux fois par ses supérieurs et persévérer dans son erreur. Puisque les papes n’ont pas de supérieurs, ils ne peuvent pas être admonestés convenablement ; donc, même après avoir exprimé publiquement une hérésie, ils ne peuvent jamais devenir hérétiques formels. Par conséquent, ils ne peuvent jamais être considérés ni mis hors de l’Église. Et considérer un vrai pape comme antipape est schismatique, ce qui est à éviter comme l’enfer.

 

En 2015, ayant été nommé aumônier au Carmel de Quiévrain, j’avais plus de temps pour étudier. Je trouvai dans le Dictionnaire de Théologie Catholique des articles qui démontrent que, selon la Tradition de l’Église, en effet « le Siège suprême n’est jugé par personne », mais qu’il y a cette exception : « sauf si l’on constate qu’il a dévié de la foi ».

 

Je cherchai plus loin et trouvai que cette doctrine est commune dans l’Église. On ne m’en avait jamais parlé dans la FSSPX.

 

Je décidai de consulter l’Église enseignante, c’est-à-dire les évêques de la FSSPX. Il y en avait trois en 2015 :

 

1) Au début du mois de juillet, Mgr Tissier de Mallerais venait visiter le Carmel et prenait les repas avec moi. Je lui fis part de mes trouvailles. Il me répondit que j’avais raison, que Vatican II est hérétique, que Paul VI était hérétique et donc qu’il n’était pas pape jusqu’à sa mort (position sédévacantiste). Mais il m’assura qu’il n’en parlerait pas, ni les autres supérieurs, car sinon la FSSPX perdrait trop de fidèles et de prêtres qui ne voudraient pas suivre. Il m’avertit que je n’avais pas le droit d’en parler aux fidèles ni aux autres prêtres.

 

2) Je téléphonai ensuite à Mgr Bernard Fellay, le supérieur général de la FSSPX à l’époque, pour lui demander ce qui se passait. Il me dit personnellement, en juillet 2015, que j’étais autorisé à être sédévacantiste en privé et à célébrer la messe « non una cum », à condition que : je n’en parle à personne et surtout pas publiquement, et que je mentionne le nom de « François » dans la prière publique (comme pendant le Salut au Très Saint Sacrement ou dans les prières solennelles du Vendredi saint), avec la restriction mentale suivante : « François, pape (comme les gens le pensent) ».

 

Il me disait que les erreurs de Vatican II ne sont pas des hérésies et donc pas assez graves pour considérer un pape comme déchu. Mais il avouait que si un pape profère une hérésie publique, il perdrait sa papauté.

 

Quelque temps plus tard, Mgr Fellay signait une lettre d’accusation d’hérésies adressée au « pape ». La « Correction filiale » (septembre 2017), signée par 250 théologiens, prêtres et universitaires traditionalistes, accusait en effet le « pape » François d’avoir soutenu et propagé sept propositions hérétiques, notamment dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia concernant la famille et les sacrements. Mgr Fellay était le signataire le plus en vue de cette démarche.

 

Mgr Fellay n’a jamais proclamé que François était donc hérétique et antipape. Comportement illogique de la part du supérieur général.

 

3) Mgr de Galarreta avait visité le Carmel quelques semaines plus tard, en ce même mois de juillet 2015, et il se plaignait que les pourparlers et discussions théologiques entre la FSSPX et Rome étaient bloqués sur le point suivant : les théologiens de la FSSPX avaient prouvé que Vatican II est contraire à la Tradition et donc hérétique, mais les théologiens de Rome répondaient : « Nous sommes le magistère vivant, donc nous décidons comment la Tradition doit être comprise, et nous déclarons que Vatican II est en accord avec la Tradition, et inversement. »

 

Je répondis à Mgr de Galarreta qu’il y avait une issue : à savoir que, si la partie saine de l’Église constate que Rome a dévié de la foi, nous pouvons déclarer que le pape est hors de l’Église. Mgr de Galarreta me demanda mes sources. Je les ai toutes imprimées et lui ai remises et Mgr de Galarreta m’a remercié plus tard en disant que c’était très intéressant.

 

Les sœurs du Carmel se rendaient compte après un certain temps que je ne disais plus les prières pour le « pape » au Salut du Très Saint Sacrement comme habituellement, mais que je les changeais en une autre formule. Elles me menaçaient de me mettre dehors. Elles ont consulté Mgr de Galarreta, mais il leur dit : « Laissez-le faire. »

 

  • Plus tard avant de me renvoyer pour ces “deux causes de sedevacantisme et de critique des supérieurs”, l’évêque Fellay m’avait également dit : « Vous avez besoin de la FSSPX plus que vous ne le pensez. » Oui, j’avais soixante-trois ans, sans épargne, sans famille aisée, avec seulement une poignée de fidèles prêts à me suivre. Je n’avais pas d’allocations de chômage ni de pension. Je n’avais que l’Évangile, qui dit : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. » J’ai donc fait confiance à Jésus plus qu’à cet évêque indigne et… je n’ai jamais manqué de rien. Apparemment, c’est quelque chose que Mgr Fellay n’avait pas prévu.

Saint Jean de la Croix, Docteur de l’Eglise et le plus grand auteur mystique de tous les temps,  avertissait avec gravité que lorsqu’on n’ose plus dire aux supérieurs ce qu’il convient de dire, par faiblesse, pusillanimité ou crainte de leur déplaire, il faut considérer l’Ordre comme gravement malade, voire le pleurer comme perdu. Selon le témoignage du P. Élisée des Martyrs, il disait : « Si no osaren decir lo que conviene… tengan la Orden por perdida. » — « Si l’on n’ose pas dire ce qu’il convient de dire… qu’on tienne l’Ordre pour perdu. » Cette parole rappelle qu’une véritable vie religieuse exige non seulement l’obéissance, mais aussi la franchise respectueuse et le courage de la vérité et que les supérieurs doivent recevoir des remarques justes et prendre les mesures appropriées.

Source : témoignage de Fr. Eliseo de los Mártires, « Dictámenes » sur saint Jean de la Croix, traditionnellement cité comme Dictamen 13, espagnol.

  • La Mère Supérieure du Carmel de Quiévrain, pour lequel j’ai servi comme aumônier, m’a réprimandé et menacé à la mi-août 2015 : « Nous prions pour que vous mouriez avant de commettre un péché mortel en devenant sédévacantiste. » Elle a refusé d’écouter mes arguments et elle m’a même menacé que, pendant le sermon, elle ferait chanter le Credo très fortement à toutes les sœurs si j’osais dire quoi que ce soit aux fidèles, pour empêcher qu’il soit entendu. J’ai abandonné le sermon pour ne pas faire de guerre pendant la Messe, ce que je considérais comme un sacrilège. J’ai parlé avec les fidèles à part à l’occasion.

 

Elle a ajouté plus tard avant que je quitte : « Nous avions déjà prié pour un autre prêtre qui était sur le point de tomber dans le péché mortel, et il est mort. »

 

… Je suis toujours en vie à soixante-treize ans et en bonne santé. J’avais oublié de lui répondre : « Priez pour la même grâce pour vous-même. »

 

  • D’autres membres de la Fraternité en dessous de la mesure…

Mgr Lefebvre avouait à l’époque que 15 pour cent des fidèles traditionnels sont sédévacantistes. Et Mgr Fellay me disait que plusieurs prêtres dans la FSSPX ont accepté la « restriction mentale ». En effet, je connais un prêtre de la FSSPX qui célèbre secrètement la messe non una cum, mais qui n’a pas le courage de quitter la FSSPX. D’autres m’ont dit : « Nous pensons comme vous, mais nous ne le prenons pas autant au sérieux. » Je ne comprends pas comment les prêtres peuvent être si laxistes.

 

Je peux attester tout cela sous serment si nécessaire. Bien sûr, j’ai refusé d’agir ainsi, car ce serait un péché mortel de tromper les fidèles sur une question aussi importante, et ce serait mentir en face de Dieu Lui-même pendant la Sainte Liturgie. Accepter un antipape comme pape est schismatique. Ensuite il faudrait dire aux fidèles qu’une heure de jeûne suffit pour communier (selon Paul VI après son hérésie) au lieu des trois heures prescrites par Pie XII, ainsi que modifier le jeûne et l’abstinence aux jours prescrits. Tout cela est matière grave ; donc j’aurais plongé les fidèles et moi-même dans des péchés mortels en obéissant à mes supérieurs.

 

L’obéissance s’arrête au péché, d’autant plus au péchés mortels, bien sûr.

 

Ô mon Dieu, donnez-nous le courage de toujours chercher votre volonté et de plutôt mourir que de trahir votre vérité.

 

Notre Dame gardienne de la foi, sauvez-nous.

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