Ordinations et sacre de Mgr Lefebvre par Mgr Liénart douteux

Achille Liénart, la franc-maçonnerie et l’ordination sacerdotale de Marcel Lefebvre

Un texte de critique des sources

 

Table des matières

Introduction

  1. Le témoignage d’André de La Franquerie
  2. La confession à l’article de la mort attribuée au chanoine Descornets
  3. Ce que le récit du lit de mort dit précisément de l’intention sacramentelle
  4. L’ordination de Lefebvre et le critère sacramentel
  5. Conclusion et étape de contrôle vérifiable

Liste des sources

 

 

Introduction

 

Voici le matériel actuellement vérifiable permettant d’admettre qu’Achille Liénart était franc-maçon. En outre, il existe des indications selon lesquelles, lors de l’ordination sacerdotale de Marcel Lefebvre, il aurait eu une intention rendant le sacrement invalide.

 

Ces récits concernant son appartenance ou sa prétendue confession engendrent à tout le moins un soupçon ou un doute. Or le doute n’est pas permis en matière de sacrements. Selon la doctrine de l’Église, un sacrement douteux doit être tenu pour invalide. C’est pourquoi cette étude est importante.

 

Elle indique ce que les sources conservées et consultées démontrent effectivement.

 

  1. Le témoignage d’André de La Franquerie

 

André de La Franquerie écrit dans « L’Infaillibilité pontificale » que Liénart fut initié en 1912 dans une loge de Cambrai, qu’il fréquenta des loges à Cambrai, Lille, Valenciennes et Paris, qu’il fut mentionné en 1919 comme visiteur du dix-huitième degré et qu’il avait atteint le trentième degré en 1924. La Franquerie raconte en outre qu’il rencontra à Lourdes un ancien franc-maçon, désigné comme « Monsieur B… », qui déclara avoir reconnu Liénart dans une loge. [1]

 

Ernest Larisse a identifié plus tard « Monsieur B… » comme Achille Billiet. Son article reprend le passage de La Franquerie et mentionne la deuxième édition, pages 80–81. Il fournit ainsi une indication utile pour vérifier l’identité de Billiet et le lieu de la citation. [2]

 

Une précision bibliographique s’impose ici : la Bibliothèque nationale de France mentionne une édition ancienne de l’ouvrage de La Franquerie ne comptant que 66 pages et une deuxième édition de 1973 comptant 116 pages. Une référence aux pages 80 ou 81 ne peut donc concerner que l’édition augmentée.

 

La Franquerie se qualifie lui-même de « camérier secret », en français camérier secret pontifical (« camerlingue » est un autre office). [1]

 

  1. La confession à l’article de la mort attribuée au chanoine Descornets

 

La publication circonstanciée la plus ancienne actuellement trouvée de ce récit est celle de Max Barret dans « Le Courrier de Tychique » du 25 octobre 2009. Barret expose sa chaîne d’information : un lecteur aurait entendu ceci du chanoine Descornets. Descornets aurait entendu la confession de Liénart avant sa mort. Le récit attribue à Liénart d’être entré dans une loge à l’âge de dix-sept ans et d’avoir atteint plus tard un haut grade. L’affirmation selon laquelle le pénitent donna à Descornets la permission d’en parler fait également partie de cette même déclaration. [3] [11] [4]

 

  1. Ce que le récit du lit de mort dit précisément de l’intention sacramentelle

 

Selon ce récit, Mgr Liénart aurait parlé d’une intention de rendre les ordinations invalides. Barret attribue un plan consistant à faire disparaître à terme, par une réforme de la messe et par la modification de la formation et de l’ordination des prêtres, l’intention sacramentelle valide des célébrants. Son second point est ainsi formulé en français : « rompre la succession apostolique en modifiant le rituel du sacre épiscopal », ce qui se traduit : « rompre la succession apostolique en modifiant le rituel de la consécration épiscopale ». Selon l’explication qui suit, l’intention valide des consécrateurs ultérieurs disparaîtrait progressivement. [3]

 

Le second passage visé concerne une modification proposée du rite de la consécration épiscopale et un prétendu effet ultérieur sur l’intention des consécrateurs futurs. [3]

 

Le passage se trouve chez Max Barret, dans l’article déjà nommé « Le Cardinal Achille Liénart : l’un des principaux “moteurs” de Vatican II ! », Le Courrier de Tychique, n° 307, 25 octobre 2009, sous le deuxième des trois objectifs attribués à Liénart. Barret écrit :

 

« rompre la succession apostolique en modifiant le rituel du sacre épiscopal »

 

Puis il écrit que « progressivement, une dissolution de l’intention des consécrateurs allait s’instaurer ». Selon Barret, la nouvelle formule d’ordination n’était pas invalide en elle-même, mais le rite modifié conduirait finalement à cette perte d’intention.

 

  1. L’ordination de Lefebvre et le critère sacramentel

 

Marcel Lefebvre a déclaré lui-même, dans son sermon jubilaire du 23 septembre 1979, qu’il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1929, dans la chapelle du Sacré-Cœur de la rue Royale à Lille, par l’évêque d’alors, Liénart. Dans une conférence du 27 mai 1976, il a indiqué qu’il avait vu l’accusation de franc-maçonnerie dans la revue Chiesa Viva. Chiesa Viva, n° 51, mars 1976, éditée par Editrice Civiltà à Brescia sous la direction de Luigi Villa. En même temps il a dit, en traduction libre : « Heureusement, les ordinations qu’ils administrent sont valides. » Son jugement ne prouve pas ce qui se passait dans l’intérieur de Liénart, mais il montre que Lefebvre lui-même tenait pour vraie l’accusation d’appartenance de Mgr Liénart à la franc-maçonnerie. [5] [6]

 

La doctrine catholique des sacrements exige que le ministre ait l’intention de faire ce que fait l’Église. Le concile de Florence nomme la matière, la forme et un ministre pourvu de cette intention comme conditions ; Thomas d’Aquin distingue une action sacramentelle consciemment simulée, qui ne produit pas de sacrement, et une intention mauvaise accessoire dans un sacrement réellement administré, qui n’enlève pas par elle-même la validité. Léon XIII déclare que l’usage sérieux de la matière et de la forme requises selon le rite fait présumer l’intention de faire ce que fait l’Église, même lorsque le ministre est hérétique. Cette règle laisse ouverte la possibilité qu’une contre-intention positive concrètement prouvée rende un sacrement invalide. [7] [8] [9] [10]

 

  1. Conclusion et étape de contrôle vérifiable

 

Il existe deux lignées d’origine à examiner pour l’accusation d’appartenance à la franc-maçonnerie : le récit de La Franquerie et le récit ultérieur transmis par Barret au sujet de Descornets. Elles peuvent motiver une recherche d’archives ciblée, mais n’apportent pas une preuve à cent pour cent de certitude. L’intention invalide alléguée lors de l’ordination sacerdotale de Lefebvre en 1929 se déduit comme conclusion du passage littéral du récit du lit de mort. [1] [3]

 

Les ordinations de Mgr Lefebvre deviennent, par ces deux témoignages, au moins douteuses.

 

Liste des sources

 

[1] André de La Franquerie, L’Infaillibilité pontificale : le “Syllabus”, la condamnation du modernisme et la crise actuelle de l’Église, deuxième édition, Vouillé, Diffusion de la pensée française, 1973, 116 pages. Catalogue de la Bibliothèque nationale de France de cette édition et de l’édition plus courte antérieure. La mention des pages imprimées 80–81 est également confirmée par [2] ; la reproduction numérique est paginée autrement.

 

[2] Ernest Larisse, « Un Franc-Maçon miraculé de Lourdes : Achille Billiet, d’Amiens », La Voix des Francs Catholiques, n° 51, janvier 2019, pages 4–5.

 

[3] Max Barret, « Le Cardinal Achille Liénart : l’un des principaux “moteurs” de Vatican II ! », Le Courrier de Tychique, n° 307, 25 octobre 2009.

 

[4] Max Barret, « Une chronique intéressante sur le site… », Le Courrier de Tychique, 8 novembre 2009. Fichier original indexé du n° 309 (inaccessible lors de ce contrôle).

 

[5] Marcel Lefebvre, sermon jubilaire, 23 septembre 1979.

 

[6] Marcel Lefebvre, conférence à Montréal, 27 mai 1976, transcription ultérieure. La page du texte renvoie à un enregistrement ; les paroles citées ont été contrôlées ici sur la transcription.

 

[7] Eugène IV, Exultate Deo, 22 novembre 1439, passage sur la matière, la forme et l’intention.

 

[8] Thomas d’Aquin, Somme théologique III, question 64, article 10.

 

[9] Léon XIII, Apostolicae curae, 13 septembre 1896, passage sur l’intention et le rite extérieur.

 

[10] Association des archivistes de l’Église de France, guide d’archives du diocèse de Lille ; Bibliothèque nationale de France, catalogue de la Semaine religieuse de Lille.

 

[11] CRID 14-18, notice biographique fondée sur du matériel des archives diocésaines de Lille, « Liénart, Achille (1884–1973) ».

 

[12] Catalogue collectif de France, fonds Leblon, liasse 48, dossier B, documents sur la franc-maçonnerie à Cambrai, conservés au Labo. Cet inventaire est une entrée de recherche, non une pièce de preuve de l’appartenance de Liénart.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*