L’Infiltration des Ennemis cause la Crise de l’Eglise
1.- ENCYCLIQUES ET CONDAMNATIONS DES PAPES
1.1. Les actes des papes du XXIIIe et XIXe siècle contre la franc-maçonnerie
– La condamnation commence avant le XIXe siècle et se poursuit sans rupture.
Clément XII, constitution In eminenti apostolatus specula, 28 avril 1738 (date courante ; le texte porte « le 4 des kalendes de mai », huitième année du pontificat). Il interdit à tous les fidèles, clercs et laïcs, d’entrer dans les sociétés dites francs-maçons ou “liberi muratori”, sous quelque nom que ce soit, sous peine d’excommunication encourue ipso facto.
Motif déclaré : secret juré, admission de toute religion, et jugement des hommes prudents que ces conventicules sont dépravés, car « si elles ne faisaient pas le mal, elles n’auraient pas une si grande haine de la lumière ».
Benoît XIV confirme cette constitution par Providas Romanorum, 18 mai 1751.
1.2. Au XIXe siècle, la ligne est reprise et étendue aux carbonari et aux sociétés du même genre.
Il faut d’abord préciser que ces condamnations ne sont pas toutes des encycliques : certaines sont des constitutions apostoliques ou des allocutions.
Pie VII, Ecclesiam a Jesu Christo, 13 septembre 1821 : condamnation des Carbonari, de leurs doctrines et de leur utilisation trompeuse d’un langage religieux.
Léon XII, Quo graviora, 13 mars 1825 : renouvellement des condamnations des sociétés secrètes, notamment maçonniques et carbonaristes.
Pie VIII, Traditi humilitati, 24 mai 1829 : dénonciation des sociétés clandestines menaçant l’Église et l’ordre civil, avec une attention particulière à la corruption de la jeunesse.
Pie IX, Qui pluribus, 9 novembre 1846 : condamnation des sociétés secrètes dès le commencement du pontificat.
Pie IX, Multiplices inter, 25 septembre 1865 : condamnation explicite de la société maçonnique et confirmation des censures antérieures.
Léon XIII, Humanum genus, 20 avril 1884 : exposé doctrinal majeur contre la franc-maçonnerie et le naturalisme.
Léon XIII, Dall’alto dell’Apostolico Seggio, 15 octobre 1890 : dénonciation de l’action maçonnique dans la politique antireligieuse italienne.
Léon XIII, Custodi di quella fede, 8 décembre 1892 : mise en garde adressée aux catholiques italiens contre les organisations et l’influence maçonniques.
Les trois premiers textes sont consultables dans les éditions du Vatican. Ils établissent une continuité de condamnation, tout en distinguant les organisations visées : Carbonari et franc-maçonnerie ne sont pas des appellations parfaitement interchangeables.
Quelques passages décisifs :
Pie VII, constitution Ecclesiam a Jesu Christo, 13 septembre 1821 : anathème contre la secte des carbonari, récemment née et répandue surtout en Italie. Pie IX le rappelle expressément dans l’allocution Multiplices inter du 25 septembre 1865.
Léon XII, constitution apostolique Quo graviora, 13 mars 1825 (la date du 13 mars 1826 circule aussi ; le texte vaticain de Humanum genus indique le 13 mars 1825). Il reprend les actes de ses prédécesseurs et les confirme à perpétuité, contre toute société secrète conspirant contre l’Église ou le pouvoir civil.
Pie VIII, encyclique Traditi humilitati, 24 mai 1829. Grégoire XVI, encyclique Mirari vos, 15 août 1832, contre l’indifférentisme et les nouveautés liées au même esprit.
Pie IX, plusieurs fois. Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846. Allocution Multiplices inter, consistoire secret du 25 septembre 1865. Texte latin officiel sur vatican.va. Passage certain : « recensenda procul dubio est perversa illa hominum societas, quae Massonica vulgo nuncupatur, quaeque in latebris primum, tenebrisque coacta in communem exinde perniciem religionis, humanaeque societatis erupit. »
Traduction : il faut compter parmi les machinations des ennemis du nom chrétien cette société perverse communément appelée maçonnique, d’abord réunie dans les cachettes et les ténèbres, puis sortie au dommage commun de la religion et de la société humaine. Il confirme les constitutions antérieures, réprouve et condamne la secte maçonnique et les sociétés du même genre qui conspirent contre l’Église ou les pouvoirs légitimes, et interdit aux fidèles d’y entrer sous les peines déjà portées, dont l’excommunication réservée.
Encyclique Quanta cura, 8 décembre 1864, avec le Syllabus : condamnation des erreurs modernes (indifférentisme, séparation de l’Église et de l’État, liberté de culte entendue comme droit), qui sont le programme public des mêmes sectes.
Pie IX, Multiplices inter : la société maçonnique est présentée comme agissant « pour la ruine commune de la religion et de la Société humaine ». Il s’agit d’une allocution du 25 septembre 1865.
— Léon XIII, Humanum genus ( 20 avril 1884) : le pape parle de « cet ennemi capital » et d’« une association criminelle, non moins pernicieuse aux intérêts du christianisme qu’à ceux de la société civile ». Votre formulation sur l’hostilité envers l’Église et la société humaine correspond donc bien à la substance du texte pontifical. L’encyclique développe notamment la critique du naturalisme et de ses conséquences religieuses, morales et politiques.
Il dit que les partisans du mal se coalisent, conduits ou aidés par l’association fortement organisée et répandue des francs-maçons, qui s’élèvent ouvertement contre Dieu.
Il résume la chaîne Clément XII, Benoît XIV, Pie VII, Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI, Pie IX. Il déclare la secte constituée contre le droit et l’honnêteté, pernicieuse aussi bien à la chose chrétienne qu’à la cité, et interdit d’y donner son nom sous les peines dont l’Église frappe les coupables. `
Il ordonne d’arracher le masque, et répète qu’aucun homme ne doit penser pouvoir, pour quelque motif que ce soit, entrer dans la secte maçonnique s’il estime son nom catholique et son salut éternel.
Autres actes du même pontife sur le même terrain : Quod apostolici muneris (1878) contre socialisme et communisme, Dall’alto dell’Apostolico seggio (15 octobre 1890) sur la maçonnerie en Italie, Inimica vis (1892), Custodi di quella fede .
Léon XIII, Custodi di quella fede (1892) : la franc-maçonnerie est qualifiée d’ennemie de Dieu, de l’Église et de la patrie. Mais le même texte invite à ne pas exagérer sa puissance en attribuant tous les maux à son action directe et immédiate. Cette précision appartient elle aussi au jugement du pape.
Conclusion de ce point. Le magistère du XIXe siècle, dans la continuité de 1738, tient la franc-maçonnerie et les sectes apparentées pour ennemies de l’Église et de la société humaine, et en fait une cause d’excommunication. Ce n’est pas une opinion d’historiens. C’est l’enseignement pontifical.
Sur l’existence d’ennemis à l’intérieur de l’Église, un texte ultérieur est particulièrement explicite : saint Pie X, Pascendi dominici gregis, 8 septembre 1907, décrit les modernistes comme présents « dans le sein même et au cœur de l’Église, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement ». C’est une dénonciation certaine d’une subversion intérieure ; ce passage n’identifie cependant pas tous les modernistes à des francs-maçons.
2.- PIE IX
2.1. F*M*
Plusieurs auteurs et historiens, principalement issus des obédiences maçonniques, ont publié des textes soutenant l’appartenance de Giovanni Maria Mastai-Ferretti à la franc-maçonnerie.
L’auteur maçonnique Dudley Wright, dans son livre « Roman Catholicism and Freemasonry » (Le catholicisme romain et la franc-maçonnerie), affirme que Pie IX a été initié le 15 août 1839 au sein de la loge « Eterna Catena » (Chaîne Éternelle) à Palerme.
L’auteur J.W. Horsley, dans la revue de recherche maçonnique « Ars Quatuor Coronatorum » (Les Arts des Quatre Couronnés), volume 26, publié en 1913, aux pages 218 et 219, affirme que la signature du futur pape se trouve dans les registres d’une loge italienne située à Montevideo, en Uruguay, à la suite de son passage en Amérique du Sud comme auditeur apostolique.
Le chercheur maçonnique James A. Marples a également publié des études dans lesquelles il soutient et valide la thèse selon laquelle Giovanni Mastai-Ferretti était franc-maçon.
2.2. LIBERAL
En revanche, il est historiquement avéré par la plupart des historiens qu’il passait au moins pour libéral à son élection en 1846, époque où il a accordé une amnistie aux prisonniers politiques. Face aux révolutions de 1848 et après l’assassinat de son ministre Pellegrino Rossi, il a fui Rome pour Gaëte. A la suite de cela, il a condamné définitivement le libéralisme. Il a promulgué l’encyclique « Quanta Cura » et le « Syllabus » (1864), et a défini de son autorité suprême les dogmes de l’Immaculée Conception (1854) et de l’infaillibilité pontificale (1870). Pie IX n’a jamais été prouvé franc-maçon, mais il a bel et bien rompu avec les idées libérales pour devenir l’un des papes les plus fermement opposés aux erreurs de son temps.
3.- HAUTE VENTE – Crétineau-Joly
La publication est due à une demande de Grégoire XVI puis de Pie IX.
Jacques Crétineau-Joly, L’Église romaine en face de la Révolution, ouvrage composé sur des documents inédits, Paris, Henri Plon, 1859, deux tomes. Le tome II contient la correspondance saisie, attribuée à la Haute Vente (Alta Vendita) des carbonari, avec le texte connu sous le nom d’Instruction permanente. Grégoire XVI aurait remis ces papiers à l’historien. Pie IX, bref d’approbation du 25 février 1861 adressé à l’auteur, garantit l’authenticité des documents publiés et interdit de révéler les vrais noms cachés sous les pseudonymes (notamment Nubius). Ceci est rapporté de façon concordante par les notices historiques et par la réédition du document. Le bref lui-même, je ne l’ai pas relu en original dans cette recherche.
Sens du document, d’après les reproductions du texte publié en 1859 et repris en anglais en 1885 (George Dillon, The War of Antichrist with the Church and Christian Civilization). La Haute Vente dit que le pape, quel qu’il soit, ne viendra pas aux sociétés secrètes. Ce sont les sociétés secrètes qui doivent aller à l’Église pour la conquérir. Le moyen n’est pas un coup de force, mais une corruption lente du clergé par les idées libérales, jusqu’à obtenir un clergé et, à terme, un pape gagnés à la révolution, de sorte que la révolution passe par le sommet. Formule souvent citée, à prendre comme traduction du sens, non comme citation latine : il faut le triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape. Le travail est celui d’une génération, non d’un jour. L’instruction doit rester secrète pour les simples initiés et ne pas paraître un ordre venu de la Haute Vente.
4.- RAMPOLLA
Le cardinal Rampolla au conclave de 1903. Oui, il a été bloqué lors du conclave, et l’accusation d’appartenance sectaire est documentée. Mariano Rampolla del Tindaro, secrétaire d’Etat sous Léon XIII, était le favori pour devenir pape lors du conclave de 1903. Son élection fut brusquement annulée le 3 septembre 1903 par l’empereur d’Autriche-Hongrie, François-Joseph, qui exerça son droit d’exclusive (veto) par l’intermédiaire du cardinal Puzyna. Selon les travaux documentés par les revues catholiques antimaçonniques de l’époque et les milieux traditionnels, ce veto dramatique fut prononcé parce que des preuves de l’appartenance secrète de Rampolla à la franc-maçonnerie (ou à l’Ordo Templi Orientis) avaient été portées à la connaissance de l’empereur. L’intervention du pouvoir civil catholique en 1903 a empêché un candidat accusé avec de lourds soupçons de franc-maçonnerie de s’asseoir sur le siège de Pierre.
5.- PECORELLI
La liste Pecorelli et les infiltrations au Vatican. Le 12 septembre 1978, le journaliste italien Mino Pecorelli a publié dans la revue « Osservatore Politico » une liste nommant plus de cent prélats, cardinaux et officiels du Vatican comme étant membres de la franc-maçonnerie. Cette publication précisait les dates d’initiation et les numéros de matricule maçonnique. Pecorelli fut mystérieusement assassiné par balles quelques mois plus tard. Ces événements et l’occupation des structures romaines par des réseaux ennemis se sont produits après la défection de Paul VI, le dernier pape, dont le pontificat légitime s’est achevé par son hérésie publique en 1964. La liste Pecorelli est un fait documenté prouvant l’occupation maçonnique des institutions vaticanes post-conciliaires, une révélation qui a coûté la vie à son auteur.